La cinquième roue du carrosse

CHRONIQUE / Le numéro deux, l’êtes-vous?

Je réfère à cette place occupée auprès de l’autre qui se voit officiellement, ou officieusement, déjà en couple. Épouser le rôle de maîtresse ou d’amant, s’agit-il du présent arrangement? Êtes-vous celui ou celle qui s’y accommode, s’en contente ou qui, au contraire, patiente jusqu’aux grands bouleversements?

Puisqu’être la cinquième roue du carrosse peut s’avérer un choix personnel assumé autant qu’un « en attendant » s’éternisant, démystifions cette position.

Pour

Pas toujours une histoire d’horreur. De prime abord, puisqu’il y a certainement de quoi jouir de cette relation, les optimistes y verront sans doute la meilleure des situations!

Exit routine, métro-boulot-dodo, assuétude et pièges du quotidien, être au second rang rime avec cet effet d’inhabituel, de renouveau, d’enivrant, de vivifiant. La lune de miel perpétuelle où riment passion et dévotion quoi!

Reprendre du début à chaque fois, en profitant pleinement, seulement et uniquement que du moment présent, un contentement en soi pouvant ravir plus d’un. Sans nécessairement grand engagement, acharnement et implication, c’est dans cette attribution clandestine qu’il est possible d’obtenir satisfaction.

Soif d’indépendance, la voici cette requête ô combien recherchée. Nombreux sont ceux se contentant que du beurre en renonçant consciemment à son argent! Pouvant avoir expérimenté les aléas du couple sous toutes ses formes, c’est aujourd’hui qu’ils font le choix d’en être là avec ou sans votre bénédiction.

Contre

Couteau à double tranchant qu’impose l’attribution d’être la tierce personne. Celui, pour commencer, de s’attacher toujours un peu plus et de perdre le contrôle sur cette affection devenant, sans crier gare, ni plus ni moins que de l’amour.

Bien qu’initialement pensant tirer les ficelles de leur destinée d’accompagnés, plus d’un se verront organisés par beaucoup plus que les effluves d’une simple compagnie ou encore de l’envoûtement sexuel.

Surviendra de ce fait l’espoir. L’expectative de devenir un peu plus que l’amant-l’amante, de prendre du galon, de progresser jusqu’à l’obtention de cette première place finalement tant convoitée. Former un couple en bonne et due forme, un souhait valable.

Légitime comme aspiration. Après tout, qui ne rêve pas de devenir le ou la préférée? Qui ne souhaite pas devenir cette personne pour qui rien n’a plus d’importance? Celle pour qui nul n’a d’égal que sa compagnie, sa présence, sa disponibilité? Celle avec qui s’écrit le passé, mais aussi le futur? Celle que l’on expose tel le plus beau des trésors? Personne, ou presque...

Attentes vaines, rejet, déception, désillusion, infortune, présomption, alouette, tous des émotions ou sentiments écorchant un peu plus les coeurs meurtris.

Les grands jugements

«Coupable»...

«Voleuse d’homme»...

«Homme à femmes»...

«Briseuse de ménage»...

«Incapable de plus»...

À qui portera l’odieux ou du moins, le chapeau de la culpabilité? À tort, bien que l’on condamne souvent sévèrement le greluchon ou la greluchonne, la faute de ce triangle amoureux se partage officiellement en deux parts, et pourquoi pas même trois.

Qui commet le plus grave délit? Celui qui s’investit auprès de l’être non libre, celui qui choisit de sauter la clôture malgré son engagement ou encore celui qui, devant une problématique conjugale XYZ, joue la carte de l’indifférence, du relâchement ou encore de l’autruche?

Ici comme ailleurs, la faute, s’il faut nécessairement qu’il y en ait une, ne repose aucunement que sur une seule cause. Tous et toutes se voient responsables de cette situation d’où l’importance de mettre la pédale douce sur les jugements tout en prenant soin des importunés.

Amant et maîtresse, l’êtes-vous? Parce qu’entre le désir d’exclusivité et de liberté, il y a un monde, à vous de vous préserver. Analysez!