Lunchs alléchants

CHRONIQUE / Confidence : la boîte à lunch m’irrite. Même si les enfants mettent la main à la pâte. Même si j’aime marmitonner collations et bouchées.

En septembre, ce n’est encore pas si mal. Je tolère l’obligation d’avoir au frigo de quoi garnir quotidiennement les six sacs de nylon de la maisonnée. Mon enthousiasme perd des feuilles dès le début de l’automne et se détricote au fil du calendrier scolaire. 

Lorsque le mois de mai arrive, c’est simple : les enfants amorcent le décompte des dodos, je fais de mon côté le calcul des lunchs qu’il reste à planifier d’ici juin.  

S’il fallait que l’école se poursuive jusqu’en juillet, j’hyperventilerais. 

Peut-être que ça a à voir avec le fait que la boîte à lunch est une tâche quotidienne, donc un peu redondante, par définition. 

« C’est surtout que c’est un repas qui impose ses impératifs. On ne peut pas cuisiner au bureau ou à l’école. Il faut avoir réfléchi à tout, en amont », explique Geneviève O’Gleman. 

On en vient souvent à toujours se tourner vers les mêmes raccourcis. Pour nous aider à casser la monotonie du midi, la nutritionniste et auteure propose un nouveau livre tout entier consacré aux fameux lunchs. Le bouquin, son 10e en carrière, lance une nouvelle collection pour laquelle elle a eu carte blanche des Éditions de l’Homme. 

« Je me suis vraiment amusée à conceptualiser cette série. Je me sentais comme une enfant dans un magasin de bonbons. Le défi que je me suis donné, c’est de redessiner le livre de recettes. J’ai eu envie de coller le concept au quotidien des gens. J’ai regroupé mes recettes par thèmes. »

Le bar à sandwich, la « prep » du week-end, la collation aux mille déclinaisons, les bases végés, les vinaigrettes et les plats mijotés sont quelques-uns des thèmes qui sont abordés et organisés en chapitres. Falafels, salades, soupes, quiches, sandwichs variés et autres plats y sont proposés avec plusieurs variantes.

Le prochain titre de la collection, qui paraîtra déjà à la fin du mois d’octobre, s’attaquera aux soupers rapides. Toujours avec cette idée de simplifier la patente, de cuisiner du bon et du sain sans passer quatre heures dans les chaudrons. 

« Ma spécialité, c’est vraiment ça. La cuisine rapide, ça fait partie de mon ADN. Je veux faciliter la vie des gens. En ce qui concerne le lunch, pour éviter que ça devienne une corvée qui s’ajoute, on gagne à maximiser le temps qu’on passe en cuisine. C’est ma méthode depuis des années. Par exemple, si j’apprête des poitrines de poulet pour souper, c’est naturel pour moi d’en faire cuire deux ou trois de plus en même temps afin d’avoir des restes pour cuisiner une salade ou un bol repas. Je fais la même chose avec le saumon ou les œufs. Lorsque je coupe des légumes pour un repas, j’en prépare un peu plus que je garde au frigo pour les lunchs. Ça fait en sorte que j’ai toujours des matières premières pour concocter des dîners à emporter. »

En résumé : pas question de se contenter de réchauffer les restants du souper de la veille. 

« Ça dépanne, les restes, mais si on ne fait toujours que resservir exactement ce qu’on a déjà mangé, ça devient un peu ennuyant. »

S’il y a UN truc que Geneviève applique et me répète, c’est de penser lunch à chaque fois qu’on met les pieds derrière les fourneaux. 

« Tout va vite, pour tout le monde. On veut pouvoir profiter de nos week-ends sans passer tous nos dimanches à cuisiner. Les idées que je partage, je les ai vraiment testées dans ma vie à moi. Ce sont de petits gestes, des astuces simples qui font une réelle différence. Je rentabilise chaque minute dans la cuisine. Quand je fais cuire des pâtes, par exemple, j’en profite pour cuire des œufs à la coque en même temps, dans la casserole. Ça ne me prend pas plus de temps et je me retrouve avec une base de protéines pour le lunch du lendemain. »

Dans son discours comme dans son bouquin, il est beaucoup question des impératifs du quotidien. Et de la saveur des plats, toujours au premier plan. 

« Ce n’est pas parce que c’est rapide que c’est plate pour les papilles. Je voulais proposer des options gourmandes qui pouvaient rivaliser avec celles du bistro branché. Dans tout ça, ce que vous voyez dans mes livres, c’est vraiment le résultat auquel vous parviendrez si vous cuisinez les recettes. Les photos ne sont pas retouchées. J’y tiens énormément. Il n’y a pas de laque, d’ingrédients placés avec la pince à sourcils. Je ne trafique pas l’image. » 

Mais elle a « malmené » ses boîtes à lunch autant qu’on peut le faire. 

« Les recettes ont toutes passé le test du sac à dos qu’on lance dans la cour d’école ou qu’on balance dans les transports en commun. Au fil de l’exercice, on a écarté les plats qui pâtissaient au gré de tout ce brassage. On a aussi retiré celles qui perdaient en goût et en texture si on les cuisinait la veille. »   

Le petit plus qu’on remarque? Toutes les options proposées embrassent la tendance zéro déchet. 

