Antoine Sicotte avec son nouveau livre de recette.

Popote pour tous

Tous les parents le diront et le répéteront : les soirs de semaine se suivent, se ressemblent et défilent à la vitesse de la lumière. Ou presque.

Le 5 à 8 est dans les chaumières un carrefour d’intensité. Entre les activités parascolaires, les devoirs, le souper à préparer, les lunchs du lendemain à planifier et la routine des bains et du dodo, on a rarement le temps de souffler. 

Ça va souvent vite et il faut bien peu de choses pour que le chaos relativement organisé ressemble à un ballet trop rythmé et mal chorégraphié.

On enfile les soirées comme si on avançait sur la voie rapide d’une autoroute.

En chemin, la question qui revient tout le temps, dans la bouche de la plus petite comme du plus grand : qu’est-ce qu’on mange? 

C’est simple. Et pourtant, même les cuisiniers les plus aguerris peinent parfois à répondre. Antoine Sicotte peut en témoigner. Habitué de la popote en tous genres et amoureux de cuisine, il a fait de sa passion pour le bon et le savoureux le cœur de sa pratique professionnelle.  

« Pourtant, chez nous, je me retrouvais à toujours faire les mêmes quatre ou cinq recettes. » 

Parce que la dynamique des soirs de semaine impose sa cadence. Dans le tourbillon, on a peu de temps pour concocter le souper avant de s’attabler. 

« Ce n’est pas du tout la même chose que le samedi soir, par exemple. J’ai réalisé qu’il fallait alléger les moments passés en cuisine et maximiser le temps qu’on passe à préparer les repas. Parce que, ultimement, les soirées filent vite et on a le goût de bien manger, mais aussi de profiter de ces moments en famille », explique celui qui s’est fait connaître sous le nom du Cuisinier rebelle.   

C’est avec l’idée de faciliter la vie des parents qui, comme lui, soupirent devant la page blanche du menu à renouveler qu’il a bâti son nouveau recueil de recettes, Papa popote. Le bouquin, attrayant, est ponctué de personnages style bande dessinée.

« Cet esprit-là, de BD, j’y tenais, ça me ressemble. »

Ça lui permet aussi d’intégrer les avatars dessinés (par Anouk Noël) des jeunes goûteurs qui ont testé et approuvé les recettes. En tout, dix enfants (aux profils gustatifs différents) ont apposé leur sceau d’approbation sur les plats qui figurent dans le ludique carnet. Comme dans ses précédents livres, Sicotte signe les photos tandis que la facture visuelle a été confiée à la graphiste Laurie Auger.  

« Ce n’est pas un ouvrage qui est destiné aux enfants à proprement parler. Des bouquins de ce type-là, il y en a sur le marché, j’en ai aussi à la maison, et à la fin, je trouve qu’ils ne sortent pas tant que ça de la bibliothèque. Mon livre en est un qui s’adresse aux parents, mais que les enfants prendront plaisir à feuilleter eux aussi. »

Et parce que c’est amusant de cuisiner ensemble, les tâches qui peuvent être exécutées par des petites mains sont indiquées en caractère gras. 

Simplicité et nouveauté

En misant sur la simplification des repas, le cuisinier tatoué n’a pas voulu renoncer à la découverte et à la nouveauté. 

« J’ai porté une grande attention à la disponibilité des produits. En cours de chemin, j’ai écarté les recettes dont les ingrédients étaient plus difficiles à trouver. J’avais ce souci de proposer des mets qui se préparent avec ce qu’on a souvent déjà à la maison. Lorsque j’apporte une petite touche d’exotisme, je le fais avec des ingrédients courants comme la sauce soya, le cari, le gingembre, la coriandre », explique le papa de trois enfants âgés de trois, neuf et douze ans. 

Et pas question de restreindre l’éventail des possibles sous prétexte que le menu est familial. 

« J’ai un chapitre consacré aux plats de poisson, j’ai intégré deux tartares, des fruits de mer, des assiettes végés avec des haricots ou du tofu. Je pense que le palais des enfants est plus “ouvert d’esprit” qu’on le pense, de façon générale. Personnellement, un aliment boudé par mes enfants une première fois passe souvent bien à un autre moment. Parfois, c’est simplement une question de texture. Je pense à l’aubergine, par exemple, qui n’était pas tellement aimée chez nous. En sauce à spaghetti, pourtant, tout le monde l’adore », précise Antoine. 

Dans son livre à lui, rapidité et pratico-pratique aiment bien se superposer aux cuisines du monde.  

Ses pizzas prennent des couleurs maghrébines. Ses pâtes se parent à la façon d’une paëlla. Sa soupe aux tortellinis a des parfums d’Asie. Il réinvente la guédille en la garnissant de saumon plutôt que de homard. Il multiplie les recettes en un bol ou sur la plaque. Ses matins, eux, sont festifs. 

« J’aime tous les chapitres, mais j’avoue que j’ai un faible pour celui consacré aux petits déjeuners. Pour celui-là, on s’est mis dans l’ambiance du brunch de la fin de semaine. Quand on a enfin le temps de préparer un déjeuner plus élaboré et de manger tranquillement tous ensemble. »

Le cœur du livre, l’idée de la patente, c’est beaucoup ça : se retrouver autour de la table en tribu. Heureux. Dans un moment partagé qui compte triple. « Mon propre amour de la cuisine vient de là, des repas familiaux pendant lesquels on se retrouvait ensemble. C’est un scénario que j’ai reproduit chez moi. La table est un lieu de retrouvailles tellement précieux. »

Le plaisir est le maître-mot de sa vision des repas. En bricolant ses recettes, il n’a donc pas tellement misé sur les valeurs nutritives si souvent prônées dans les menus pour enfants. 

