Relâche culinaire

CHRONIQUE / Vous y voici. Premier matin de farniente d’une série de sept. Devant vous s’étalent tous les possibles qu’amène l’attendue semaine de relâche. Un peu de ciné, un peu de musée, de la glissade, de la randonnée, des heures et des heures de lecture en pyjama, d’univers patentés en Lego, de parties de jeux de société qui s’étirent autour de la table. Et à travers tout ça, peut-être (j’espère), quelques savoureux moments passés en cuisine, avec votre marmaille.

Parce qu’il n’y a rien comme les temps d’arrêt sans horaire pour se lancer dans d’heureux projets alimentaires qui feront votre délice. Ou pas. Et ce n’est pas grave : « Lorsqu’on cuisine avec les enfants, on sort de cette idée de performance de la recette, on est bien davantage dans la relation, dans le temps passé ensemble et dans la richesse des liens », remarque Mélanie Mercier, coordonnatrice aux communications et développement des affaires chez Croquarium.

L’organisme voit fleurir les projets inspirants depuis sa création, en 2005.

Basé à Sherbrooke, il œuvre à la grandeur de la province. La belle idée aux racines de celui-ci : « enchanter l’alimentation, créer des expériences sensorielles afin d’éveiller la curiosité et développer des habiletés pour découvrir les plaisirs de manger. »

« La semaine de relâche, c’est un bon moment pour sortir la bouffe de la case des obligations et en faire un moment agréable avec les enfants », note Mme Mercier.

Sans stress, sans pression, avec du temps devant et l’envie de sortir les chaudrons sans se prendre la tête avec la cuisine qui a soudain des allures de labo de chimie. La fumée en moins (quoique...), le fun en plus. On s’arme d’une généreuse pincée de patience et d’un plein bol de lâcher-prise. Ça aide toujours. Et on se rappelle le maître mot qui devrait guider notre élan : le plaisir. Cuisiner, goûter, tester ensemble, dans le bonheur, c’est un peu beaucoup le cœur de toute la patente. C’est ce qui met la table pour d’heureux moments partagés.

« Nos activités peuvent avoir l’air relativement simples, mais toutes sont soigneusement pensées, on travaille de concert avec un comité de veille scientifique. Notre travail sur le terrain ne nous amène pas dans l’univers du rationnel, on ne prêche pas les infos nutritionnelles. 

On va plutôt dans le sensoriel, dans l’expérientiel. Pour que les enfants expérimentent et développent leurs goûts, leurs préférences et leur curiosité. Après tout, ils mangeront un plat qui contient du chou non pas parce qu’il est plein de vitamine K, mais parce qu’il est savoureux », remarque Mélanie Mercier.

Quelques idées pour une joyeuse relâche culinaire et des moments qui goûtent bon

1. Salades composées, bar à vinaigrettes
Légumes croquants, fruits frais coupés ou fruits séchés, graines et noix, fromages variés : la salade est un grand tout que chacun peut bricoler à son goût. Croquarium a plus d’un tour dans son sac... de recettes pour jazzer le bol de verdures. La bonne idée de l’organisme : se lancer dans la fabrication de vinaigrettes aux parfums variés. Envie d’une touche asiatique? Essayez le mix huile de sésame, miel, vinaigre de riz, herbes salées. Votre enfant craque pour le goût de l’érable? Tentez le mariage huile de tournesol, sirop d’érable, vinaigre de cidre et miso dilué. Du moment qu’on respecte à peu près le principe de base (deux parts d’huile pour une part de vinaigre), on peut tenter à peu près toutes les combinaisons, en dosant le sucre, le sel et les aromates qu’on ajoute à la base.
La beauté de l’exercice, c’est que chaque membre de la famille peut concocter sa propre vinaigrette. Après, on s’amuse à goûter chacune d’elles en comparant les saveurs, les couleurs, les parfums et la texture de chacune.

2. Les mains dans les pousses
Ce n’est pas une activité culinaire à proprement parler, mais ça se passe dans la cuisine. Et puisque mars est le Mois de sensibilisation à l’agriculture canadienne (m’apprend Mélanie Mercier), c’est le parfait moment pour se lancer dans les pousses en attendant la haute saison du potager. L’astuce ludique de Croquarium : on bricole un petit personnage (comme ceux vendus en magasin) avec un bas de nylon récupéré (sans renforcement à la pointe du pied) dans lequel on fait pousser des graines de blé à germer ou des semences de gazon.

