Le village de Sangalle, communément appelé « l’oasis » pour d’irréfutables raisons, est l’arrêt par excellence pour se reposer au fond du canyon de Colca. Il ne faut pas s’attendre à du cinq étoiles, mais les petits lodges dotés de piscines creusées sont un vrai luxe après une journée.

Randonnée au Pérou : trouver son air dans le canyon de Colca

CHRONIQUE / Je me souviendrai longtemps de l’odeur du grand air du Pérou. Ou plutôt du grand, mais très pauvre air du Pérou. Déjà, en descendant de l’avion à Arequipa au petit matin, on s’étonne de l’aridité et de la fraîcheur de cette brise qui entre dans nos poumons à 2335 m d’altitude. Mais, si l’on constate rapidement que l’atmosphère de la blanca ciudad (ville blanche) invite à l’aventure, il faut attendre de voir ce qui se cache de l’autre côté des montagnes et volcans qui la bordent pour réellement se laisser couper le souffle.

Et pour moi, il l’a été dans tous les sens du terme. 

Après deux jours passés à s’acclimater, à siester et à s’essouffler pour les moindres escaliers, nous quittons Arequipa en pleine nuit à bord d’un petit autobus en direction du canyon de Colca, où un trek de deux jours nous attend. Dans nos sacs : quelques vêtements adaptés à l’instable mercure de la région, de l’eau à profusion et une impressionnante sélection de médicaments contre l’altitude ou toute forme possible de problème gastrique. Comme beaucoup de ses compétitrices, l’agence que nous a recommandée notre auberge de jeunesse s’occupe de tous les repas : l’art de s’enlever un grand poids.  

Accompagnés de notre guide et d’un petit groupe de touristes à bord, nous sillonnons la route — cœurs sensibles, s’abstenir — qui nous sépare de Cruz del Condor, le plus célèbre point d’observation de cette gigantesque crevasse. Alors que le soleil ravive tranquillement le désert après une difficile nuit glaciale, cet arrêt marque un incontournable, ne serait-ce que le temps d’observer quelques vautours plonger dans le vide et de s’émerveiller devant ce trou de 3400 m de profon-deur. 

Commence alors le véritable périple : atteindre son fond, et le remonter. Prenant départ non loin de la ville de Cabanaconde, le sentier ne se compare à rien de ce que j’ai pu expérimenter auparavant. Le chemin rocailleux nécessite un grand contrôle de chacun de ses pas, et s’étend en zigzags jusqu’à ce qu’on peut deviner être un mince pont traversant un ruisseau, tout en bas. Un vrai cocktail de vertige, de fébrilité et d’envoûtement, on the rocks. Et que dire des imposants cactus et des intrigantes plantes grasses qui bordent cet irréaliste sentier; de quoi susciter admiration et envie chez n’importe quel horticulteur amateur. 

Sous un soleil maintenant devenu plus que généreux, nous descendons les 1000 m de dénivelé de cette spectaculaire paroi du canyon près de quatre heures durant. Un valeureux chien de berger errant, qui semble être un habitué des lieux, s’est épris de notre groupe au sommet et veillera sur nous jusqu’à la fin du périple. 

Une fois tous les randonneurs rassemblés de l’autre côté du pont, nous longeons la rivière jusqu’à un tout petit village (San Juan de Chucchu) fait de bois et de briques de terre cuite, où un dîner typiquement péruvien nous attend. Le paysage est déjà somptueusement différent. En remarquant les figues, les grappes de poivre rose, les avocats et les pommes grenade qui ornent la végétation de ce microclimat, on saisit ce qui motive les communautés de la vallée à vivre si recluses et à parcourir chaque jour l’équivalent d’une expédition de touristes intermédiaire pour gagner leur pain. 

S’acclimater

Il m’a fallu descendre un canyon entier avant de comprendre que mon corps ne s’est pas encore acclimaté, même après trois jours en altitude. Misère. Si près d’une rivière et enveloppés d’une telle chaleur, on n’aurait pu s’imaginer se trouver toujours à 2300 m du niveau de la mer. Or, chacun des pas d’ascension que j’entreprends sur ce sol à peine vallonneux me donne l’impression d’être en plein marathon. 

On pourra dire que j’ai fait durer le plaisir. Je profite des courtes séances de découvertes horticoles pour reprendre mon souffle, et je répète le même manège pendant les trois heures restantes : m’arrêter, respirer 50 fois en une minute, envier la capacité cardiaque du chien, retrouver espoir et enthousiasme, repartir.  

Mais tout le mal est déjà presque oublié lorsque le village de Sangalle, communément appelé « l’Oasis » pour d’irréfutables raisons, commence finalement à poindre à l’horizon. Après avoir traversé un pont suspendu qui surplombe la rivière Colca, nous atteignons ce joli et luxuriant havre parsemé de petits hôtels. Tout y est pour s’arrêter le temps d’une nuit : même quelques piscines creusées. Ai-je réellement dit « trek »? 

Le sentier est bordé d’imposants cactus et d’intrigantes plantes grasses. Plus on approche du fond de cette vallée bien gardée, plus la végétation est luxuriante.

Echantée à l’idée de m’effondrer sur le sol et de ne plus bouger, mais inquiète pour le trajet qui nous attend le lendemain, j’interroge timidement notre guide. « Ce sera beaucoup plus difficile qu’aujourd’hui? ». 

« Ne t’en fais pas, j’ai déjà réservé une mule pour toi », me répond-il, tout sourire. Ouch. À la revoyure, ma chère fierté. 

Remonter

Le lendemain matin, deux autres randonneuses et moi amorçons donc une ascension de trois heures, bien assises sur nos mules à contempler le soleil qui apparaît derrière la paroi du canyon. À la vue du chemin, encore plus rocailleux et abrupte que celui de la veille, pas un regret ne traverse mon esprit. Ce sont les 20 $ les mieux investis de ma tendre existence. 

Au sommet, de retour dans le désert près de Cabanaconde, on remarque des nuages de cendres qui s’élèvent des volcans avoisinants. L’instant est idéal pour remercier en pensée la Pachamama (Terre-mère) pour cet ardu, mais mémorable voyage au centre de la terre. 

Épilogue 

Heureusement, mon corps a finalement appris à composer avec l’altitude. Un peu plus d’une semaine plus tard, j’ai atteint le sommet de la célèbre montagne « arc-en-ciel », qui se situe à 5200 m d’altitude. Je vous conseille donc de prévoir plus de temps que nécessaire pour apprendre à respirer l’air du Pérou et de consulter un médecin à l’avance pour connaître les risques de l’altitude.