Marc Allard
Le Soleil
Marc Allard
Vos petits problèmes sont peut-être plus gros que vous pensez quand vous tenez compte du coût de l’inaction en temps et en stress...
Vos petits problèmes sont peut-être plus gros que vous pensez quand vous tenez compte du coût de l’inaction en temps et en stress...

Les petits problèmes

CHRONIQUE / Je ne voudrais pas me contredire, mais je vais le faire quand même.

Récemment, je vous ai parlé d’une liste quotidienne de six priorités, une méthode papier et crayon qui aide à garder le cap sur vos objectifs. 

Je repensais à ça, cette semaine, et je me disais : si on se concentre toujours sur nos priorités, qu’est-ce qui arrive avec les petits problèmes? 

Par petits problèmes, je veux dire les petits irritants quotidiens : la porte qui grince, le stockage saturé du iPhone, le capharnaüm du tiroir à épices, la carte Air Miles tellement usée que la caissière à l’épicerie doit entrer les numéros à la main... La liste est infinie. 

Mais il y a une constante : les petits problèmes restent dans l’ombre des priorités parce qu’il y a toujours quelque chose de plus important ou de plus urgent à faire. 

Alors, les irritants continuent de vous irriter. Et quand il y en a trop, ça vous pique tout le temps, mais vous ne savez plus pourquoi ni où ça vous démange. 

Et pourtant, vous êtes incapable de vous persuader que les petits problèmes méritent que vous leur sacrifiiez une parcelle de votre journée. Dans ce cas, vous devriez peut-être songer au coût de l’inaction.

Je vais faire l’exercice ici, devant vous. Chaque matin de la semaine, j’assemble la boîte à lunch de mes filles pour l’école. C’est une tâche que je déteste d’emblée, mais la partie que j’exècre le plus est sans contredit de fouiller dans le bordel de plastique pour organiser la grande réunification des plats et des couvercles.

Disons que je gaspille une minute chaque matin à farfouiller dans le tiroir. Il y a environ 180 jours de classe par année, donc je dilapide environ 180 minutes — 3 heures — l’an. Et ça, c’est sans compter la phobie des Tupperware qui s’insinue tranquillement. 

Quelques fois, j’ai essayé sans succès de mettre de l’ordre dans le foutoir en empilant les plats de la même grosseur et en cordant les couvercles dans des plats sacrifiés. Une autre fois, un ami a essayé d’implanter son système de classement dans mon tiroir. La greffe a survécu une semaine.

L’an dernier, je me suis résigné en me disant que les plats Tupperware étaient indissociables du chaos. Mais cette semaine, en réfléchissant au prix de l’inertie, je me suis dit que l’abandon me coûtait plus cher que l’action. Et j’ai osé affronter le monstre de plastique. 

J’ai fait quelques recherches sur Internet et j’ai trouvé une brillante astuce : placer un égouttoir à vaisselle dans le tiroir et s’en servir pour insérer les couvercles à la verticale. Bon, j’ai été un peu chanceux : je disposais d’un égouttoir inutilisé. Mais j’ai travaillé quand même : j’ai empilé les plats de la même forme au bas du tiroir et, sur le dessus, j’ai assigné chaque couvercle à sa petite case de métal. 

En tout, ça m’a pris une demi-heure. L’anarchie dans mon tiroir ne disparaîtra peut-être pas instantanément — les Tupperware sont très sournois. Mais au moins, je donnerai une chance à l’harmonie. Déjà, mes filles et ma blonde ont été épatées par l’ingéniosité de mon système et ont eu beaucoup plus de facilité à fermer le clapet des récipients. 

Mais oublions les plats de plastique un instant. Il y a tant d’autres irritants qui peuvent être réglés avec un minimum d’effort et de temps. Je pense par exemple à l’automatisation de la signature au bas de vos courriels, aux alarmes préenregistrées sur vos téléphones, aux paiements programmés de factures ou à la livraison hebdomadaire de café par la poste. 

Le «blitz» pourrait aussi être une stratégie pour anéantir les petits problèmes. Vous vous faites une liste des microtâches et — shlack! — vous en réglez trois un samedi matin. Ça donne un petit buzz, il paraît : chaque fois que vous cochez une tâche, votre cerveau libère une charge de dopamine, un neurotransmetteur qui génère un sentiment d’accomplissement. 

Un buzz après avoir fait le ménage des Tupperware? Oui, le cerveau fonctionne mystérieusement.

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Le courrier

Je vous disais la semaine dernière que la répétition est plus importante que la volonté pour adopter une bonne habitude. Un lecteur, Bernard Dupont, peut en témoigner : «J’ai 89 ans. Il y a une bonne quarantaine d’années, j’avais un problème de colonne vertébrale au point de devoir prendre de la cortisone  pour pouvoir fonctionner. J’ai alors décidé de régler le problème via des exercices de yoga, presque tous les matins avant de déjeuner. C’était le seul moment disponible (en me levant plus tôt s’il le fallait) pour faciliter l’habitude requise pour la continuité de l’exercice. Ça fait 25-30 ans que je n’ai pas senti de mal dans le dos. Je fais encore mon yoga (un peu moins violent) de 4 à 5 matins par semaine (après mes fruits. Ha! Ha!). Je vous encourage donc à persévérer.»