Quand dire «je t’aime» devient banal

CHRONIQUE / Je t’aime, je t’adore mon beau trésor en or…

À peine exagérée comme déclaration d’amour du samedi matin, j’en conviens. Ceci dit, je le demande à vous, chers lecteurs, êtes-vous du genre à dévoiler vos sentiments avec des mots ou, au contraire, plus du type à les taire ? La question à savoir s’il faut dire « je t’aime » m’a été posée. J’ai donc reconsidéré ce témoignage sentimental assez coutumier, histoire de revoir sa valeur, sa nécessité, son message, mais encore plus important, sa réelle signification. Investissons-nous donc à grands coups de « je t’aime » sur le « je t’aime »…

Un peu, beaucoup, passionnément…

Et si ces grandes manifestations survenant à toutes sauces avaient pour effet de justement trop la diluer ? Le dire, en voilà une chose. Le prouver, un tout autre mandat. À coup d’un, de dix ou de mille mots doux, il n’y a pas de fréquence quantifiable pour faire l’éloge de son affection. Au-delà du bon moment, l’important vise davantage à ce que les babines suivent les bottines. Vaut mieux un bon coup que dix-huit mal sentis non ?

Lorsqu’il y a absence de congruence entre les gestes posés et les propos d’amour, à mes yeux à moi, l’annulation va de soi. Idem quand l’éloge sert d’objet de pardon, de négociation, de persuasion, voire même de manipulation. Agir en amoureux, en voici un beau « je t’aime », un préalable à bien des élocutions.

Pas assez

Jamais, comme dans « pas pantoute », ça peut aussi vouloir dire beaucoup. S’il s’agit de votre réalité, aussi saisissante que je sais l’être, je me dois d’être honnête en affirmant que bien sûr, il est possible que de l’amour, chez vous, il n’y en ait pas.

Mais avant de friser la crise de panique avec ce pire des cas, cette absence de discours d’amour avec un grand A, comme le dirait Janette, parle également sur l’autre. Peut-être se voit-il incapable d’exprimer ses ressentis via des mots, craint-il la vulnérabilité venant avec, est-ce pour lui un babillage inutile que trop facile ? Allons donc savoir ! Et si le demander était nécessaire ? 

Quémandage de « je t’aime »

« M’aimes-tu, pourquoi, comment gros, combien sur dix » ? Ces questions… une fois ça va, mais plus souvent que l’enfant qui tarde à arriver à Montréal après cinq heures de route, ça fera ! Comme si rien d’autre ne comptait, la requête amoureuse constante ne témoigne-t-elle pas un peu d’une certaine insécurité ? J’en ai bien peur.

Je parle bien sûr de cette crainte de ne pas être digne d’amour. Un problème d’estime, d’amour-propre, une blessure enfouie, un manque de confiance, une ambigüité sur le manque de preuve d’amour. Qu’en savons-nous, mis à part le fait que de demander, c’est un peu affaiblir la suite des événements ? 

Trop tôt, trop tard

Les débuts de couple comportent eux aussi leur baptême du « love you ». À quand le bon moment, me demande-t-on ? Encore une norme non définie, puisqu’inutile ! Pourquoi pas juste quand on le sent ? Comme si le dire ou le taire serait salutaire de votre relation future ! Vous aimez ? Dites-le ! Vous doutez ? Attendez ! À l’autre de gérer alors cet effluve. 

Je finirai juste en vous rappelant que rien n’est banal dans le « je t’aime », à vous d’établir votre norme. D’ici là, je ne peux m’en empêcher… je vous aime !