Projet Buy Nothing: un voisinage en cadeau

«Lecteur DVD à donner, il serait sûrement heureux chez quelqu’un qui en a besoin»... Ce message, on pourrait le lire sur n’importe quelle page d’entraide, de troc ou de vente sur Facebook. Mais sur celle du Buy Nothing Limoilou/Maizerets, il s’enrichit d’une autre idée : celle de rencontrer ses voisins.

«La mission, ce n’est pas de sauver l’environnement, d’éviter de mettre des choses aux poubelles. C’est d’encourager le développement d’une communauté locale par l’économie du don. C’est vraiment pensé pour encourager les gens à se rencontrer face à face», insiste Marie de Bellefeuille. 

La maman de deux jeunes enfants a fondé la page Buy Nothing de Limoilou en janvier, de retour au Québec après cinq ans en Australie. Là-bas, elle a participé au fil des ans à six différents groupes, et a commencé à s’impliquer dans la gestion bénévole de cette expérimentation sociale. 

Le Projet Buy Nothing obéit à certaines règles. D’abord, tout doit être gratuit, dans la logique de l’économie du don (gift economy). Aucun échange monétaire ni troc n’est accepté. Soit on offre un objet, du temps, ou son talent. Ou alors on demande, dans l’espoir que quelqu’un ait ce qu’il nous faut sous la main. 

«Quand j’ai déménagé en Australie, je suis arrivée avec mon chum et mes valises. Je me suis mise à chercher sur Facebook tout ce que je pouvais trouver comme économie du don. Il y avait l’équivalent des groupes As-tu ça toi?, mais ce sont des groupes immenses. Je pouvais aller chercher des choses à 60km, donc c’était plus ou moins efficace. Quand j’ai découvert mon groupe Buy Nothing local, ç’a été le coup de foudre. J’ai pu trouver rapidement tout ce dont j’avais besoin, tout près de chez nous», se remémore Marie de Bellefeuille.

Une cellule de Buy Nothing atteint une masse critique dès la centaine de membres. Et quand la millième inscription approche, les administrateurs divisent le groupe en plus petites unités suivant les limites naturelles d’un quartier. Une particularité qui ne fait pas toujours consensus quand arrive le moment de briser une belle communauté, mais à laquelle les gens finissent par adhérer, selon l’expérience de Marie de Bellefeuille.


« La mission, ce n’est pas de sauver l’environnement, d’éviter de mettre des choses aux poubelles. C’est d’encourager le développement d’une communauté locale par l’économie du don. C’est vraiment pensé pour encourager les gens à se rencontrer face à face »
Marie de Bellefeuille, fondatrice du groupe Buy Nothing Limoilou/Maizerets

Les gens sont aussi encouragés à mettre un peu d’amour dans leurs communications. «Il y a une job d’éducation et de développement communautaire à faire. La consigne la plus dure à respecter est celle de ne pas y aller avec le premier arrivé, premier servi» qui règne partout ailleurs, note l’administratrice. C’est celui qui offre qui décide comment il choisit son récipiendaire. Il convient ensuite d’essayer de faire l’échange en personne. De là naît la magie, selon les fondatrices du concept, Liesl Clark et Rebecca Rockefeller. Né en 2013 sur l’île de Bainbridge, dans l’État de Washington, le projet est présent dans une vingtaine de pays. 

Marie de Bellefeuille, elle, s’implique maintenant dans le groupe de Beauport, où elle vient de déménager. Elle veut continuer d’implanter les idées qu’elle a vues en Australie, comme les «sacs voyageurs», remplis de dons qui circulent de membre en membre. Elle aime aussi le concept de la bibliothèque d’objets, où les gens rendent disponibles certains articles (de camping ou de cuisine notamment) qu’ils n’utilisent que quelques fois dans l’année. 

Elle doit aussi profiter bientôt d’un cadeau qu’elle a obtenu et qui illustre bien le côté original du groupe. «J’ai mis un message sur le Buy Nothing de Limoilou pour savoir si quelqu’un aimait magasiner, avait un bon sens du style et pourrait venir magasiner avec moi. J’ai eu la réponse d’une fille qui aime non seulement magasiner, mais qui est aussi designer, styliste et couturière, et elle m’a offert de faire une séance de stylisme totale, des pieds à la tête, gratuitement! C’est un bel exemple de don de temps et de talent qui permet de rencontrer quelqu’un», s’enthousiasme-t-elle.

Les principes du Projet Buy Nothing vous interpellent particulièrement? Si vous habitez dans Limoilou, Beauport ou la Cité universitaire, il vous sera facile de trouver le groupe Facebook lié à votre quartier et d’y faire une demande d’adhésion. S’il n’y en a pas dans votre coin, il est toujours possible d’en fonder un, en passant par le www.buynothingproject.org.

Marie de Bellefeuille (à droite), a donné son mélangeur à Geneviève Labrie en mettant une annonce sur le groupe Buy Nothing de Beauport, où elle habite maintenant. Elle dit avoir choisi Geneviève, car celle-ci a le projet de faire un «vélo-smoothie» avec le don reçu. Le plus important? Les deux femmes ont pris le temps de se rencontrer.

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Le principe du Projet Buy Nothing ressemble beaucoup, au Québec, à celui des groupes As-tu ça toi?. Créé en 2012 par Marie Neige Châtelain, ce mouvement prône lui aussi l’économie du don, en excluant les ventes en argent ou le troc. 

«J’ai ouvert une page avec des amis en commençant par la phrase “As-tu ça, toi, une commode?” L’idée était née. Petit à petit, les demandes et les offres étaient jumelées à des demandes de troc. J’ai décidé qu’on pouvait faire mieux. Faire de vrais dons et n’attendre rien en échange», raconte la fondatrice.

L’idée a fait boule de neige très rapidement. Aujourd’hui, le mouvement s’est répandu à travers la province, avec des groupes régionaux rassemblant plusieurs dizaines de milliers de personnes. La grosseur reste un très bon défi de gestion pour les bénévoles qui administrent la page, admet Marie Neige Châtelain. 

Malgré tout, elle se réjouit du fait que le projet, «qui regroupe des gens de toutes les classes sociales et de différentes allégeances religieuses, [ait permis] des rencontres qui n’auraient jamais eu lieu. Ça a aussi aidé à sortir de l’isolement certaines personnes qui tout à coup sont devenues des donneurs étoiles», raconte Marie Neige Châtelain. 

Une petite recherche sur Facebook avec les mots-clés «don, entraide, à donner» permet par ailleurs de trouver une multitude d’autres groupes de dons, d’échanges et d’entraide dans la région.