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Karine Tremblay
La Tribune
Karine Tremblay
Propriétaire de l’entreprise sherbrookoise VERTige, Ashley Walllis baigne dans la culture des germinations depuis 2012.
Propriétaire de l’entreprise sherbrookoise VERTige, Ashley Walllis baigne dans la culture des germinations depuis 2012.

Plein les pousses

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CHRONIQUE /  Souvenir parfumé de chlorophylle. Quelque part dans les années 1980. Imaginez un bout de comptoir et un petit germoir où poussait le nec plus ultra des nouveautés vitaminées. Je vous le donne en mille : c’était les belles heures de la luzerne (et aussi du spray net, des chandails fluos Au Coton et du Commodore 64).

Ma mère suivait la mode... culinaire et faisait méticuleusement germer les précieux brins vert tendre. 

Sa production abondante se retrouvait évidemment dans notre bol à salade arrosée de vinaigrette Catalina (ça aussi, ça allait avec l’époque). Les temps ont changé, la luzerne est restée, mais elle n’est plus souveraine au royaume des pousses. 

Je ne compte plus le nombre de semences qu’on peut maintenant cultiver chez soi, en pot Mason ou sur terreau. 

Et si je n’ai aucune envie de renouer avec l’orangée vinaigrette commerciale, la perspective de faire pousser du vert comestible en ces froids mois d’hiver me semble assez réjouissante. J’ai donc acheté bacs, terreau, semences de tournesol et de pois.

Mais avant de se lancer, la débutante que je suis a appelé Ashley Wallis, propriétaire de Vertige, pour glaner quelques trucs. 

Depuis 2012, son entreprise basée à Sherbrooke fait germer les végétaux sous les néons. Les récoltes emballées sont ensuite vendues en supermarchés partout à travers le Québec. 

« On s’assure d’une qualité super pointue, appuyée par des analyses en laboratoire faites chaque mois », dit celui qui s’est intéressé à cette culture après avoir constaté qu’on réservait encore trop souvent les pousses à la déco des assiettes. 

« Ce sont des aliments aux valeurs nutritives très élevées, qui sont vraiment riches en antioxydants et en vitamines A, C et K, par exemple. »

Envie de vous lancer dans la production de ces concentrés vitaminiques vous aussi? Il vous faut...

De l’eau...

Il y a deux grandes familles dans les germinations, m’explique Ashley. D’abord, on pense à celles qui poussent dans l’eau, selon un mode de culture plus hydroponique, comme la luzerne. Leur grand avantage? Un cycle de production rapide. En 5 à 6 jours, on est prêt à déguster les filaments germés. 

Le principe, ultra simple, peut s’effectuer à l’aide d’un banal pot Mason incliné (pour favoriser la circulation d’air), recouvert d’une gaze (et retenu par un élastique). 

 « L’important, avec cette méthode, c’est de rincer les graines chaque jour à l’eau froide pour faire descendre la température. Ceci parce que la germination génère de la chaleur. Pour ne pas que les pathogènes se multiplient, il faut faire descendre cette température en rinçant à l’eau froide. Après, on s’assure d’enlever l’excédent d’eau. »

La technique est simple, rapide, efficace. 

« Il faut juste faire attention à la possible contamination et c’est pour cette raison qu’il faut toujours se laver les mains et utiliser du matériel bien propre. On suggère de prendre des semences certifiées. Le taux de germination sera meilleur et ça réduira le risque qu’une semence moisisse et en contamine d’autres à proximité. Des fois, les gens me disent : oui, mais la poche de graines de tournesol pour oiseaux de la quincaillerie est moins chère... C’est vrai, mais ce n’est pas le même produit! » 

Les semences biologiques ne sont pas traitées. Elles sont aussi sans OGM ni pesticides. Un échantillonnage peut être fait pour trier celles qui se prêteront mieux à la germination. 

« Je recommande de les faire tremper une douzaine d’heures avant d’amorcer le processus de germination comme tel. »

Après ce trempage, on rince les graines à travers le fin grillage en prenant soin d’enlever l’eau excédentaire. Les semences, elles, resteront humides. C’est normal et souhaitable. On glisse ensuite le pot dans un endroit qui n’est pas exposé à la lumière directe et on l’oublie jusqu’au lendemain, avant de répéter le même exercice (minimalement une fois par jour).

« Pendant le processus de germination, pour éviter la lumière directe, on peut mettre notre pot dans une armoire, mais dans tous les cas, on s’abstient de le laisser dans un endroit trop chaud. On peut exposer nos pousses à la lumière une journée avant de les récolter, pour stimuler la production de chlorophylle et les faire joliment verdir. »

... ou de la terre

Autre possibilité prisée pour récolter des pousses chez soi : la culture sur terreau. 

