La rencontre avec ce jeune orignal qu’elle a surnommé Poney a été marquante pour Véronique Amiard.

Les yeux du silence de Véronique Amiard, photographe

SAINTE-ANNE-DES-MONTS — Privée du bruissement des feuilles et du chant des oiseaux par sa surdité de naissance, Véronique Amiard n’a pas froid aux yeux. Même lorsque le thermomètre oscille sous les -30 degrés Celsius, la photographe animalière patiente derrière son trépied pendant des heures, voire des jours, pour capturer des images de la faune sauvage du parc national de la Gaspésie. Avec les yeux du silence, elle réussit à obtenir l’improbable confiance de certains animaux qui viennent à sa rencontre.

«Je ne fais pas de photos à tout prix, tient à préciser Véronique Amiard. Je sens quand l’animal est nerveux. J’ai toujours pensé que les animaux sont des êtres sensibles. […] Les animaux ont une intelligence, une émotion, des sentiments. C’est ce que je veux mettre en boîte.»

Si la photographe adore se retrouver dans la quiétude de la forêt, c’est parce qu’elle n’a pas d’effort à faire pour échanger avec les autres. «Quand je suis en société, ça me demande toujours des efforts», indique la quadragénaire qui communique en lisant sur les lèvres. Un appareil auditif lui permet aussi d’entendre un peu, bien que faiblement.

À cause de toutes les couleurs vives qu’il arbore, l’arlequin plongeur est l’oiseau que Véronique Amiard préfère photographier.

La saison préférée de l’artiste originaire de Meaux, dans la région parisienne, est l’hiver. «J’aime la lumière, même si tout est blanc, mentionne-t-elle. L’hiver me rejoint parce que c’est difficile d’arriver à survivre l’hiver. J’aime les tempêtes; il y a quelque chose de grisant!» D’ailleurs, fait plutôt rare, l’artiste réussit à capter des images d’animaux en forêt par temps très froid et dans le blizzard.

Sa passion pour le huitième art est née vers l’âge de 10 ans lorsque ses parents lui ont fait cadeau d’un appareil-photo automatique. Les premiers rudiments lui ont été enseignés par son père, un amateur de photo. «Mes parents ne souhaitaient pas que je devienne photographe, car ils pensaient que c’était un milieu où il est difficile de gagner sa vie», se souvient-elle. Elle a donc développé son art de façon autodidacte.

Le cerf de Virginie est l’animal que Mme Amiard préfère par-dessus 
tout photographier.

Véronique Amiard a fait des études à l’Université de Savoie en enseignement spécialisé auprès des enfants sourds. Elle a enseigné les mathématiques, le français, la biologie et les sciences naturelles dans la langue des signes pendant 12 ans, avant de quitter la banlieue parisienne pour venir vivre en Haute-Gaspésie. «Je me suis installée directement à Sainte-Anne-des-Monts, spécifie Véronique. C’est l’amour qui m’a amenée ici. […]»

C’est d’ailleurs son amoureux de l’époque, Denis Béchard, qui l’a initiée à la photographie de la faune sauvage. «Il m’a fait connaître ces grands animaux et le parc de la Gaspésie, souligne-t-elle. Il m’a aussi appris à lire et à interpréter les empreintes des animaux. J’ai beaucoup appris de cet homme, car j’étais une Parisienne! Denis m’a appris à observer la nature et à apprécier la forêt boréale en toute sécurité. Je lui dois beaucoup […]!»


« Je ne fais pas de photos à tout prix. Les animaux ont une intelligence, une émotion, des sentiments. C’est ce que je veux mettre en boîte »
Véronique Amiard, photographe animalière

Depuis 15 ans, Mme Amiard se familiarise avec ces grands espaces. Après avoir appris à allumer un feu sans allumette et à construire un abri sous la neige, la Gaspésienne d’adoption n’a plus peur d’aller seule en forêt. «Du fait que je sois sourde, on ne me recommandait pas d’aller seule en forêt, dit-elle. […] Je me suis aperçue que ce n’était pas dangereux! C’est là que j’ai découvert et apprivoisé la solitude. [...]»

La photographe animalière ne pourra jamais oublier sa rencontre marquante de mars 2018 avec un jeune orignal dans le parc national de la Gaspésie. Le veau, que la dame a surnommé Poney, s’est avancé vers elle, sous l’œil attentif de sa mère. «[…] Il s’est approché, me sentait et est resté là, à côté de moi, pendant une demi-heure […], raconte-t-elle. Je ne le nourrissais pas, je ne faisais rien. […] Sa mère le surveillait et elle ne faisait rien. Mais, il avait une communication visuelle avec elle. Il continuait, comme s’il avait son approbation. Il avait confiance en moi et j’avais confiance en lui.» Ces moments uniques, quasi magiques, se retrouvent dans le film Boréale au cœur de l’hiver du cinéaste Philippe Henry. Pour voir un extrait: www.facebook.com/veronique.amiard/videos/10212162443882565.

Les caribous des Chic-Chocs, ces maîtres des lieux, sont très difficiles à croquer sur le vif. Véronique Amiard a dû s’y prendre à plusieurs reprises.

La photographe animalière rêve de pouvoir travailler pour des agences de photos et, comme elle manie aussi bien la caméra, elle souhaite réaliser un long-métrage sur les différentes saisons qui serait adapté pour les enfants sourds. Elle aimerait aussi publier un livre de photos.

Site Internet de Véronique Amiard: www.veronique-amiard.com
Site Internet de Philippe Henry: www.philippe-henry.com

La photographe n’a pas peur d’aller seule en forêt, même si elle fait parfois des rencontres fortuites comme celle avec cet ours.