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Karine Tremblay
La Tribune
Karine Tremblay

Mission lasagne

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CHRONIQUE / Les cuistots de 12 à 17 ans ont peut-être vu passer l’alléchante invitation. Depuis quelques jours, Ricardo, porte-parole de la Tablée des Chefs, convie les jeunes toques de la province à une compétition culinaire.

Leur mission : réinventer la lasagne. Rien de moins. Les créateurs ont carte blanche, du moment que la recette est de leur cru. Lire ici qu’ils ne peuvent pas reprendre le classique présenté dans l’un ou l’autre des manuels de la maisonnée. Ils ne peuvent pas, non plus, repiquer une recette sur internet. 

Ils ont le droit de s’inspirer à gauche et à droite, bien sûr. Recueillir les idées des amis ou de la parenté, aussi. Mais au final, ils doivent inventer. Créer leur propre déclinaison du plat. Surprendre (ou ravir) la fourchette des juges.  

La compétition gourmande se renouvellera pendant six mois, chaque fois avec un défi lancé par un chef invité différent. L’idée qui sous-tend l’originale compétition chapeautée par la Tablée est encore et toujours la même : garnir le coffre à outils culinaire des jeunes. Leur donner le goût, surtout, de s’amuser avec casseroles et spatules.

« Avec notre volet éducatif, on cherche par tous les moyens à faire cuisiner les jeunes. Autant avec les défis Attache ta toque! qu’avec les Brigades culinaires, on veut leur donner le goût de développer leur autonomie culinaire », m’explique la directrice du volet Éduquer de la Tablée des Chefs, Geneviève Massé.

C’est que les impacts positifs sont nombreux. Et documentés. 

Geneviève Massé a en tête l’exemple tangible des Brigades culinaires qui, dans les nombreuses écoles secondaires où elles sont implantées depuis 2012, font fleurir les activités gourmandes après les heures de classe. 

« Un chef vient enseigner les bases de la cuisine aux cohortes d’élèves inscrits. On voit que ça génère un intérêt, que ça répond à un besoin au même titre que les activités sportives ou culturelles offertes en parascolaire. La cuisine, ça reste un ancrage qui est très rassembleur. Chaque année, on génère des évaluations de notre programme. À court terme, on voit déjà les effets des Brigades. On interpelle aussi les parents et 80 % d’entre eux nous confirment que leur enfant est davantage impliqué dans la planification et la confection des repas… et des boîtes à lunch! »

Ici, n’importe quel parent qui n’aime pas particulièrement assembler sandwichs, petits jus et légumes coupés sait à quel point cette dernière donnée est précieuse.

« Mais pour ça, ils ont besoin d’être outillés. »

Avant, la passation culinaire, la transmission des connaissances, ça se faisait beaucoup à la maison. Les enfants apprenaient les techniques de base auprès de leurs parents. 

« Les modes de vie ont changé. Ce transfert-là ne se fait plus autant qu’avant. On a plein de shows de télé de cuisine, de nombreux livres de recettes sur les tablettes, des blogues culinaires aussi. Malgré ça, on voit que nos jeunes ne cuisinent pas autant qu’on pourrait le penser, parce qu’ils n’ont pas toujours le bagage nécessaire. »

Une fois acquis, ce bagage-là est précieux. 

« Parce que tout le monde, on mange trois fois par jour. Quand on sait apprêter les aliments, on est autonome en cuisine et on peut faire des choix différents, meilleurs pour la santé. »

C’est connu et reconnu : il n’y a pas d’option plus bénéfique pour la santé que celle de transformer soi-même des aliments frais. On évite ainsi le sel, le sucre et les mauvais gras ajoutés en quantités parfois faramineuses dans les plats des gros joueurs industriels. On contourne aussi tous les additifs au nom impossible à épeler. Et en même temps qu’on cultive confiance et connaissance, on développe sa curiosité culinaire. 