« On a vraiment fait l’effort de faire des lunchs écolos, sans emballages jetables et sans gaspillage. On n’emploie pas de sac Ziploc ou de pellicule plastique. »  

Cette belle idée, comme les autres qui se trouvent dans le livre, vaut son pesant d’inspiration. Reste maintenant à voir si celle-ci me portera jusqu’en juin.

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Des idées pour varier

Utiliser la mijoteuse… la nuit

« On met la mijoteuse en marche avant d’aller au lit et au matin, on a un lunch tout chaud à glisser dans le thermos. De cette façon, on n’a même pas besoin de réchauffer le thermos avec de l’eau chaude avant de le remplir. »

Penser pots Mason

Les salades dans un pot sont connues et appréciées. Geneviève propose, elle, de tenter l’expérience des soupes en pot : « J’ai fait des dizaines et des dizaines de tests pour arriver à de parfaits résultats. On empile les ingrédients qui sont faciles à cuire avec de l’eau bouillante qu’on ajoute juste avant l’heure du lunch. Après sept minutes, c’est prêt, c’est chaud, et c’est délicieux. » 

Oser le sandwich à partager

« Plutôt que de faire plusieurs petits sandwichs, on prend une grande miche qu’on garnit au goût. On la découpe ensuite en portions individuelles. C’est une formule qui se prête aussi très bien aux lunchs de fin de semaine, quand on part en ski ou en randonnée en famille, par exemple. »

Tenter le lunch « en partenariat »

« Au travail, on fait équipe avec des collègues. C’est chacun son tour d’amener le lunch pour les autres. On a tendance à mettre un peu plus d’efforts quand on cuisine pour des amis, c’est donc une formule assez gagnante. On met le paquet une journée dans la semaine et le reste de celle-ci, on a congé de lunch, c’est à notre tour de se faire gâter par les collègues du bureau. Ça brise la routine et ça permet de découvrir de nouveaux plats. »

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Des incontournables à avoir sous la main

Quand vient le temps de penser lunch, il y a des ingrédients qui sont plus pratiques que d’autres. Voici le top 5 de Geneviève O’Gleman. 

Le couscous dans le garde-manger

« C’est un aliment dépanneur vraiment pratique. On a simplement à le réhydrater pour qu’il devienne la base d’une salade soutenante, par exemple. »

Les légumineuses en conserve

« Elles permettent de gagner du temps et d’avoir toujours sous la main une bonne source de protéines. Sans nécessairement devenir végétariens, on a tous intérêt à diminuer notre consommation de viande. Pour notre santé autant que pour celle de la planète. Les légumineuses, c’est simple de les intégrer. On peut les manger en salade, en roulé, en croquettes, de diverses façons. » 

Les edamames au congélo

« Elles sont plus croquantes et moins pâteuses que les légumineuses. On peut en ajouter aux pâtes, aux salades, aux bols repas et aux soupes pour augmenter notre apport en protéines. On peut aussi en faire une tartinade. »

Des œufs au frigo

« C’est un aliment peu cher, très local et très polyvalent. Souvent, j’en mets une douzaine à cuire en même temps. Après six minutes de trempette, j’en sors six. Ils seront coulants, parfaits pour une salade. Je laisse la balance deux minutes de plus si je les veux plus crémeux, ou bien quatre minutes si je souhaite avoir des œufs cuits durs. »

Du fromage cottage en réserve

« On sous-estime la polyvalence de ce fromage, je trouve. Personnellement, je le transforme en mayonnaise nouveau genre que j’assaisonne selon mes envies, avec du cari, du miel et de la moutarde ou des épices à steak. Non seulement c’est une option moins riche en gras que les mayos traditionnelles, mais en plus, ça ajoute un peu de protéines aux sandwichs ou aux salades dans lesquels je l’utilise. »


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Soupe à l’asiatique (recette de Geneviève O’Gleman, tirée du livre Les lunchs)

Portions : 4
Préparation 15 min
Repos 5 min

Ingrédients
Quatre champignons
Un poivron rouge
Deux oignons verts
125 ml (1/2 tasse) de coriandre fraîche
60 ml (1/4 tasse) de sauce chili thaïe sucrée
30 ml (2 c. à soupe) de sauce de poisson
Poivre
 225 g (1/2 lb) ou 500 ml (2 tasses) de crevettes nordiques surgelées environ
250 ml (1 tasse) de fèves de soya écossés surgelés
4 nids (environ 150 g) de vermicelles de riz

Préparation

1. Trancher finement les champignons et le poivron. Hacher les oignons verts et la coriandre.

2. Dans 4 pots Mason de 500 ml (2 tasses) à large ouverture, répartir la sauce chili thaïe sucrée et la sauce de poisson. 

Poivrer généreusement et mélanger.

3. Répartir, dans l’ordre, les crevettes surgelées, les edamames surgelés, les légumes, la coriandre et les vermicelles de riz. Refermer les pots.

4. Au moment de servir, verser de l’eau bouillante (voir Notes) pour remplir chaque pot, refermer et laisser reposer 5 minutes. Remuer et déguster.

Se conserve 2 jours au réfrigérateur et ne se congèle pas.

Notes : Assurez-vous que l’eau bout à gros bouillons avant de la verser, puisque de l’eau juste chaude ne suffit pas pour bien réchauffer les ingrédients. Vous pouvez aussi ajouter de l’eau froide et réchauffer au four à micro-ondes environ 5 minutes ou jusqu’à ce que la soupe soit bien chaude et que les vermicelles soient cuits.