Je t’aime... moi non plus

CHRONIQUE / Véritable ver d’oreille, Je t’aime... moi non plus, cette balade de Serge Gainsbourg et Jane Birkin, me revient en boucle chaque fois que je les vois, ces deux-là. Quand ce n’est pas un, c’est l’autre. Pourtant amoureux, quand elle l’approche, il boycotte. Quand il l’adore, elle l’ignore. Quand elle se manifeste, il proteste. Quand il s’affranchit, elle déguerpit. À quoi rime cette contradiction, de s’aimer pour ensuite mieux se détester? En tant que couple, est-ce possible de régner dans ce paradoxe sentimental apportant à la fois son lot de bonheur et de malheur? Voyons-y.

Montagnes russes

Tel ce manège digne du carnaval, il y a des gens qui carburent aux sensations fortes. À l’image des montées et des descentes turbulentes, ce type de relation « amoureuse » apporte son amalgame d’émotions intenses. L’un en confiance dans ce minichariot, l’autre en position douteuse, l’euphorie, expliquée, de manière cartésienne, par l’effet hormonal, promet certainement ses bénéfices. D’où la tolérance à vivre ainsi, du moins pour un temps.

L’amour-passion

À toujours être sur le qui-vive entre l’adhésion et le rejet, il y a effectivement de quoi vivre l’amour-passion les jours de réunion!

Puissant comme aux premiers jours, quand les astres de chacun s’alignent, histoire de se retrouver, de renouer, de se donner une autre chance, le beau se voit officiellement très beau. Exacerbation des sentiments, désir sexuel à la puissance dix, fusion, absence d’ennui, de routine ou d’aléas; il y a de quoi vouloir vivre ainsi toute une vie. Mais cette utopie sera tôt ou tard ramenée à la réalité. Un rien le pourra.

L’amour, pas si loin de la haine

Paraîtrait-il, du moins. Le bonheur se cultivant plutôt que s’accumulant, vivre l’adoration pour quelque temps pour ensuite la payer très cher en termes de souffrance; voilà un prix que peu de personnes peuvent assurer à longue échéance.

C’est insoutenable. Le naturel de cette relation malsaine, celle que certains nomment «passionnelle», ne tarde pas à revenir au galop, tôt ou tard.

Caractéristiques

L’aveuglement de l’amour à «coup de break à bras» amène l’idéalisation de l’autre comme étant le nec plus ultra pour combler tous les besoins affectifs. C’est quasiment une histoire d’amour-propre, d’égocentrisme, de narcissisme. Il n’est donc pas surprenant que les gens se touchent quand l’intensité diminue d’un centime, présentant cet être suprême tel le commun des mortels, incluant défauts, tares et travers. Bonjour la déception… et tout ce qui vient avec!

Idem quand ce dernier décide de vivre « en dehors » de son ou de sa partenaire. Prendre du lousse, s’éloigner un tant soit peu, faire sa vie, quoi! Il y a de quoi débalancer l’équilibre émotionnel, pour ne pas dire fusionnel.

Qu’êtes-vous sans cet être qui vous prouve que vous êtes digne d’amour, d’attention et de reconnaissance?

Viable à long terme?

Difficile à dire. Encore plus à prédire. De nature optimiste, j’irai vers l’affirmative, à condition – et je le dis bien – que la nature du couple évolue vers une visée davantage constructive, où l’ouverture, la confiance, l’autocritique, l’acceptation et le calme règnent. Un travail sur soi, mais aussi conjugalement parlant, est officiellement de mise pour cette résultante gagnante.

Pour en finir avec ce « Je t’aime... moi non plus », il faut laisser place à un amour autre, celui envers soi-même, qui est ensuite capable de plus grandes extensions vers le « Je t’aime... moi aussi »!