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Steeve Fortin
Le Quotidien
Steeve Fortin
Me voici, quelques minutes avant mon départ, vêtu du costume du père Noël.
Me voici, quelques minutes avant mon départ, vêtu du costume du père Noël.

Quand le père Noël meuble la solitude

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CHRONIQUE / Ce n’est pas pour me vanter, mais il arrive souvent que je sois un précurseur dans plusieurs domaines ! D’ailleurs, cette année, vous êtes nombreux à plagier, bien malgré vous, quelque chose que j’ai fait à plusieurs reprises : passer Noël tout seul. Comme c’est désormais la tradition, je délaisse la technologie pour vous raconter une petite histoire de Noël qui, je l’espère, réchauffera votre coeur en cette fin d’année rocambolesque.

En 2019, c’est à mon tour de passer Noël seul, car cette année-là, ma fille est chez sa mère pour le réveillon. L’alternance d’une année à l’autre est la réalité de bien des parents séparés et, avant d’être papa, l’idée de passer Noël seul ne me faisait pas un pli sur la différence, mais aujourd’hui, il m’est beaucoup plus difficile d’imaginer cette soirée spéciale loin de ma progéniture.

Depuis quelques semaines déjà, j’anticipe ce moment où je serai seul avec moi-même tandis que ce sera la fête dans bien des chaumières. À quelques jours de ce soir fatidique, la mère de ma fille me fait une proposition pour le moins cocasse : elle me demande d’aller faire le père Noël à son réveillon. Bien qu’au départ je sois séduit par l’idée, j’ai besoin tout de même d’une période de réflexion. Je me demande alors si c’est vraiment une bonne idée de contempler brièvement le bonheur des autres, pour ensuite revenir m’éteindre chez moi, dans une solitude envahissante et pathétique.

Au lieu de m’apitoyer sur mon sort, pourquoi ne pas profiter de ce bref instant pour donner du bonheur à autrui, et plus particulièrement à la personne que j’aime le plus au monde, ma fille, âgée de 4 ans à l’époque ?

Pour avoir incarné le père Noël à moult reprises, je peux affirmer que je maîtrise relativement bien le personnage, et ce, malgré des talents de comédien très limités. J’accepte donc la proposition, dans le but d’apporter ma modeste contribution au bonheur des autres, bien que ce geste ne soit pas purement altruiste, sachant très bien que le bonheur est parfois plus contagieux que la maudite COVID-19 !

Le soir du réveillon, je suis fébrile à l’idée d’incarner le père Noël, ne ressentant même aucunement la solitude qui devrait pourtant commencer à peser lourdement. Avant de revêtir le costume de feutrine rouge, j’anticipe le scénario où ma fille me reconnaît. J’ai alors la brillante idée de faire une vidéo simulant un appel Messenger de moi dans mon salon étant stupéfait de voir ma fille en compagnie du père Noël. En espérant que ma médiocre performance de comédien soit suffisante pour créer l’illusion.

Par la suite, j’entame ma transformation en tentant de dissimuler, tant bien que mal, ma barbe poivre et sel derrière la barbe blanche du costume. Après quelques minutes à me battre pour entrer dans ce foutu habit, dont la qualité est digne du magasin à une piasse, j’incarne enfin ce vieil homme bedonnant qu’est censé être le père Noël. D’ailleurs, l’oreiller qui fait office de bedaine me donne une allure un peu étrange. En espérant que celle-ci ne soulève pas trop de doute.

Des sourires contagieux

En marchant vers ma voiture avec mon costume et mon gros sac de cadeaux, je me fais klaxonner par une petite famille. Les enfants ont le sourire accroché jusqu’aux oreilles en me voyant. C’est à ce moment précis que je réalise à quel point un simple costume, synonyme de tradition, peut apporter instantanément du bonheur dans le coeur des gens, même dans celui de ceux qui ne croient plus au père Noël depuis fort longtemps.

Je décide de faire un petit tour à pied de mon voisinage afin d’incarner mon rôle avec le plus de conviction possible. La réaction des passants est dithyrambique et les sourires sont au rendez-vous. Les voitures ralentissent pour me saluer et les enfants semblent émerveillés de voir le père Noël se promener dans les rues de leur quartier.

Par la suite, je prends ma voiture pour faire les quelques minutes de route qui me séparent de ma destination ultime. Arrêté à un feu rouge, je me fais klaxonner par la voiture située à ma droite. Encore une fois, l’effet que provoque le costume est indéniable.

Pour passer incognito, je stationne ma voiture à un coin de rue de la destination pour ainsi faire une arrivée remarquée. Je passe devant la grande fenêtre du salon et ma fille aperçoit immédiatement cet invité de marque qui s’apprête à lui rendre visite.

À l’intérieur, je prends place sur le fauteuil, près du sapin, afin de procéder à la remise des cadeaux.

Le moment est venu de faire mon show !

Les enfants sont enthousiastes et mon costume semble créer une illusion parfaite... jusqu’au moment où ma fille, assise sur mes genoux, me dévisage en me disant : « Père Noël, tu as les mêmes yeux que mon père. »

Ça y est : je suis démasqué ! Je passe alors subito presto au plan B, en essayant tant bien que mal de faire signe à sa mère afin qu’elle lui montre la vidéo préalablement enregistrée.

Avec stupeur, ma fille entame la conversation avec le moi préenregistré, prouvant hors de tout doute l’efficacité de l’arnaque !

Je savoure chaque seconde de cette heure, retenant même mes larmes à quelques occasions. Le coeur gros, je quitte la soirée avec le sentiment du devoir accompli, avec la ferme impression d’avoir fait vivre la magie de Noël à ceux que j’aime.

Alors que je me dirige vers ma voiture, enivré par le moment que je viens de vivre, une femme sort sur son balcon en criant à sa petite famille de venir voir qui est dans la rue. Je reprends momentanément mes esprits afin d’incarner, pour quelques secondes supplémentaires, ce gros bonhomme au bonheur contagieux.

En quittant les lieux à bord de ma voiture, un trop-plein d’émotions se fait sentir. Je ne peux plus retenir les larmes, mouillant ainsi la barbe bon marché qui me couvre le visage depuis quelques heures déjà.

De retour chez moi, dans un silence uniquement meublé par le son du réfrigérateur, j’enlève rapidement le costume, passant ainsi du rôle de père Noël à celui de papa seul à Noël... sans toutefois ressentir le poids de la solitude.

Noël sans les technologies

Avant que nous soyons en urgence sanitaire, plusieurs rassemblements familiaux étaient meublés de gens qui avaient le visage rivé sur leur téléphone intelligent. À quoi bon se réunir pour se parler par le truchement de publications Facebook ?

J’espère sincèrement que l’épreuve que nous vivons tous, en ce moment, saura nous ramener vers des valeurs essentielles et humaines qui vont bien au-delà du mercantilisme et de l’individualisme contemporain.

Joyeux Noël !