« On peut faire pas mal tout, avec cette méthode. Trèfle, roquette, moutarde, radis, brocoli, coriandre, aneth, carottes, oignons, oseille sanguine. On peut aussi appliquer le même principe de culture pour faire pousser du mini mesclun, par exemple. Il est possible de cultiver sur différents substrats, mais en culture bio, on choisit une terre certifiée, faite pour la germination. Encore là, pas de la terre à jardin, elle n’est pas appropriée pour ce type de culture qui commande de l’aération et une bonne charge nutritive. Si la terre est trop dense, elle va retenir l’eau. »

Je retiens que, comme au jardin, le terreau est un élément-clé. Pour se lancer avec facilité, les semences de pois et de tournesol sont parfaites. 

« Elles offrent un bon rendement et sont généralement très appréciées. »

Encore une fois, on les fait au préalable tremper dans l’eau pendant un tour d’horloge.

La suite est un jeu d’enfant. 

« Moi, j’aime bien travailler avec des cabarets de 10 X 20 pouces, qui ont une profondeur d’un pouce et qui ne commandent pas trop de terre. La méthode est vraiment simple : on met le terreau dans le cabaret. On l’arrose un peu pour qu’il soit humecté, mais pas détrempé. On parsème la terre avec les semences et bingo, c’est parti. »

L’arrosage, léger, se fait chaque jour avec un vaporisateur d’eau.  

« Nous, on aime remettre un autre cabaret par-dessus, à l’envers, pour créer une sorte de dôme qui va permettre une certaine noirceur. Ça fait en sorte que le système racinaire est stimulé et que les semences vont s’installer plus vite dans le terreau. »

Pour qu’elles poussent avec encore plus de vigueur, on peut déposer une petite assiette ou une tasse sur la surface du cabaret « juste pour créer une légère pression. En trouvant une résistance lorsqu’elle poussera dans le plateau, la tige va se renforcer. »

Environ six ou sept jours plus tard, quand les pousses pointeront le nez bien haut vers le ciel, on pourra enlever le plateau du dessus.  

« La chlorophylle va se développer à la lumière et environ quatre ou cinq jours plus tard, on pourra récolter en coupant les tiges, tout simplement. »

Le terreau restant pourra aller nourrir le compost. Ou bien le jardin. 

« Chez moi, j’en mets là où j’ai du remplissage à faire sur le terrain et je vois pousser radis, daikon, brocolis, tournesols, pois, tout ça. »

Servir les pousses

On pense pousses : tout de suite on voit la salade, le sandwich ou les quelques filaments sur la platée de pâtes. Mais se limiter à ce strict usage, c’est un peu bouder son plaisir gustatif. 

« Les germinations se glissent bien dans un smoothie. Elles vont venir booster l’apport vitaminique. »

Pousses de kale ou de tournesol feront bon ménage avec les fruits dans le mélangeur. « Si on veut ajouter un peu de piquant, on pourra plutôt miser sur des germinations de roquette, par exemple. » 

Nos micros récoltes feront aussi merveille dans un pesto fait avec de l’huile d’olive, de la fleur de sel, des noix de pin ou des graines de tournesol. 

« On peut ensuite servir ce pesto avec des pâtes ou en crostinis, avec du fromage de chèvre, par exemple. » 

Sur la même lancée, on peut par exemple concocter un chimichurri maison avec des piments, des pousses de pois (ou de tournesol), du vinaigre, des échalotes ou des oignons. Au goût, on peut ajouter de la coriandre. 

S’équiper

La germination est un loisir jardinier assez accessible. L’équipement, relativement simple, coûtera entre 25 $ et 65 $. 

« Et 65 $, c’est seulement si les gens achètent le petit éclairage d’appoint, qui n’est pas absolument essentiel. »

Avec les enfants 

Si vous êtes en quête d’activités pour la semaine de relâche, la culture de pousses peut être une belle idée.   

« Les pousses et les germinations, c’est vraiment un beau projet à faire avec les enfants, une belle manière de les initier au jardinage. Tu plantes et une semaine et demie après, tu es déjà prêt à récolter et à manger. La ligne du temps est rapide et ça fait en sorte que les enfants voient vite le résultat de leurs efforts.   

Quand ils arrivent au potager, qui se cultive sur plusieurs semaines, ils comprennent mieux le processus. C’est moins abstrait. 

Pour ne pas gaspiller

Pour conserver ses pousses, on les rince et on les égoutte le plus possible. On les range dans un plat au frigo, en prenant soin de mettre un essuie-tout, pour absorber l’humidité. Pour que ça se conserve plus longtemps, on change celui-ci lorsqu’il est trop humide.