La méthode et les bons trucs de Croquarium :
1. On fait tremper 2 c. à soupe de graines de blé à germer ou de semences de gazon pendant huit heures.
2. On mélange les graines trempées à un peu de terreau humide.
3. On étend le mélange graines-terreau au fond du bas de nylon, là où on veut voir pousser des cheveux verts.
4. On ajoute du terreau humidifié (et sans graines) dans le bas jusqu’à l’obtention de la forme souhaitée. On ferme le tout en faisant un nœud.
5. On verse un peu d’eau dans un contenant de plastique (par exemple un pot de yogourt récupéré) sur lequel on déposera le personnage.
6. On coupe le surplus du bas de nylon, en laissant une longueur suffisante pour qu’il touche à l’eau du pot de plastique. C’est ce qui permettra de garder la terre humide.
7. On décore le personnage selon son goût. Cure-pipes, boutons, bouchons, carton, ruban : ici, tout peut être utilisé.
8. Chaque jour, on arrose le joyeux personnage avec un vaporisateur d’eau.
9. On regarde pousser les cheveux qui commenceront à apparaître au bout de quelques jours. Si tout se passe bien, votre personnage affichera une belle crinière verte pile-poil pour la Saint-Patrick.  

3. Jujubes maison
Des bonbons, c’est toujours bon. Particulièrement quand on les fait soi-même. Tous les enfants vous le diront : jouer dans le sucre, c’est encore mieux que jouer dans le sable. Pour expérimenter la chimie de la confiserie, Croquarium propose de se lancer en empruntant une recette à Ricardo (vous la trouverez aisément en googlant « jujubes »). Et de s’amuser en utilisant tous les sens, ensuite. Vous pêcherez sur leur site diverses suggestions ainsi qu’une version sans gélatine qui propose d’utiliser l’agar-agar, une algue au fabuleux pouvoir gélifiant qu’on trouve aisément dans les boutiques d’aliments naturels.  
Au chapitre des bonbons, j’ajouterais que la guimauve confectionnée à la maison a aussi son charme. Surtout si le mercure descend sous la barre des 10 degrés sous zéro et que l’envie d’un chocolat chaud vous prend. Vous avez l’esprit d’aventure? Osez aussi la tire-éponge.

Plus de détails sur : www.croquarium.ca

4. Biscuits géants à la poêle
Il n’y a pas plus convivial qu’un plat unique qu’on dépose au centre de la table. C’est vrai au dessert aussi. Lorsqu’on le cuit en format géant, même le plus commun des biscuits prend des airs de fête. La pâte faite à plusieurs mains et enfournée dans une poêle en fonte est formidablement rassembleuse. On peut s’amuser à la personnifier en intégrant Smarties, fruits secs, noix variées ou chocolat en morceaux. Au service, c’est encore meilleur avec de la crème glacée.

5. Un voyage dans l’assiette
Jour de pluie, ciel gris? Il n’y a pas que dans les tout-inclus sud-américains qu’on peut trouver un zeste de soleil pendant la relâche. Ici, toutes les fantaisies sont permises. On choisit un pays sur la mappemonde et on cuisine ensemble un plat typique de l’endroit. Les plus aventuriers d’entre nous oseront faire tourner le globe à l’aveugle et laisser le hasard trancher pour eux. Les plus intenses pousseront le concept jusqu’à se vêtir aux couleurs de la destination retenue (façon Justin Trudeau en Inde. Ou pas.). Les plus motivés habilleront l’ambiance d’une trame sonore de circonstances.
En fait, la beauté de ce projet-là, c’est qu’il peut être vraiment tout simple. Genre souper mexicain avec burritos, tacos ou bien nachos. Il peut aussi se draper dans l’exotisme et la découverte. Genre menu turc de l’entrée au dessert. L’idée, c’est de se donner la chance de voyager un brin via l’assiette.

6. Fondue fruitée sur la plaque, sans caquelon, sans fourchette
Le chef Charles-Antoine Crête avait créé la commotion chez nous lorsqu’il avait présenté à Josée di Stasio son interprétation joliment chaotique du garoché de fruits, un joyeux mélange de bonnes affaires sucrées lancées à la va-vite sur la table. Dessiner un tableau tout en fruits colorés, en guimauves collantes et en fragments de biscuits, y couler une sauce chocolatée ou un caramel fondant, c’est le must du must. Et comme projet culminant pour votre semaine, il n’y a pas mieux : vous pourrez passer tous vos restes de biscuit géant, guimauves et jujubes. Oubliez la vinaigrette, par contre.
On s’y prend en déposant au centre de la table une large planche de bois. Ou bien on déroule carrément un long rectangle de papier parchemin. On coupe nos fruits préférés, qu’on dispose sans ordre précis. On ajoute des sablés, des guimauves, des bretzels, des morceaux de gâteau ou de brownies, des touches de crème fouettée, des noix. N’importe quoi qui nous fait envie, en fait. On finalise le tout en versant une sauce au chocolat, un caramel maison, un chocolat blanc fondu : encore là, vous avez le choix. La plaque fruitée sera aussi magnifique que délicieuse. Mieux encore : elle est aussi synonyme de congé de vaisselle.