Le yoga a-t-il perdu la tête?

La popularité du yoga a explosé au cours des dernières années.

On l’a adopté comme outil pour aider au bien-être de notre corps et de notre esprit. Namasté! 

Surfant sur cet engouement, des yogis proposent toutes sortes de cours pour le moins inusités. Yoga-chèvre, doga, yoga-bière, yoga-BDSM, ça vous dit quelque chose? De quoi faire perdre son calme aux plus zen adeptes de yoga!

Que diriez-vous de pratiquer le yoga entouré de chèvres ou de faire les différentes poses avec votre chien? Ou bien de déguster un verre de houblon à la fin de votre séance? Peut-être aussi que le yoga BDSM (bondage, discipline, sadomasochisme) pourrait vous intéresser, question de préparer votre corps à une partie de jambes en l’air hors de l’ordinaire?

Mais toutes ces déclinaisons ne perdent-elles pas de vue l’essence même du yoga, inventé en Inde il y a plus de 5000 ans? Les réponses divergent. Pour Amélie Beaumont, copropriétaire des centres Yoga Fitness de Lebourgneuf, Sainte-Foy et Saint-Romuald, tout ça «est une farce. Pour moi, ça va à l’encontre de la philosophie du yoga. [...] Je me vois mal aller offrir de la bière pendant un cours, alors que le but du yoga, c’est de retrouver le calme, la paix, la sérénité, c’est de travailler sans juger, sans se comparer. Je trouve que ça n’a ni queue ni tête. Je n’adhérerai jamais à ces mouvements-là parce que ça ne correspond pas à mes valeurs.» 

Amélie Beaumont, copropriétaire des trois centres Yoga Fitness

Marie-Chantale Bureau, directrice du Centre de yoga Sainte-Foy, fondé en 1964, est plus nuancée. «Si ça existe et que les gens le pratiquent, c’est parce que ça répond à un besoin, croit-elle. On est en quête de nouveautés, d’expériences, donc en ce sens-là, je me dis : “tu découvres le yoga et ça va peut-être t’amener un peu plus loin après ça”.» Des cours de qi gong, d’hatha-yoga et de tai-chi figurent entre autres à l’horaire du Centre de yoga Sainte-Foy.

Marie-Chantale Bureau, directrice du Centre de yoga Sainte-Foy

De son côté, Yoga Fitness propose des cours de fitness (boxe, TRX, entraînement en circuit) dans sa grille pour offrir une formule plus complète à ses membres. Mais le yoga et le fitness restent séparés, insiste Mme Beaumont, qui fait confiance au jugement des yogis quant à leur choix de pratique. «Les gens sont intelligents et savent faire la part des choses. Ils vont aller là où ils se sentent bien.»

Lima Bourhis est cofondatrice de Savoure ton yoga, qui organise des séances de yoga-bière. Elle est consciente des réticences face à son offre, mais croit qu’elles sont attribuables à la méconnaissance des gens.

Biérologue de formation et adepte de yoga, Lima Bourhis a trouvé dans le yoga-bière une façon de préparer le corps des participants à la dégustation de bière. «Je me demandais comment je pouvais aider les gens à être plus épicuriens dans leur façon de consommer de la bière.» Le yoga-bière lui semblait une bonne option. 

Mais elle s’est tenue loin du «beer yoga» proposé aux États-Unis, qui combine en même temps la consommation d’alcool et la pratique du yoga. «Quand j’ai vu les gens qui faisaient du yoga avec des bouteilles de bière ou en buvant de la bière en même temps, je trouvais ça complètement absurde, admet-elle. Je trouvais que ça n’avait rien à voir ni avec la bière ni avec le yoga.» Elle affirme proposer une «version beaucoup plus zen». 

Ses ateliers se déroulent dans des brasseries ou des festivals. Après une session de yoga, les participants goûtent en petite quantité à la boisson houblonnée. De plus, cela permet aux gens de dialoguer après leur séance plutôt que de rouler les tapis et de rentrer chez eux, explique Mme Bourhis. Et à ses détracteurs, Lima Bourhis rappelle qu’«en yoga, on ne juge pas les autres...»

