Le groupe Les Malpris, formé de Mario Boulianne, Stéphane Godin, Pierre Vachon, Michel Villeneuve et Sonny Tremblay, s’apprête à lancer son deuxième album au cabaret La Basoche le mardi 4 décembre.

L’urgence réussit aux Malpris

Après un silence prolongé, Les Malpris lanceront leur deuxième album au Cabaret La Basoche, qui accueille — à guichets fermés — la bande de rockeurs de Gatineau le mardi 4 décembre.

Ce disque éponyme survient cinq ans après La Bouée, première offrande des rockeurs. L’aventure « n’a pas été facile », reconnaît le chanteur des Malpris, Pierre « PiVi » Vachon, dont les auditeurs de la station Énergie 104.1 connaissent bien la voix.

L’album devait paraître en 2016 — sous le titre À l’aube d’un jour nouveau, choisi pour témoigner de changements dans la composition du groupe, qui a vu le départ et le remplacement de plusieurs de ses membres.

Au côté de « PiVi » (voix et guitare), « Malpreneur » d’origine et de Mario Boulianne (basse), Malpris vétéran, officient à présent Stéphane Godin (guitare et voix ), Sonny Tremblay (batterie) et Michel Villeneuve (guitare), passé du statut de réalisateur de La Bouée avant à membre full patch. Ce dernier a aussi réalisé, mixé et matricé le nouveau bébé.

En 2013, « deux mois après le lancement de La Bouée, j’étais déjà dans l’écriture du deuxième album. Ça allait vraiment bien, j’étais dans une grosse phase créative : avec Stéphane Godin [qui venait d’intégrer le groupe], on a écrit beaucoup de matériel. Les chansons se montaient bien. On avait un produit qu’on aimait beaucoup », retrace PiVi. Le chanteur vient par ailleurs d’endisquer la chanson Mille après mille, sur l’album L’Oasis réalisé au profit de l’organisme Itinérance Zéro (dont la pochette a été illustrée par le caricaturiste du Droit, Bado).

Ce processus fertile s’est étiré jusqu’en 2015, quand la bande amorce ses « premières sessions en studio, pour la préproduction », en visant « une sortie assez rapide ».

À l’époque, le bouche-à-oreille est bon. Pas de superhit radio-friendly, mais quelques morceaux tournent un peu sur les ondes radio et la gang multiplie les concerts. Et puis soudain, la vie s’accélère : « on a été invités à faire le plus gros show de notre vie : un plateau double avec Les Chiens sales, à la Salle Jean-Despréz, et puis deux de nos membres, Marc Paradis et Pierre Picard, sont partis immédiatement après. Le processus d’enregistrement a été mis sur glace. On a fait quelques spectacles acoustiques, on a perdu notre erre d’aller ; on ne s’est pas revus pendant près d’un an... » témoigne le chanteur qui, au même moment, est devenu papa.

Lorsque la Ville de Gatineau leur propose, « l’été dernier », de faire un lancement dans la petite salle municipale d’Aylmer, les gars retrouvent leur motivation, et promettent de retricotter d’urgence un nouvel album.

« On a mis la date butoir le plus loin possible dans la saison, rigole PiVi, et, pour pouvoir offrir un produit qui se tient, on a intégré des collaborateurs et des amis » venus compléter au cours de quelques nouvelles sessions en studio le matériel que la bande avait accumulé durant les cinq années précédentes.

Au détour des chansons, le concert de mardi verra d’ailleurs défiler sur les planches plusieurs de ces « amis » : Maxime Vallières (guitare), Martin Ménard (guitare), Jean-François Girouard (accordéon) et Rafael Dezordi (harmonica).

Changement de garde

Ces changements de garde ne sont pas sans incidence sur le son et l’énergie du groupe.

Les deux morceaux les plus acoustiques du nouvel album, Apprécier mon sort et Dévoué à toi, datent d’ailleurs de 2015, observe le Beauceron d’origine.

Elles « sont dans la continuité directe de La Bouée. D’ailleurs, deux anciens Malpris y sévissent.

C’était la fin du rock un peu plus folk et acoustique qu’on a pu avoir à cette époque-là ». Une période à laquelle « shinait Godin, avec les riffs folk et les back vocals qui sont sa signature ».

« La nouvelle mouture des Malpris, la nouvelle vibe, c’est du rock beaucoup plus raw, beaucoup plus lourd », dit-il en évoquant Sarah, une « histoire de feu de camp » (et d’hormones dans le tapis) aux riffs passablement grungy, un harmonica très « sale » gracieuseté du collaborateur Rafael Dezordi et son sentiment d’urgence manifeste.

Dans cette lignée, il y a Phare, dont l’enregistrement a bénéficié « d’une dose d’énergie assez puissante avec Maxime Vallières, venu tenir la guitare solo à titre d’invité (on l'entend aussi dans la pièce NJ Queen). Avec sa virtuosité, il a donné un son et une énergie rock très assumés, et, à la limite, spectaculaires ».

Pour la première fois, Pierre Vachon est « derrière les textes et mélodies de tous les morceaux », en incluant les deux tounes coécrites avec Stéphane Godin : « C’est ma grande fierté, sur cet album-là », lance celui qui, sur La Bouée, s’était contenté d’en signer deux, et d’en coécrire deux autres.

Le chanteur se corrige presque aussitôt. Le texte de Dévoué à toi n’est pas tout à fait de son cru. Il s’agit d’« une lettre que mon épouse m’a envoyée dans le temps où on n’était plus ensemble. Disons qu’elle se vidait le cœur ; son objectif n’était pas de rimer. Je l’ai nettoyée pour en faire chanson, je me suis enregistré avec mon iPhone, et je lui ai renvoyée le résultat trois heures plus tard. »

L’opération leur-a-t-elle permis de se réconcilier aussitôt ? « Oh non, sur le coup, ça l’a plus insultée qu’autre chose... »