« Avec les Uber Eats, et toutes les options de prêt-à-manger, c’est ultra facile de se tourner vers des repas tout faits. Mais lorsque les jeunes constatent à quel point c’est facile de cuisiner des choses maison, et à quel point c’est aussi plus économique et savoureux, ça change la donne. J’ai envie de dire ça va au-delà de la saine alimentation. L’impact, c’est aussi des jeunes qui sont davantage mobilisés au plan alimentaire. L’éducation, en cuisine comme ailleurs, c’est une clé importante. »

Après ça, il faut aussi savoir laisser le fourneau aux apprentis. Leur céder la place dans la cuisine. Pour le défi Attache ta toque!, évidemment, mais aussi pour le souper du mardi ou bien le brunch du dimanche.

« Oui, ils vont peut-être faire des petites erreurs, échapper des trucs, brûler une fournée de biscuits. À la fin, l’important, c’est qu’ils apprennent. Et c’est ça qui est formidable, en cuisine : on apprend. Rapidement, on voit de l’amélioration, on maîtrise certaines techniques. C’est nourrissant pour l’estime de soi et la fierté des jeunes. S’ils sentent qu’on leur fait confiance, ils vont encore plus prendre goût à l’exercice. Et ils vont vous surprendre. »

Avec une lasagne de leur cru, peut-être. 

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Attache ta toque!

Pensé pendant la pandémie (et décliné en fonction des contraintes qu’elle impose), le tout neuf défi Attache ta toque! amènera les jeunes créateurs de saveurs dans l’univers de différents chefs. 

Geneviève Everell, Simon Mathys, Patrice Demers, Rémy Couture, Fisun Ercan sont les cinq autres personnalités qui lanceront un défi gourmand à la relève culinaire au cours des prochains mois. Pour tous les détails : tableedeschefs.org/fr/les-defis-attache-ta-toque

Un prix sur mesure sera décliné pour chaque compétition. En avril, par exemple, la personne gagnante verra sa recette publiée dans le magazine Ricardo de septembre. Elle sera aussi invitée sur le plateau pendant le tournage d’une émission et conviée à une visite personnalisée du Café de St-Lambert, notamment.

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Recueil sucré

C’est souvent par la porte de la pâtisserie que les enfants mettent le pied dans la sphère culinaire. S’amuser avec le sucre, le chocolat, la crème et le caramel, c’est en soi assez séduisant. Déguster ensuite les douceurs qu’on a faites soi-même, c’est encore plus attrayant. Le livre Veux-tu du dessert risque donc de faire de l’œil aux mini toques sous votre toit. 

Couverture vieux rose et graphisme un peu vintage donnent le ton : le coloré et ludique recueil signé Rémy Couture est une ode aux délices sucrés tous azimuts qui ont bercé notre enfance. Desserts de nos mères et nos grands-mères (gâteau Reine Elizabeth, grands-pères dans l’sirop, renversé à l’ananas, etc.) et versions revisitées des emblématiques petits gâteaux en boîte du supermarché (Rem-West, Oh Rémy!, p’tits gâteaux au caramel, flakies, biscuits feuille d’érable, pour n’en nommer que quelques-uns) figurent dans le tout nouveau recueil. 

S’il maîtrise ses classiques, le pâtissier-propriétaire du Crémy, à Montréal, ose aussi des déclinaisons plus éclatées. Financiers au foie gras, tarte tatin au cheddar vieilli, poutine sucrée et gâteau aux carottes et à l’argousier comptent parmi les 50 propositions sucrées de l’appétissant bouquin, qui consacre aussi tout un chapitre aux beignes.  

Le petit plus qu’on aime? Rémy Couture a beau s’être perfectionné en France et avoir décroché à son retour le prix du meilleur apprenti pâtissier du Canada, les recettes qu’il présente sont accessibles, bien expliquées et relativement simples à exécuter. Pas besoin d’être un as de la chimie pâtissière pour les confectionner. 

Et puisque tout est dans tout : Rémy Couture sera le chef invité de la Tablée en septembre. On peut d’ores et déjà parier que le défi gourmand qu’il proposera sera sucré...

  • Rémy Couture
  • Veux-tu du dessert? En v’là! 
  • Les Éditions La Presse
  • 160 pages

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