Objectif Zéro déchet

Le Zéro déchet a la cote. Longtemps marginalisée, la consommation responsable est aujourd’hui tendance.

Au cours des dernières années, la guerre a été déclarée contre le plastique en particulier (sacs, pailles et bouteilles) en raison du coût environnemental de sa production et de son élimination après usage.

Les images du continent de plastique, un immense amas d’objets abandonnés dans l’océan Pacifique, a frappé l’imaginaire même si certains scientifiques remettent en question sa véritable ampleur. Reste que la pollution engendrée par les déchets est une préoccupation réelle.

À Québec, un mouvement semble s’élever : celui du Zéro déchet. Plusieurs commerces s’affichant avec ce mode de pensée sont nés et de plus en plus de gens s’intéressent au sujet. Les administratrices du compte Facebook Zéro déchet Ville de Québec ont été à même de constater l’engouement. «On a 7000 abonnés et on en compte une dizaine de plus chaque jour», souligne l’une des responsables du site, Mélisandre Lafond. Les abonnés s’échangent entre eux de bonnes adresses et partagent des trucs pour appliquer des règles anti-gaspillage dans leur quotidien.

Mélisandre Lafond, Gabrielle Massé et Marie-Philippe Filteau appliquent des principes Zéro déchet dans leur vie quotidienne.

Mélisandre Lafond a toujours été sensibilisée à l’environnement. «Mes parents étaient des hippies», confie-t-elle. Tellement que sa famille rapportait ses objets récupérables dans sa voiture à partir de son chalet dans Charlevoix jusqu’à sa maison de Québec pour pouvoir en disposer correctement, le recyclage n’étant pas implanté en région à l’époque.

Le facteur Béa Johnson

Béa Johnson  est un modèle pour le mouvement Zéro déchet. Elle mène sa vie selon le principe des 5R (refuser, réduire, réutiliser, recycler, rot «composter»), à appliquer dans cet ordre.

Pour Gabrielle Massé et Marie-Philippe Filteau, le déclic est venu plus tard et porte un nom : Béa Johnson. Son livre Zero Waste et son passage à l’émission de télévision Tout le monde en parle en 2014 ont contribué à populariser le mouvement. Originaire de France et installée aux États-Unis depuis 1992, Béa Johnson mène sa vie selon le principe des 5R (refuser, réduire, réutiliser, recycler, rot «composter»), à appliquer dans cet ordre. Elle affirme que les déchets de sa famille de quatre pour un an tiennent dans un pot Mason. Une énonciation qui s’avère toutefois un couteau à double tranchant, avancent Gabrielle, Mélisandre et Marie-Philippe, qui considèrent que cet objectif est pratiquement inatteignable et qu’il peut décourager certaines personnes à changer leur comportement. Mais chaque petit geste compte, croient-elles, rappelant que l’expression «zéro déchet» est une «mauvaise» traduction de zero waste, qui signifie plutôt «zéro gaspillage».

Mode de vie

Maman de deux jeunes enfants, Gabrielle est convaincue que le Zéro déchet doit tout simplement devenir un mode de vie. «Le premier pas est de réduire tes déchets. Mais ça touche aussi la façon dont tu élèves tes enfants, que tu consommes au quotidien. Nous, on a décidé de vendre notre maison parce qu’on la trouve trop grande. Ça fait partie du processus qui vient avec le Zéro déchet. C’est s’inscrire dans un changement de société.»

Elle admet que consommer en vrac — l’un des nombreux moyens de réduire ses déchets — est plus facile aujourd’hui qu’il y a quelques années. «Il fallait être très courageux, très militant et faire un effort de persuasion, se remémore-t-elle. Maintenant, il y a un peu moins de portes à briser au quotidien.» La multiplication des demandes des citoyens a d’ailleurs contribué à ce que des commerces mettent de l’avant l’achat en vrac.

Un gagne-pain

De son côté, Marie-Philippe Filteau a fait du Zéro déchet son gagne-pain. Sous le nom de Mariefil Créations, elle confectionne sacs à sandwich, tampons démaquillants, serviettes hygiéniques et papier de toilette lavables. «Il y a de plus en plus de demandes pour ces produits», remarque-t-elle.

