Hommage à la mémoire du chanteur principal du groupe SHINee, Kim Jonghyun, au complexe SMTown, à Séoul.

L'envers de la médaille

Sous ses dehors étincelants, la K-pop possède son côté sombre. Qualifiées d’usines à «idoles», les grandes agences sud-coréennes ont souvent été décriées pour la façon dont elles traitent leurs artistes, et plus particulièrement les recrues qui évoluent dans leur «système d’apprentis».

Soumis à une kyrielle de cours quotidiens (chant, danse, jeu dramatique, langues étrangères, etc.), les apprentis recrutés lors d’auditions internationales — ils n’ont parfois que 13 ans! — doivent combiner ce rigoureux régime de vie à la poursuite de leurs études. Pendant au moins deux ans, ils s’y soumettront avant de pouvoir débuter. S’ils débutent. Car il n’y a rien de moins sûr.

Le contrat exclusif et standardisé de sept ans qui les lie à leur agence — sa durée allait jusqu’à 10 ans dans le passé et lui avait valu le surnom de «contrat d’esclaves» — offre toutefois bien peu de compensations financières pour leurs efforts. Il exige cependant des artistes qu’ils respectent un code moral rigoureux.

Il va sans dire : la consommation d’alcool et de drogue est défendue. Mais aussi tout contact avec les apprentis du sexe opposé, allant jusqu’à une interdiction de leur parler. Les relations amoureuses sont évidemment défendues.

Ces hauts standards moraux sont imposés par les agences, mais aussi le public coréen, intraitable envers ses idoles. Les artistes qui ne les respectent pas tombent facilement en disgrâce et sont jugés et condamnés sur les réseaux sociaux. Ils doivent ensuite s’astreindre à un purgatoire de quelques mois avant de reprendre leurs activités, et ce, après avoir rédigé une lettre d’excuses publiques souvent écrite… à la main.

Mot d'excuse de Choi Siwon

L’un des cas les plus récents est celui du chanteur Choi Siwon, de Super Junior, qui a dû s’éclipser quelques mois, après que le chien familial eut mordu un voisin. Ce dernier était décédé des complications de ses blessures.

Les recrues ne peuvent en outre posséder de permis de conduire, de téléphone cellulaire personnel et doivent vivre ensemble dans des dortoirs, demeurant sous la surveillance et le contrôle totaux de managers. Ils sont également contraints de suivre des régimes alimentaires stricts et, dans certains cas, de subir des chirurgies plastiques.

Évaluations mensuelles

Considérant le haut niveau de compétition entre les apprentis, des impitoyables évaluations mensuelles peuvent en outre mener à leur renvoi. La pression est donc constante sur les recrues. Mais aussi sur les artistes qui ont eu la chance de débuter et de promouvoir activement leur musique.

Des horaires chargés leur offrent parfois aussi peu que quatre heures de sommeil par nuit. Le chanteur Kang Daniel, du groupe Wanna One, a notamment dû être hospitalisé en décembre après avoir perdu connaissance, exténué. Il n’était pas le premier. Et ne sera pas le dernier.

Le chanteur Kim Jonghyun du groupe SHINee

Car malgré l’intransigeance du système d’apprentis, la plupart des idoles persistent, portées par leur rêve de célébrité. Les quelques autres quittent en tentant de rompre leur contrat, malgré des luttes à finir devant les tribunaux.

Pour une poignée, comme le chanteur principal de SHINee, Kim Jonghyun, qui souffrait de dépression et d’anxiété depuis plusieurs années, l’histoire prendra une tournure nettement plus tragique, alors qu’il s’enlevait la vie en décembre, à l’âge de 27 ans.

«La célébrité n’était peut-être pas pour moi. Ça m’a rendu la vie difficile. Pourquoi ai-je choisi cette vie, alors?» se questionnait-il dans sa lettre d’adieu.

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UNE FOLLE NUIT AVEC PSY

Psy exécutant la chorégraphie de «Single Ladies» de Beyoncé

En décembre, j’ai passé une nuit avec Psy, à Séoul. Pour vrai!

Depuis quelques années, le chanteur qui a popularisé le «Gangnam Style» offre des spectacles de fin d'année débutant à la fermeture du métro, à minuit, pour se terminer à la réouverture des stations, à 5h.

En tout, cinq heures de musique K-pop, dans un Jamsil Arena plein à craquer, où il a enfilé succès sur succès, dans un festin visuel d’éclairages, de bâtons lumineux, de lasers, de confettis et de colonnes de feu!

Sur la scène, la figure emblématique de la K-pop, entourée d’une dizaine de danseurs, s’est donnée toute la nuit, chantant, dansant et s’adressant à ses fans avec la fougue d’une recrue. À la plus grande stupéfaction de l’assistance — et de la mienne! —, Psy s’est même permis de reproduire, en vêtements féminins, les chorégraphies de deux pop stars, l’Américaine Beyoncé et la Sud-coréenne Sunmi, sur leurs tubes respectifs «Single Ladies» et «Gashina». Seule une petite pause d’une quinzaine de minutes à la mi-parcours, assurée par les collègues de l’agence YG Entertainment, Epik High, a interrompu sa performance marathon.

Si on en doutait avant de prendre place dans l’aréna, le roi de la K-pop ne tient pas son titre qu’à son seul succès international «Gangnam Style». Même si elle n’a pas d’écho chez nous, la carrière de Psy continue de fleurir en Corée du Sud, où il a cumulé les tubes, tels que «Gentlemen», «Daddy» et «New Face», et les collaborations prestigieuses avec les Ed Sheeran, Snoop Dogg et will.i.am. C’est ce parcours sans faute qui fait de lui l’un des artistes les plus respectés de la K-pop. Du moins suffisamment pour passer une nuit avec lui! Kathleen Lavoie

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