Le chef Thierry Deletrez et son équipe préparent une cinquantaine de plats différents.
Le chef Thierry Deletrez et son équipe préparent une cinquantaine de plats différents.

Les écoles de cuisine écopent aussi

À l’instar de milliers d’autres entreprises, les écoles de cuisine d’Ottawa-Gatineau écopent aussi solidement des suites de la COVID-19. Toutes sont fermées aux étudiants alors que leurs activités ont cessé du jour au lendemain.

Ces écoles, toutes privées, sont de tailles diverses. Cela va de l’énorme École de cuisine Cordon Bleu à la toute petite école de C’est Bon Cooking, sur la rue Dalhousie, à Ottawa. Entre les deux, il y a l’école Chef Thierry, dirigée par Thierry Deletrez.

Il existe aussi des écoles publiques, comme l’École hôtelière de l’Outaouais, dans le secteur Buckingham, et les programmes collégiaux à La Cité ainsi qu’à Algonquin. Ceux-là sont fermés également. Mais leur survie n’est pas en jeu comme les écoles privées.

« Le 13 mars, nous avons annoncé que le camp scolaire était annulé en raison du coronavirus, et tous les cours que nous avions prévus dans les prochaines semaines l’étaient également », avise le chef Georges Laurier, copropriétaire de C’est bon Cooking avec Stefanie Siska qui, elle, supervise toutes les randonnées gourmandes dans la capitale.

« Depuis, on s’inquiète. Combien de temps cela durera-t-il ? »

Les cours sont suspendus jusqu’au 1er juin et le chef Laurier tentera de donner quelques cours en ligne à la mi-mai.

Des plats préparés par le chef Thierry Deletrez et son équipe.

C’est la même chose chez Cordon Bleu, qui fait partie d’un réseau de 25 écoles de cuisine à travers le monde. Celle d’Ottawa, sise dans l’ancien Cercle universitaire, sur la rue Laurier, est la seule au Canada.

« Nous venions de terminer la session d’hiver (janvier-mars) lorsque nous sommes tombés en pause, explique le directeur technique Aurélien Legué. Nous avons proposé quelques cours en ligne pour la session du printemps à une soixantaine d’étudiants qui sont demeurés à Ottawa. Nous espérons beaucoup recommencer en mai de manière à pouvoir offrir à nos élèves une session intensive qui s’achèverait à la fin de juin ».

« Si cela nous est impossible, nous serons vraiment coincés, car la session suivante s’amorce en juillet. »

« Cela dit, quand nous reprendrons nos cours, tout ne sera pas automatique. Il faudra vivre avec les conséquences du COVID-19 pendant un an ou deux… »

De fait, ils explorent la possibilité d’offrir des cours à effectifs réduits, avec des masques, etc.

Entre temps, deux enseignants, dont le chef Legué, préparent les cours en ligne ainsi que des vidéos explicatives.

« Nous avons investi beaucoup en équipement électronique pour pouvoir filmer notre travail », conclut le chef Aurélien Legué, qui est arrivé au pays il y a sept ans, directement de l’école Cordon Bleu à Paris.


« [...] Il faudra vivre avec les conséquences du COVID-19 pendant un an ou deux. »
Aurélien Legué

L’école Cordon Bleu est de loin la plus onéreuse au pays. Chaque étudiant paie plus de 10 000 $ par session de trois mois. Le cours complet de cuisine nécessite trois sessions. Le campus d’Ottawa recrute ses élèves partout au monde, mais particulièrement d’Asie et d’Amérique du Sud.

Le chef Thierry Deletrez a démarré son école de cuisine en 2008 après 10 années passées au Casino du Lac-Leamy. Il offre des cours, un populaire camp estival ainsi que des plats cuisinés.

« Ce sont ces plats de tous les jours qui m’ont permis de demeurer ouvert, explique-t-il. Nous avons commencé il y a cinq ou six ans, en plus des cours de cuisine que nous offrions. Cela a représenté 30 % de nos revenus, mais récemment, la demande a explosé. Ainsi, nous couvrons nos frais. »

La fabrication de plats cuisinés exige un permis supplémentaire des autorités, ce que ne possède pas le chef Laurier, de C’est bon Cooking.

« Nous, précise le chef Deletrez, avions déjà notre réseau de fournisseurs, d’emballages. J’ai un bagage d’une cinquantaine de plats différents que je prépare. Cela nous permet de poursuivre l’exploitation de notre commerce. Je suis beaucoup plus inquiet des restaurants qui ont des frais fixes beaucoup plus lourds que les nôtres. »