En 2018, il peut être difficile de résister à la beauté des objets neufs que la publicité nous suggère qu’on «mérite», lancent les trois filles en rigolant. «Mais chaque objet qui entre dans ta maison a un coût énergétique, rappelle Gabrielle. Il y a le coût pour s’en débarrasser, mais aussi le coût pour le produire. Il doit y avoir assez d’objets sur la Terre pour subvenir à nos besoins des 30-40 prochaines années! On s’obstine quand même à en produire parce que la santé économique, c’est très important, nous dit-on. Mais nous, on a choisi la décroissance.»

Au jour le jour, les trois filles privilégient l’achat en vrac plutôt que les produits préemballés, les articles de seconde main et tentent surtout de ne consommer que le nécessaire. «On n’invente rien, dit Mélisandre. Nos grands-parents fonctionnaient comme ça. On pourrait même dire que le mouvement déchet n’est pas si long que ça dans l’humanité.» L’histoire lui donne raison, car le plastique n’est devenu populaire que dans les années 1960-1970. Serons-nous capables de renverser la vapeur? Oui, espèrent les trois femmes. Un petit geste à la fois...

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Pour vous initier

Jérémie Pichon, papa de la famille «presque» Zéro déchet (famillezerodechet.com) et auteur de plusieurs livres sur le sujet tiendra une conférence le 4 novembre à l’Université Laval. Il racontera son aventure et donnera quelques trucs sur la réduction des déchets au quotidien. La conférence a lieu de 10h30 à 12h30 et elle sera suivie d’une foire où il sera possible de rencontrer des commerçants Zéro déchet. Au Pavillon Charles de Koninck. Coût : 10 $ (gratuit pour les enfants). Réservation : goo.gl/TjPSN5

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Lévis embarque dans le mouvement

La ville de Lévis a pris le virage Zéro déchet le printemps dernier en favorisant des comportements écologiques chez ses employés, ses citoyens et ses commerçants. Dans la prochaine année, 20 foyers seront accompagnés dans leur objectif Zéro déchet en bénéficiant de conseils d’experts et de ressources. 

Lévis a lancé à ses citoyens 10 défis :

1) Utiliser des sacs réutilisables pour faire ses courses

2) Donner, vendre ou acheter usagé

3) Organiser des fêtes sans déchets : exit la vaisselle jetable!

4) Offrir des cadeaux immatériels : soirée de gardiennage, cours de musique

5) Réparer ce qui est brisé

6) Préparer des lunchs Zéro déchet : privilégier les formats familiaux et les contenants réutilisables

7) Composter les restes alimentaires

8) Acheter des aliments non emballés ou en vrac

9) Au resto, refuser la vaisselle jetable, apporter sa propre vaisselle

10) Fabriquer ses produits d’hygiène et ménagers : le Web regorge de recettes

Source : Tendre vers le Zéro déchet, Ville de Lévis

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Des commerces de la région qui tendent vers le Zéro déchet

› La récolte (Épicerie Zéro déchet)

larecolteenvrac.com 

› Le haricot magique (Épicerie Zéro déchet ) 

facebook.com/le.haricot.magique

› Les Gourmandises Louca (Épicerie Zéro déchet)

facebook.com/lesgourmandiseslouca

› Bidon rempli (Épicerie Zéro déchet)

aubidonrempli.com     

› Lemieux (Produits de nettoyage en vrac )

produits-lemieux.com

› Ô village (Café Zéro déchet) 

facebook.com/ovillageqc/

› Le local (Café-crêperie qui encourage les clients à apporter leurs récipients et propose le service de consigne de pot Mason)

facebook.com/le.local.cafe

› Zozo et Arty (boutique pour enfants qui offre des produits nettoyants en vrac)

zozoetarty.com

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Liens

›  Liste des commerces Zéro déchet
circuitzerodechet.com

›  Blogue de Béa Johnson
zerowastehome.com

›  Groupe Facebook Zéro déchet Ville de Québec
goo.gl/GqR5rs

›  Ville de Lévis
leviszerodechet.ca

›  Boutique Mariefil Créations
goo.gl/wu9x5F

›  Association québécoise Zéro déchet
www.aqzd.ca