Wernher Von Braun, père de la fuséologie, posant fièrement devant la fusée Saturn V quelques jours avant le vol historique d’Apollo 11.

Un petit pas pour l’homme, mais...

CHRONIQUE / Enfant, je rêvais d’être astronaute et j’éprouvais une grande fascination pour les protagonistes au coeur de cette course technologique que fût celle vers la Lune. Mon rêve fut toutefois anéanti lors d’une escapade dans le Gravitron à la foire agricole où j’ai rapidement constaté que ce genre d’émotions fortes ne sont définitivement pas pour moi !

Pour le cinquantième anniversaire des premiers hommes sur la lune, voici la première de deux chroniques sur le sujet.

Le matin du 16 juillet 1969, les astronautes Edwin «Buzz» Aldrin, Neil Armstrong et Michael Collins sont à bord de la capsule Apollo, qui trône paisiblement au sommet des 110 mètres de la fusée Saturn V, quintessence même de la démesure humaine. 

Les fesses posées sur l’équivalent de deux kilotonnes de TNT, les trois astronautes se préparent pour le voyage qui marquera à jamais l’Histoire. Poser le pied sur la Lune est le but qu’avait fixé le président Kennedy en 1961 lors d’un discours où il affirme que l’Amérique va prendre les mesures nécessaires pour réaliser cet exploit, et ce, avant la fin de la décennie. 

Cette audacieuse déclaration vient à une époque où les Américains accusent un important retard par rapport aux Soviétiques, ennemis jurés du monde libre en pleine Guerre froide.

Les Américains utilisent alors des missiles balistiques, construits par le plus bas soumissionnaire, avec en guise d’ogive, une capsule aux allures de boîtes de conserve ! 

Qui plus est, au moment de la déclaration de Kennedy, aucun Américain n’avait encore véritablement atteint l’espace, car le vol de 15 minutes effectué par Alan Shepard, quelques jours auparavant, n’était qu’un vol suborbital et surtout une vaste opération de relations publiques.

Avec en toile de fond cette Guerre froide, la course à la Lune est un outil de propagande idéologique certes, mais c’est avant tout un immense laboratoire où les technologies se développent à une vitesse encore jamais vue. 

L’informatique, les télécommunications, la miniaturisation de l’électronique et bien sûr la fuséologie sont des secteurs qui ont largement bénéficié de cette injection massive de ressources humaines et financières. 

Le développement de la fusée Saturn V se fait sous l’égide de Wernher von Braun, père de la fuséologie, transfuge du régime nazi et créateur de la fusée V2, ce missile balistique allemand qui terrorisa, entre autres, la population londonienne lors de la Seconde Guerre mondiale.

L’anneau d’instrumentation est le cerveau de la fusée Saturn V. Fabriqué par IBM, il regroupe les composantes nécessaires au calcul de la trajectoire.

Le cerveau de la bête 

La démesure de la fusée Saturn V est proportionnelle à sa grande précarité, car la moindre anomalie, si infime soit-elle, peut faire exploser ce mastodonte dont la masse au départ est composée à plus de 90% de carburant. 

Au coeur de cette bombe volante se trouve l’anneau d’instrumentation qui est perché au sommet du troisième étage de la fusée. Cet anneau, de six mètres de diamètre par un mètre de haut, est composé de diverses instrumentations et ordinateurs conçus pour maintenir la fusée dans la trajectoire optimale, car la moindre variation de celle-ci peut faire tragiquement avorter la mission.

Sur le plan technique, la coordination de chaque processus est assurée par des ordinateurs dont le développement fut confié à IBM, qui a créé de toute pièce une multitude de nouvelles technologies qui sont les bases de l’informatique moderne. 

Il faut se rappeler qu’à cette époque, les ordinateurs les plus «compacts» font la taille d’un gros réfrigérateur. Les ingénieurs de la NASA et d’IBM travaillent de concert afin de réduire la taille des composantes, mais aussi en repensant entièrement le concept de l’informatique.

Pour calculer et interpréter toutes les données recueillies lors de la mission, les ingénieurs ont imaginé un système d’ordinateurs en réseau se partageant des tâches. 

Étant donné que les ordinateurs à bord de la fusée et ceux sur Terre ne sont évidemment pas du même modèle, le concept de compatibilité fait son apparition, car pour une première fois, il est possible de relier différents modèles d’ordinateurs les uns avec les autres, de manière à obtenir une puissance de calcul supérieur et rapide.

Saviez-vous que ?

Une petite fusée située au sommet de la capsule Apollo permettait aux astronautes d’avoir une «issue de secours» pendant les premières secondes du lancement.

Le troisième étage de la fusée Saturn V de la mission Apollo 11 est à ce jour encore en orbite héliocentrique (autour du Soleil). À partir de la mission Apollo 13, le troisième étage est programmé pour s’écraser sur la surface lunaire.

Sur le plan technique, la fusée Saturn V est encore aujourd’hui le véhicule le plus puissant conçu.