Myriam Bouchard

L’amitié après l’amour, une possibilité?

CHRONIQUE / «Peut-on rester ami ? »

Troquer une relation d’amour pour une d’amitié, une possibilité ? Réalité ô combien enviée par ces ex-amoureux cherchant à ne pas dire au revoir définitivement. Par volonté ou encore incapacité, maintenir un lien, aussi minime soit-il, est un défi en soi pour plus d’un couple écorché. Puisque le contraire est plus facile, transformer des sentiments amoureux en simple amabilité est cependant un projet pour lequel je crie : « Attention ! »

Distance et laps de temps

Qui dit séparation dit aussi une épopée réactionnelle. Tantôt débâti, tantôt soulagé, un couple étant constitué de deux entités distinctes, bien entendu que chacun des partenaires sera transporté par une étendue variable d’émotions.

En fonction des motifs de dissolution, mais aussi des personnages impliqués, l’adaptation se verra un long fleuve tranquille pour certains, alors que pour d’autres, un voyage parsemé de turbulences.

De ce fait, le maintien d’une officielle distance, additionnée d’un laps de temps moindre, demeure sans contredit les meilleurs alliés pour ne serait-ce qu’espérer vaquer à la destitution. Prendre une pause l’un de l’autre, dans la mesure du possible, est un préalable minimal optimisant l’option d’une éventuelle amitié saine excluant forcément tous sentiments amoureux non réciproques.

Traverser les étapes du deuil, tarir l’amertume, la colère, la peine intérieure, se redéfinir en tant qu’individu propre, accepter la nouvelle vie de l’ex-chéri, réapprivoiser la solitude, ne plus espérer être prolongé, en voici quelques préambules à la relation amicale suivant l’amour. Malgré sa nécessité, un programme tantôt précipité, tantôt éternisé. Vivre en solo sa période post-rupture, cette quasi-obligation.

Pourquoi ?

Louable que ce questionnement cherchant à savoir pourquoi diable rester copain-copine après la séparation.

Parce que l’épopée de la conjugalité amène son lot de souvenirs, de partage, d’épreuves, de moments forts, alouette. Difficile de couper les ponts définitivement avec cette acolyte qui seul sait, comprend, connecte avec ce passé mutuel et d’envisager un futur sans minimalement se côtoyer. Un non-sens, voire une incapacité, pour plus d’un.

Culpabilité

Maudit que ce sentiment ! Ce n’est que trop fréquemment que je vois de ces bougres offrant l’amitié, tel un prix de consolation pour amoindrir, selon eux, ce mal causé à un tiers. Parfois difficile d’assumer leur décision, ils se rétractent, du moins, partiellement en offrant ce nanane.

Dans un genre de « tu-n’as-pas-tout-perdu », le laissé-pour-compte se retrouve ainsi non seulement avec sa souffrance, mais en plus, avec la nécessité de se positionner par rapport à cette offre qui, disons-le, ne lui apportera que des désagréments à court terme, s’il est toujours entiché.

Dire non à l’amitié, dans un futur immédiat, est souvent le rôle du moins éclopé.

Faute de mieux

À l’inverse, il y a aussi de ces fanatiques qui ne peuvent renoncer à l’autre définitivement. Impossible. Sous n’importe qu’elle forme, ils se verront prêts à accepter tous types de relation, histoire de ne pas mettre une croix sur l’être adoré. Quitte à souffrir, à endurer le pire, à éterniser la désunion, se contenter de peu sera l’adage suppléant à l’idée même de tout perdre. Une mauvaise idée, croyez-moi !

Efficacité

La relation amoureuse ayant failli, en quoi l’amitié risque-t-elle de perdurer ? Voilà souvent cette réflexion que se posent les témoins de cette nouvelle épopée. Puisqu’il y a des gens qui s’aiment mieux comme amis que comme partenaires de vie, assurément que l’amitié peut être viable après l’amour. À condition, je le précise, de se laisser du temps et de l’air. Bonne chance.