Engouement

Mais qu’est-ce qui explique cet engouement pour le yoga ? Marie-Chantale Bureau répond : «la quête d’équilibre. On est dans une société axée sur la performance. Tu es une maman, tu es une super maman, tu travailles, tu es une super employée. Dans beaucoup de secteurs de notre vie, on doit être performants. En yoga, on n’est pas dans la performance, on n’est pas dans le jugement. Pratiquer le yoga est une discipline de corps parce qu’on effectue des postures, mais ça nous permet de rentrer dans un état intérieur. Ça apporte une connaissance de soi, un calme et un bien-être mental.» 

Le yoga a changé la vie d’Amélie Beaumont, qui a laissé tomber sa carrière de journaliste pour s’adonner à sa passion à plein temps. «Je me suis rendu compte que le yoga est un outil extraordinaire pour prendre soin de soi autant physiquement que mentalement, explique-t-elle. Je me sens plus en confiance, plus calme, plus sereine. Ça m’a énormément aidé. [...] Pour moi le yoga c’est plus qu’une passion, c’est mon mode de vie, ma mission dans la vie.»  

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EN UN MOT

Yoga: Discipline spirituelle et corporelle qui vise à libérer l’esprit des contraintes du corps par la maîtrise de son mouvement, de son rythme et du souffle.

Source : Larousse

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QUELQUES PRATIQUES INUSITÉES

Doga

Doga

Le doga n’utilise pas le chien comme un simple accessoire, mais plutôt comme un compagnon de yoga. Il est offert à Québec par l’entreprise Poils, moustaches et cie, entre autres.

Yoga-chèvre

Yoga-chèvre

Créée aux États-Unis, la pratique du yoga-chèvre a lieu dans des fermes avec des chèvres naines. Les chèvres auraient un effet relaxant sur les yogis.

SUP YOGA

SUP yoga

Pratique du yoga sur des «stand up paddle» ou «planches à rames». Le studio La Plage à Québec offre des cours sur l’eau en extérieur l’été et dans une piscine chauffée en saison hivernale. Le corps doit rester en équilibre sur la planche lors de l’exécution des mouvements.

Yoga-cheval

Yoga-cheval

Les positions de yoga sont effectuées en équilibre sur le cheval ou même parfois avec le cheval.

Broga

Broga

Cours de yoga unissant les salutations au soleil à la musculation dans le but avoué d’attirer les yogis masculins.

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Cinq questions à... Madeleine White, professeure de yoga-BDSM à Berlin

Madeleine White

Qu’est-ce que le yoga-BDSM?

Le yoga-BDSM ou «kink yoga» est une classe de réchauffement pour se préparer à d’autres formes de pratiques BDSM comme le bondage. La session commence par des exercices de respiration Pranayama, suivis par des outils de libération de la voix et des positions d’ouvertures des hanches. La méditation pratiquée dans la classe peut aider à affronter ses peurs en relâchant l’anxiété et le stress. Ce type de yoga offre une méthode pour exprimer ses désirs et laisser aller les vieux traumatismes du passé. Ça permet de retrouver le pouvoir sur son corps et de s’amuser de toutes sortes de manières. Ça réveille votre système endocrinien.

Ce cours est-il populaire?

La réaction est positive et il y a un intérêt grandissant pour le «kink yoga». Les classes attirent les danseurs, les yogis et les adeptes de raves à Berlin.

Qu’est-ce qu’une telle classe de yoga peut apporter?

C’est un endroit sécuritaire pour passer de la domination à la soumission. Pratiquées ailleurs, certaines positions pourraient être humiliantes, mais j’encourage tous les participants à se débarrasser de leurs peurs et j’offre plusieurs variations des mouvements.

Est-ce intimidant?

Au début, il y a beaucoup de nervosité, mais l’option de s’habiller en latex et en cuir apporte une belle énergie et incite les participants à parler. C’est une bonne façon de briser la glace. 

Croyez-vous que nous sommes en train de perdre l’essence du yoga?

Il y a plusieurs adaptations des philosophies du yoga et nous cherchons tous une méthode qui répond à nos besoins. [...] Le yoga-bière [...] peut paraître une parodie cynique pour certaines personnes qui n’aiment pas vraiment le yoga, mais prennent plutôt une bière en s’étirant. Pour certaines personnes, c’est amusant. Le yoga peut avoir l’air conservateur. Avec le «kink yoga», j’espère faire tomber des barrières et rendre le yoga accessible à tous. 

Yoga-BDSM