Après la balade en dromadaire, le ciel nous réservait un spectacle mémorable.

Relâche marocaine

Voyager avec les enfants, c’est pas toujours reposant. C’est pourquoi plusieurs familles s’envolent vers les « tout inclus » du Sud pour faire relâche, réduisant ainsi la planification journalière à néant et évitant bien des tracas. Mais pour ne pas que les enfants pensent que les vacances, c’est juste de la crème glacée à volonté et une piscine entourée de palmiers, il y a d’autres formules tout aussi simples et pas beaucoup plus dispendieuses qu’un quatre étoiles à Riviera Maya. Par exemple : une expédition en 4x4 au cœur du Maroc incluant une nuit dans le désert du Sahara et une balade à dos de dromadaire.

C’est l’aventure dans laquelle on s’est lancé, mon chum, les quatre enfants et moi, lors de la dernière semaine de relâche. On a gardé la formule tout inclus, c’est-à-dire que toutes les nuitées et presque tous les repas étaient inclus dans le prix du forfait, mais on a changé de décor constamment en parcourant plus de 1500 km et en dormant dans cinq villes différentes au cours de notre séjour de 9 jours/7 nuits.

Sur les dunes du Sahara, la balade à dos de dromadaire a plu autant aux petits qu’aux grands enfants.

Après avoir atterri à Casablanca, on a sauté dans un minibus qui nous a conduits à Marrakech, à 200 km, où nous avons profité de la journée libre pour marcher dans les rues de la ville. On a mangé notre premier tajine aux légumes ou à l’agneau, selon les goûts, et on s’est arrêté dans le jardin Majorelle où le peintre Jacques Majorelle a vécu avant qu’en 1980, Yves Saint Laurent et Pierre Bergé l’acquièrent et le restaurent. Les cendres du grand couturier ont par ailleurs été dispersées à cet endroit en juin 2008.

Le lendemain matin, Hassen, un guide touristique, est venu nous chercher à l’hôtel pour nous faire découvrir la cité impériale, « Marrakech la rouge ». La mosquée Koutoubia et son minaret, emblème de la ville. Le Palais de la Bahia datant du XIXe siècle. Les Tombeaux Saadiens, vestiges de la dynastie sadienne. Les jardins de la Ménara, l’oliveraie la plus importante de la ville s’étendant sur plus de 100 hectares.

Après le dîner, on a visité la médina de Marrakech et les souks, un incontournable lors d’un passage à Marrakech, puis on a marché sur la célèbre Place Djemâa El Fna pour contempler les spectacles des charmeurs de serpents. On a aussi croisé nos premiers dromadaires.

Sur les traces de Gladiator

Après une bonne nuit de sommeil, on a rencontré nos deux guides, Mohamed et Ibrahim, qui allaient nous conduire au cours des cinq prochains jours de villes en villages en passant par le désert, à bord de leur 4x4. Première destination : Dadès via Ouarzazate, un trajet de 340 km qui traverse le plus haut col routier du Maroc situé à 2260 m d’altitude. Attention à ceux qui ont le mal des transports, beaucoup de virages sur cette route qui offre par ailleurs des points de vue magnifiques sur les montagnes et les villages berbères.

On s’est arrêté pour visiter la Kasbah Aït Ben Haddou. Ce ksar est un type d’habitat traditionnel présaharien. Le site, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, a servi au tournage de plusieurs films ou séries populaires tels que Lawrence d’Arabie (1962), Gladiator (2000) et Game of Thrones (2013). Notre guide pour l’après-midi, un autre Mohamed qui fait partie d’une des rares familles habitant encore le vieux village, a été figurant dans Gladiator et il nous assure que Russell Crowe est très sympathique et généreux. L’apprenti acteur nous a fait visiter sa modique demeure où il nous a expliqué que la pièce remplie de poules et de chèvres était, en quelque sorte, son garde-manger.

En après-midi, on a visité une palmeraie. Un habitant du village nous a appris qu’il existe plus de 300 sortes de dattes et que, encore cette année, un villageois est décédé en montant cueillir les fruits des palmiers dattiers. On apprend que le Maroc produit 110 000 tonnes de dattes par an.

Ce soir-là, à Dades, on a dormi dans le plus bel hôtel (le Xaluca) perché au sommet de la ville et on s’est réveillé en profitant de la vue impressionnante sur celle-ci. Après un délicieux petit-déjeuner, on a repris la route vers les gorges de Todra dont les parois peuvent atteindre 300 mètres de hauteur. Ensuite, direction Alnif pour le dîner, puis on roule vers Zagora, la porte du désert à l’extrémité de la vallée du Drâa qui se situe à quelques kilomètres seulement des premières dunes sahariennes. Les enfants ont pu tester leur talent à la poterie à quelques mètres du célèbre panneau « Tombouctou : 52 jours », qui précisait le temps à prévoir, à dos de dromadaire, pour atteindre la ville du Mali par le désert.

Une nuit sous les étoiles du désert

C’est cette ancienne piste des caravaniers que nous avons empruntée le lendemain, traversant tout d’abord un désert de pierres avant d’atteindre les dunes du Sahara. Avant d’entrer dans le désert, toute la famille s’est munie d’un foulard pour se protéger des vents, du soleil et du sable. On a ensuite monté les fenêtres des 4x4 et on s’est lancé sur ce grand territoire sans route où les guides avançaient — dans la bonne direction — sans GPS ni panneaux routiers. On a croisé plusieurs troupeaux de dromadaires et de chèvres en liberté. Parfois on pouvait apercevoir leur maître, parfois non.

Comme devant la mer ou les plus hauts sommets, on a été frappé par l’immensité du désert et en même temps par notre propre petitesse.

En fin d’après-midi, on a atteint notre campement pour la nuit. Une dizaine de tentes sur le sable où quelques scarabées s’amusaient. Des tentes de luxe avec lits et salle de bain pour le confort de chacun. Une tente un peu plus grande décorée de beaux tapis servait de salle à manger. Mais avant le repas, on a fait notre balade à dos de dromadaire. Les enfants ont baptisé chacune de leur bête et leurs rires ont embelli le moment magique.

Aussitôt revenus de notre promenade, le ciel nous a présenté un spectacle inoubliable. D’abord un coucher de soleil à couper le souffle avec toutes les teintes de rose et d’orangé, puis des étoiles par millions dans ce ciel qui n’est pas plafond comme en ville, mais dôme. Un 180 degrés de ciel étoilé sous lequel on a écouté les serveurs qui se s’étaient transformés en musiciens après le repas pour chanter des airs berbères accompagnés de percussions. Les enfants ont dansé sur leurs rythmes. On aurait voulu arrêter le temps. Là.

Après il y a eu la route vers Agadir sur laquelle on a croisé des arbres remplis de chèvres, des cultures de safran, l’épice la plus chère au monde. On a aussi visité une coopérative d’huile d’argan. Rendus à Agadir, on s’est reposé sur la plage, on a visité le parc d’oiseaux et on a acheté quelques souvenirs. Les enfants étaient heureux. Selon leurs dires, c’est le plus beau voyage de toute leur vie. Même s’ils n’ont pas pu manger de la crème glacée à volonté.