C’est sous un soleil radieux que nous découvrons la Chaussée des géants, un site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO au nord du pays. Ce n’est pas tant les blocs de roche basaltique qui auront fait ma journée, mais plutôt la randonnée en bordure des falaises abruptes... qui nous mène au site assailli de touristes.

Randonner au pays des moutons

CHRONIQUE / Je rêvais des grands espaces vert émeraude de l’Irlande et de ses côtes découpées de bleu. C’est aux côtés d’un groupe de randonneurs que je l’ai arpenté et découvert ses paysages magnifiques, plus variés encore que ce que je m’étais imaginé.

J’ai adoré découvrir le pays de James Joyce de cette façon, sans quoi je n’aurais pas pu voir toute la palette des paysages, des collines verdoyantes jusqu’aux plages de sable blanc. Non, ce n’est pas une blague. Pourtant, on croyait bien que c’en était une lorsque notre guide, Quentin, nous a annoncé que l’on s’arrêterait à une plage, après une randonnée d’une dizaine de kilomètres qui nous a permis de découvrir le fjord de Killary.

Ce n’est pas pour les grands dénivelés que l’on vient en Irlande : les plus hautes montagnes atteignent environ 1000 mètres.

À notre passage, à la fin juillet, la ville de Westport, dans l’ouest de l’Irlande, accueillait des centaines de marcheurs venus gravir le mont Croagh Patrick, nommé ainsi en l’honneur du saint patron des Irlandais. Une légende raconte que l’homme y aurait passé 40 nuits et aurait chassé les bêtes venimeuses, comme les serpents, du sol irlandais.

Le dernier dimanche de juillet, les pèlerins grimpent son sommet, à une hauteur de 765 mètres, pour lui rendre hommage. Nous ne nous rendrons pas jusque-là. Le matin de l’ascension, la pluie tombe dru et un couvert nuageux cache le sommet. Après une petite accalmie, nous commençons l’ascension. Mais la pause est de courte durée, et la pluie part de plus belle. Il faut se rendre à l’évidence : nous allons devoir oublier le sommet, couvert de roches. Celles-ci sont devenues assurément très glissantes. Il faudra s’imaginer la vue que l’on aurait eue sur Clew Bay!

En plus, nous explique Quentin, si un incident survenait, aucun hélicoptère ne serait en mesure de se poser. Heureusement, à la descente, le ciel se dévoile et nous laisse entrevoir la baie de Westport et ses environs. Le pèlerinage fait gonfler annuellement la population de la petite municipalité qui compte un peu plus de 5000 habitants. On raconte que certains parcourent même pieds nus les derniers kilomètres jusqu’au sommet.

La Chaussée des géants est composée d’environ 40 000 colonnes de basalte gris de forme polygonale, selon différents guides touristiques, dont Le Routard.

D’autres découvertes 

La découverte des Slieve Leagues, des falaises d’environ 600 mètres qui plongent dans la mer, se fait dans le même décor. Nous les entrevoyons au départ, et nous plongeons dans le brouillard le plus complet, sur un sentier rendu glissant par la pluie. Je suis déçue, j’avais si hâte de les voir! Mais le groupe tourne rapidement la situation à la blague. Je me qualifie sans aucun doute parmi les randonneuses aux bas de pantalon les plus sales.

Vous rêvez d’Irlande? N’y venez pas si vous êtes faits en chocolat! Les quatre saisons défilent en une journée et peuvent anéantir le fantasme de la parfaite photo instagrammable en un rien de temps. Aussi rapidement, en fait, qu’un arc-en-ciel peut poindre sur un décor jusque-là tristounet... Pour moi, le ciel changeant n’est pas une raison de l’éviter, loin de là! 

C’est d’ailleurs sous un soleil radieux que nous découvrons la Chaussée des géants, un site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Ce n’est pas tant les blocs de roche basaltique (environ 40 000 colonnes de basalte gris de forme polygonale) qui auront fait ma journée, mais plutôt la randonnée en bordure des falaises abruptes. Par ce temps clair, nous pouvons voir l’Écosse.

Mais comme tant d’autres attractions, la Chaussée est assaillie de touristes venus se faire prendre en photos sur ces blocs rocheux. Je déchante un peu en apercevant les roches colorées par les touristes... qui nous attendent au bout de notre (si) parfaite randonnée. 

Malgré la météo changeante, j’ai craqué pour ce pays. Je n’avais jamais randonné dans des champs de moutons et dans de la bruyère qui salit les bas de pantalons. Sur mes photos, des moutons, et encore des moutons.

À Ardara, au nord du pays, la sympathique propriétaire du B & B où nous étions avait pris soin de nous mettre des brosses et du papier journal pour nos souliers. « Où les as-tu emmenés? » a demandé Norah à Quentin lorsqu’elle nous a vus arriver, assez boueux merci. Norah est devenue pour moi le visage de l’accueil chaleureux des Irlandais, souvent vanté dans les guides touristiques. La dame ne se contente pas de nous mitonner des déjeuners gargantuesques, elle propose aussi de faire notre lavage.

Expérience culinaire

Est-ce en raison de leur histoire marquée par la grande famine de 1845? Chose certaine, on ne meurt pas de faim là-bas, bien au contraire. 

Dans les restaurants et les B & B, les portions sont (trop) généreuses, souvent carrément en double pour une seule assiette. La pomme de terre est servie de multiples façons; on la retrouve même en purée et en frites, côte à côte. La crème et le beurre sont aussi très présents. 

Tout au long du séjour, nous nous régalons de chaudrée de fruits de mer, de morue, de sole et de saumon, notamment. « Il faut que je retrouve la sensation de faim », nous lance un des membres du groupe.

Certains craignent même de prendre du poids même si on marche une dizaine de km par jour. L’expérience culinaire irlandaise vient s’ajouter aux plaisirs du plein air là-bas.