Steeve Fortin

La décennie du téléphone intelligent

CHRONIQUE / Le téléphone intelligent est sans nul doute la vedette des années 2010, car il est au coeur de la révolution numérique. Cet objet technologique est un vecteur de changements marqué par l’économie numérique. Cette décennie est celle où les modèles traditionnels sont chamboulés par des géants Internet dont la fiscalité semble imperméable de la législation des États.

La marque laissée par le téléphone intelligent va bien au-delà du matériel ou des caractéristiques techniques, car ce produit de consommation est désormais le prolongement même de son utilisateur. Ce produit issu de l’imaginaire de Steve Jobs n’est rien de moins que le catalyseur de la révolution numérique. D’ailleurs la décennie débute sur les chapeaux de roues avec le dévoilement du iPad en janvier 2010, cette tablette électronique censée révolutionner l’informatique trouve finalement sa niche auprès des personnes âgées et des néophytes. La tablette électronique connaît un certain succès, mais c’est définitivement le téléphone intelligent qui est désormais l’appareil le plus populaire pour se connecter sur Internet.

Le caractère addictif des réseaux sociaux a certes aidé le téléphone intelligent à prendre son essor, mais ce dernier a contribué grandement à la construction de ces empires numériques, nourris à même les faits et gestes des utilisateurs. La portabilité et la simplicité des appareils font en sorte que les utilisateurs peuvent consulter de l’information en tout temps et partout, donnant naissance à un véritable âge d’or des applications.

Le cofondateur de Tesla, Elon Musk, est le digne successeur de Steve Jobs à titre de personnalité techno des 10 dernières années.

Eldorado au FarWeb

Cette décennie est celle où les modèles traditionnels sont malmenés au profit de la pseudo-économie de partage, dirigée de main de maître par des corporations étrangères avides de profits, échappant par le fait même à la fiscalité des États qu’ils ravagent. Plusieurs diront : « Ils n’ont qu’à s’adapter ! », mais ce n’est pas une mince affaire étant donné que le simple fait d’avoir pignon sur rue devient un boulet, car la concurrence s’affranchit des taxes et impôts ! Que ce soit l’hôtellerie, le taxi, la culture et bien sûr les médias, tout le monde passe dans le tordeur numérique, ne laissant que des miettes pour l’économie locale. De simples applications mobiles telles Uber, Spotify et Airbnb ont donné naissance à des empires milliardaires qui ont révolutionné les moeurs des consommateurs par le truchement du téléphone intelligent. Pendant ce temps, Facebook et Google bénéficient grandement de l’achalandage gigantesque généré par les utilisateurs de téléphones intelligents qui alimentent ces géants numériques dont les revenus sont basés sur les publicités ciblées.

Du contenu sur demande

La culture n’est définitivement pas épargnée par cette révolution numérique, car les plateformes de diffusion en continu (streaming) viennent complètement chambouler les habitudes des consommateurs. Les ventes de supports physiques pour la musique ou la vidéo ont littéralement fondu comme neige au soleil. Même le piratage de musique est devenu quasi folklorique avec les abonnements de services de musique en continu, tandis qu’un support comme le vinyle renaît de ses cendres sous le signe de la nostalgie.

Même la télévision traditionnelle en prend pour son rhume avec l’émergence de Netflix dont le vaste catalogue accélère le phénomène du « cord cutting », c’est-à-dire une désertion de la câblodistribution traditionnelle au profit des plateformes de « streaming ». À la fin de cette décennie, le modèle Netflix est calqué par la majorité des entreprises majeures de divertissement. Or, cette émergence de plateformes vient ajouter du contenu, certes, mais le consommateur va-t-il s’abonner à tous les services où nous assisterons à un phénomène d’alternance d’abonnement ?

La personnalité techno de la décennie

À la suite du décès de Steve Jobs en 2011, le petit monde de la technologie se trouvait en quelque sorte orphelin et plusieurs se posaient la question à savoir qui sera le prochain gourou idéateur technologique. Bill Gates allait-il sortir de sa retraite pour révolutionner le monde ? Parmi les candidats au titre de personnalité techno de la décennie, nous aurions pu penser à Mark Zuckerberg de Facebook ou Jeff Bezos d’Amazon, mais je crois que le digne successeur de Jobs est indéniablement Elon Musk. Pour ceux qui ne connaissent pas Musk, il a fait fortune au début des années 2000 en fondant la plateforme de paiement en ligne PayPal qui n’est rien de moins que la bougie d’allumage de l’émergence du commerce en ligne. La vente de PayPal à eBay fait de Musk un homme très riche qui décide alors d’investir dans une « startup » de voitures électriques du nom de Tesla. L’homme d’affaires visionnaire fait de Tesla le fer de lance de la révolution des transports, car pour la première fois, il est possible de conduire une voiture élégante, performante et confortable 100 % électrique, qui n’a pas l’allure d’un kart de golf ! Musk est également le fondateur de SpaceX, une entreprise spécialisée dans la conception et la fabrication de fusées et véhicules spatiaux novateurs qui devraient d’ailleurs effectuer des vols habités sur Mars d’ici la fin de la prochaine décennie. La vision de Musk dans le domaine des transports ébranle les colonnes du temple, à un point tel où la majorité des constructeurs automobile délaissent progressivement les moteurs à combustion afin d’offrir des solutions sans émission de gaz à effet de serre.