« Je voulais que ce soit savoureux, d’abord et avant tout. Après ça, ce que je propose, ce sont des plats faits maison, avec de bons ingrédients issus de tous les groupes alimentaires. C’est quand même un excellent point de départ pour une assiette santé. »

Soupers en mode boîtes à lunch

À l’heure où on mitonne le souper, on a souvent déjà un pied dans l’horaire du lendemain. La (parfois — souvent — tout le temps : choisissez l’adjectif qui vous sied) désespérante boîte à lunch à préparer hante nos esprits déjà tellement occupés. 

« Si on doit cuisiner les lunchs en plus du souper, on rajoute une tâche à une soirée déjà bien chargée », estime Antoine.  

Pour faciliter la vie de tout le monde, le plus simple, c’est encore de faire d’une pierre deux coups. Plusieurs recettes du livre peuvent donc avoir une double nationalité : souper du soir et lunch du lendemain.   

Souvent, la recette est pensée en fonction des lunchs du lendemain. Son meilleur allié? 

« Probablement le thermos. J’avoue que je suis un grand fan du thermos. Je ne sais pas si c’est quelque chose dont on a perdu l’habitude au fil des ans, mais chez nous, c’est un essentiel des boîtes à lunch. Je pense que les gens le négligent parce qu’ils ne savent pas toujours comment bien l’utiliser. » 

C’est simple : pour garder le plat au chaud, le thermos doit être réchauffé au préalable, avec de l’eau bouillante. Après une trempette de dix minutes dans la petite cuve d’inox, l’eau peut être jetée et le thermos est prêt à recevoir le plat réchauffé au préalable. 

« Ça reste chaud jusqu’à midi sans problème », assure Antoine, en précisant qu’on gagne à investir dans la qualité. 

« On peut payer une trentaine de dollars pour un bon thermos, mais il dure longtemps. Ma fille utilise le sien depuis six ans maintenant. »

Le congélo est un autre ami précieux des matins pressés. 

« Plusieurs plats se congèlent. C’est facile de faire une recette en double et de congeler les restes en portions individuelles qu’on ressort, au besoin, pour la boîte à lunch. »

Coffre à outils (de cuisine) bien garni

Selon Antoine Sicotte, une cuisine bien équipée comprend au moins :

Un couteau qui coupe bien… et une planche à découper de bonnes dimensions : « Ça prend un espace sur lequel travailler. Une toute petite planche, c’est inefficace. »

Un pied-mélangeur, un robot ou un mélangeur : « C’est simple : il vous faut un appareil qui coupe, peu importe lequel vous choisissez entre les trois. »

Une mandoline : « Parce que pour jouer avec les textures des légumes, c’est un must. »

Une grande plaque et une grande poêle antiadhésive qui va au four : « Avec ça, c’est facile de cuisiner les repas en un plat qui facilite tellement. »


 VOUS VOULEZ LIRE

Papa popote

Antoine Sicotte

Éditions Cardinal

176 p.


RECETTES

Pain doré des petits singes

Portions : 4 à 6 

Temps de préparation et de cuisson : 30 min


Ingrédients

2 bananes bien mûres ou décongelées

3 œufs

½ tasse (125 ml) lait

2 c. a soupe (30 ml) beurre 

8 à 10 tranches de pain


Préparation

Dans un bol, broyer tous les ingrédients au pied-mélangeur. Réserver.

Dans une poêle, faire fondre un peu de beurre. 

Tremper une tranche de pain dans le mélange à base de banane. 

Cuire de 2 à 3 minutes de chaque côté afin de dorer le pain. Répéter pour chaque tranche. 

Réserver.


Crème chocolat blanc et noisettes

¾ tasse (180 ml) crème 35 %

¾ tasse (180 ml) pépites de chocolat blanc 

½ tasse (125 ml) noisettes, hachées 

Quelques tranches de fraises

Au micro-ondes, faire chauffer la crème jusqu’à ce qu’elle soit très chaude. Ajouter le chocolat et les noisettes, puis fouetter afin de bien faire fondre le chocolat.

Garnir le pain doré de sauce et de fraises. Servir.

Flash parmigiana

(Une version simplifiée du poulet parmigiana)

Portions : 6 

Temps de préparation : 30 min

Temps de cuisson : 30 min


Ingrédients

4 poitrines de poulet, coupées en dés de 2 cm

1 c. à soupe (30 ml) huile végétale

2 gousses d’ail, hachées

2 à 2 ½ tasses (500 à 625 ml) sauce tomate maison ou du commerce

¼ tasse (60 ml) basilic frais, émincé

3 tasses (750 ml) mozzarella, râpée


Préparation

Préchauffer le four à 350 °F (175 °C).

Dans une poêle, faire revenir les cubes de poulet dans l’huile pendant 6 minutes. 

Ajouter l’ail et poursuivre la cuisson pendant 1 minute. 

Verser la viande dans un plat à gratin en prenant soin de bien la répartir dans le plat.

Verser la sauce sur le poulet et garnir de basilic.

Couvrir le tout de mozzarella.

Préparer la croûte en mélangeant : 

3 œufs, battus

½ tasse (125 ml) chapelure italienne

1 tasse (250 ml) parmesan, râpé

3 tranches de pain, coupées en petits cubes

Sel et poivre du moulin

Répartir le tout sur le fromage. 

Cuire au four pendant 30 minutes.