Le projet Eau naturelle, conçu par Saule Séguin de l’entreprise Les jardins de vos rêves.

Piscines naturelles: nager avec les grenouilles

La piscine naturelle se répand en Europe depuis quelques décennies et commence à apparaître au Québec. Mais pour profiter pleinement de ces piscines vivantes, sans traitement au chlore ou au sel, il faut accepter de partager sa baignade avec des plantes et quelques grenouilles.

Les gens qui choisissent ce type de bassin le font «surtout pour une question de valeurs, le respect de l’écosystème et l’expérience de se baigner dans une eau pure», explique Saule Séguin, designer, paysagiste et chargé de projet pour Les jardins de vos rêves. Il compare cette eau «douce pour la peau» à celle des lacs de montagnes.

La création de piscines naturelles, qui remonte aux années 80 en Autriche, s’inspire d’ailleurs des lacs de cette région montagneuse. 

Plus près de chez nous, à Sainte-Brigitte-de-Laval, Saule Séguin a conçu un projet appelé Eau naturelle (photo principale et plus bas), qui lui a valu deux prix au concours 2019 de l’Association des paysagistes professionnels du Québec, dont la plus haute distinction, le prix Milan-Havlin. La piscine est alimentée par l’eau de la montagne et permet de drainer le terrain. «On pourrait aussi envoyer l’eau des gouttières de la toiture, à condition de filtrer les impuretés», précise le designer.

Un autre point de vue du projet Eau naturelle. La piscine est alimentée par l’eau de la montagne.

L’entreprise familiale Les jardins de vos rêves a aussi réalisé une mini-piscine naturelle avec deux bassins filtrants, à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, en 2017. Dans ce cas-ci, la demande était de réaliser un «bassin esthétique à contempler», dans lequel les enfants pourraient jouer, explorer et se rafraîchir. Des pas japonais ont été installés dans le fond pour faciliter la circulation lors de la chasse aux libellules et autres bêtes aquatiques.

Cette mini-piscine naturelle avec deux bassins filtrants, à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, intègre un éclairage submersible pour le soir.

«Pour les enfants, c’est ludique. C’est un super avantage pour les uns, mais un inconvénient pour les autres, qui ne sont pas intéressés à partager leur zone baignable», convient Saule Séguin. 

Les matériaux comme les aménagements peuvent être très variés, de l’étang à la piscine naturelle très contemporaine. Le paysagiste souligne qu’un mur érigé dans le bassin permet de séparer et de définir la zone de baignade, de la zone d’épuration avec les plantes. Un élément esthétique, qui donne aussi l’impression de se baigner dans une section plus propre, dit-il.

Saule Séguin, designer, paysagiste et chargé de projet pour Les jardins de vos rêves

L’équilibre par les plantes

Pour assurer l’équilibre d’un bassin naturel, différentes plantes doivent être présentes. Qu’elles soient flottantes ou submergées, elles ont des fonctions épuratives ou oxygénantes, comme les élodées, la pesse d’eau, la violette d’eau, la renoncule, les nénuphars et les laitues d’eau, qui empêchent entre autres les rayons du soleil de faire proliférer les algues.

Ces plantes indigènes survivront à l’hiver, même le nénuphar, s’il trempe dans suffisamment d’eau, soit environ un mètre. Seule l’élodée sera à changer.

Règles à respecter

«En superficie, la zone réservée aux plantes doit être équivalente ou supérieure à la zone de baignade», indique Saule Séguin. Il ajoute qu’un mètre de granulat assurera jusqu’à 80% de la filtration de l’eau. «Les plantes vont faire le reste.»

Dans un article publié sur son site Internet, l’organisme à but non lucratif Écohabitation précise que les bassins ont généralement une pente de 30% et que le pH varie entre 6 et 7. «Il est conseillé de creuser la zone de baignade entre 1,5 m et 2,5 m, ce qui permettra une bonne harmonie du bassin et une protection des organismes vivants pendant l’hiver. Un minimum de 50 m2 de surface est à prévoir pour un bon équilibre biologique.»

Un rappel: les piscines naturelles et les étangs de baignade sont soumis au même règlement sur la sécurité que les piscines résidentielles. Écohabitation recommande de vérifier les règles d’urbanisme de sa municipalité pour se procurer les permis nécessaires. 

L’entretien? Minime, contrairement aux piscines traitées au chlore ou au sel. Il faut protéger le bassin de la chute des feuilles. Un filet installé l’automne pour les récupérer évite l’eutrophisation du milieu.

Un projet inspirant de la com­pagnie européen­ne BioNova, spécialisée dans la piscine naturelle depuis plus de 20 ans.

Saule Séguin ajoute qu’on peut nettoyer la zone baignable, avec le même type d’aspirateur qu’une piscine standard si elle est contemporaine et pavée. Ou encore, vider le bassin au printemps, le nettoyer au jet d’eau et à l’aspirateur et le remplir la journée même pour ne pas perdre les plantes.

Le coût d’une piscine naturelle construite par un professionnel démarre à 20 000$, conception, construction et plantes aquatiques comprises. Un montant qui équivaut à une piscine creusée traditionnelle.

L’autoconstruction est «assez simple» pour quiconque a un certain niveau de débrouillardise, estime Saule Séguin. L’équipe des jardins de vos rêves offre l’aménagement de A à Z, mais peut aussi guider les gens intéressés à réaliser leur propre piscine naturelle. Sinon, elle réfère à Internet où l’on peut trouver des schémas très simples, avec les proportions des zones à aménager.

Le designer-paysagiste adhère à la philosophie de ces bassins baignables écologiques et s’inquiète de tous les points bleus que l’on aperçoit en survolant les banlieues. Ces piscines au chlore se déversent dans la nature quand vient le temps de les entretenir.

Une autre piscine naturelle de BioNova

Malgré tout, jamais il ne poussera ce genre de projet si les gens ne sont pas prêts. Il est très conscient que les piscines naturelles viennent avec certains compromis. L’eau est plus fraîche, autour de 75°F, pour éviter la formation d’algues. Les gens doivent aussi accepter qu’une fine pellicule végétale se forme au fond, rendant la surface un peu visqueuse et glissante. 

«Ce sont de bonnes bactéries. La zone de plantes doit rester sauvage avec ses résidus. Mais la zone baignable, on peut la nettoyer et la rendre quasiment aseptisée», dit-il. 

Alors, prêt (ou non) à plonger?

LIENS UTILES

lesjardinsdevosreves.com

ecohabitation.com

+

La zone baignade est ici bien séparée de la zone des plantes droite. Un projet contemporain signé BioNova.

***

Les poissons sont plus ou moins conseillés dans une piscine naturelle. Leurs excréments peuvent faciliter la prolifération d’algues. Par contre, les insectes, les grenouilles, les escargots et autres petites bêtes aquatiques font partie intégrante de l’écosystème d’un bassin écologique. Cette microfaune participe au nettoyage de la piscine en brassant l’eau et en se nourrissant d’algues et d’insectes nuisibles, comme les moustiques, précise l’organisme Écohabitation, dans un article en ligne sur le sujet.