Steeve Fortin
Le Quotidien
Steeve Fortin
Le Dr Shez Partovi, diplômé de l’Université McGill, est directeur du développement commercial mondial pour les soins de santé, la science de la vie et la génomique chez AWS, une filiale d’Amazon.
Le Dr Shez Partovi, diplômé de l’Université McGill, est directeur du développement commercial mondial pour les soins de santé, la science de la vie et la génomique chez AWS, une filiale d’Amazon.

Le nuage au service de la santé

CHRONIQUE / Amazon, via sa filiale infonuagique Amazone Web Services (AWS), a réuni quelques intervenants du milieu technologique oeuvrant dans le domaine de la santé afin d’échanger sur les enjeux que représente la crise sanitaire actuelle. Les défis sont de taille pour les entreprises, lesquelles doivent déployer rapidement de nouvelles solutions à la fois stables et sécuritaires.

La grande flexibilité de l’infonuagique (cloud) est idéale pour les joueurs du domaine de la santé, estime le docteur Shez Partovi, directeur du développement commercial mondial pour les soins de santé, la science de la vie et la génomique chez AWS.

Pour les entreprises en démarrage, plus communément appelées startups, il est difficile d’évaluer les ressources informatiques nécessaires au déploiement de nouvelles solutions. Le nuage permet une extensibilité des ressources à la demande et une puissance de calcul accrue.

L’intelligence artificielle est au coeur du développement technologique, mais cette dernière nécessite des ressources informatiques inaccessibles pour une majorité d’entreprises. Le Dr Partovi cite comme exemple le cas de BlueDot, une startup ontarienne qui, le 30 décembre 2019, a sonné l’alerte d’une possible épidémie de « pneumonie inhabituelle » en provenance de la région de Wuhan, en Chine. C’était la première reconnaissance officielle de la COVID-19 à l’extérieur de la Chine, et ce, neuf jours avant l’annonce de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Pour arriver à ce tour de force, BlueDot a utilisé l’intelligence artificielle et les mégadonnées (big data) afin de corroborer des informations sur l’éclosion des maladies, mais aussi sur les mouvements de population, via les billetteries des compagnies aériennes, ce qui permet d’anticiper les foyers d’éclosion.

L’intelligence artificielle peut donc prévoir certaines situations de manière beaucoup plus précise que les modèles traditionnels. En effet, la masse de données générées par tous les systèmes interconnectés, combinée à l’hyperconnectivité des individus via les téléphones intelligents, est une source intarissable de mégadonnées.

Réduire l’attente et augmenter les soins virtuels

Medimap est une plateforme en ligne qui publie le temps d’attente de cliniques médicales sans rendez-vous, ce qui permet aux utilisateurs d’avoir accès rapidement à des soins de santé. Entièrement sur le nuage (cloud), Medimap s’est ajustée rapidement à la réalité de la COVID-19 en offrant des consultations médicales virtuelles. Ainsi, les contacts humains ont été réduits. Née en Colombie-Britannique, Medimap n’a pas encore été déployée au Québec.

L’application Canada COVID-19 réunit les informations et ressources nécessaires afin d’identifier rapidement les symptômes du virus.

Traquer le virus à l’aide du téléphone intelligent

L’application Canada COVID-19, développée à Vancouver par Thrive Health, en partenariat avec Santé Canada, est disponible depuis quelques mois déjà, mais son utilisation au Québec demeure marginale. Selon David Helliwell, président-directeur général de Thrive Health, « il faut aider les gens à prendre les bonnes décisions et limiter le volume d’appels au 811 ». La course contre la montre a débuté en mars afin de créer une application qui permet d’identifier rapidement les symptômes, en plus d’offrir toute l’information disponible à propos de la COVID-19. En Colombie-Britannique, plus d’un million de personnes l’utilisent.

Cette application se base sur le suivi quotidien des symptômes, que les utilisateurs doivent entrer manuellement, tout comme le partage de localisation, qui n’est pas en temps réel.

Par contre, le gouvernement du Québec a mis sur la glace le projet d’application de traçage, tandis que l’Ontario utilise l’application COVID Alert de Santé Canada.

La protection de la vie privée – du moins ce qu’il en reste – est une préoccupation majeure des citoyens, mais l’efficacité réelle d’une telle application est directement liée à son volume de téléchargements. Plus il y a d’utilisateurs, plus l’application est précise.

L’après-COVID-19

Selon les différents intervenants présents à l’événement organisé par AWS, plusieurs méthodes déployées d’urgence pendant la pandémie pourraient devenir permanentes. Entre autres, les soins de santé virtuels sont là pour rester, bien qu’il faudra les optimiser.

L’intelligence artificielle permettra d’anticiper de manière encore plus précise les éventuelles crises afin de prévenir, plutôt que de réagir.

Est-ce que l’avenir réside dans des applications et des objets connectés, comme les montres et bracelets permettant de suivre de près la santé des individus ? Et la vie privée dans tout ça ?

Le Québec en retard

Dans un monde idéal, les différents services du système de santé seraient interconnectés afin de permettre aux intervenants et aux patients une simplification des échanges. Toutefois, dans les faits, le système de santé québécois est un désordre informatique où les technologies sont trop souvent incompatibles entre les départements ou les régions.

De plus, les délais de déploiement sont si longs que lorsqu’une solution est lancée, celle-ci est souvent déjà obsolète.

La solution parfaite n’existe pas et la tâche est colossale, mais une partie de la réponse réside dans des plateformes permettant l’interconnectivité des services avec des bases de données dont les balises principales seraient uniformes.