Le jeune entrepreneur Antoine «Robi» Robillard veut aider les jeunes atteints d’un TDAH en leur proposant le Rolliii, un outil que l’on glisse autour de son crayon et qu’on peut faire tourner pour favoriser la concentration.

Le succès de l’échec

CHRONIQUE / «Dès la première, deuxième année, j’ai appris que même si je travaille fort, ça ne veut pas dire que je vais réussir.»

Le constat tranche avec la mentalité ambiante. Partout à la télé, dans les films, dans les livres, on nous dit que si on travaille fort, on peut tout accomplir. Ce qui donne souvent l’impression que si on échoue, c’est par manque de volonté, d’efforts.

Antoine Robillard, ou juste Robi, comme il aime se faire appeler, sait que ce n’est pas vrai. Que les efforts, aussi gros soient-ils, ne garantissent pas toujours le succès. Surtout quand on a un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH), jumelé à des difficultés d’apprentissage de la lecture (dyslexie), de l’expression écrite (dysorthographie) et de l’écriture (dysgraphie).

Dès ses premières années d’école, il a vu qu’il était différent. Il s’est relevé les manches. Ses parents sont allés chercher de l’aide. Il a utilisé des outils, dont un ordinateur en classe, pour l’aider à lire ou à écrire. Il a compris assez rapidement que s’il ne donnait pas son 110 % à chaque examen, il allait couler. S’il travaillait fort, le succès n’était pas assuré, mais c’était au moins une option!

«L’important, c’est que je donne le meilleur et que je sois fier de moi. L’important, c’est de savoir que j’ai tout donné», m’explique l’entrepreneur de 18 ans en entrevue. Il étudie maintenant au cégep en génie électrique.

«Je n’échangerais pour rien au monde toutes les difficultés que j’ai eues et que je surmonte toujours au quotidien», m’avait-il écrit il y a quelques semaines. Elles lui ont donné une «éthique de travail», l’ont rendu plus fort. Il voulait me présenter son entreprise, Robiii, et son invention, le Rolliii, qu’il veut commercialiser à l’aide de la plateforme de sociofinancement Kickstarter. Les trois «i» font référence aux phases de création du produit : idée, invention et implantation.

Le Rolliii est une sorte de hand ou de fidget spinner. Vous savez, ces toupies à main qui ont fait grand bruit il y a un peu plus d’un an quand elles ont envahi le marché? Mais justement, l’outil que veut vendre Robi ne fait pas... de bruit. Il n’a pas de couleurs criardes non plus. «Ce n’est pas un jouet.» Il peut donc être utilisé en classe par les jeunes qui souffrent d’un TDAH et pour qui bouger aide à la concentration, mais sans déranger les autres, croit-il.

Il en a eu l’idée en cinquième secondaire, un soir où il préparait un examen. Il n’avait pas encore beaucoup étudié parce qu’il avait passé beaucoup de temps sur un autre projet qu’il voulait faire breveter, des assiettes chauffantes.

Il s’est mis à faire tourner un tournevis et s’est rendu compte que ça l’aidait à se concentrer. Il a toujours été le jeune qui tape du pied ou du crayon, raconte-t-il. Après différents tests, son produit a finalement pris forme. L’anneau, qui ressemble à une petite roue de tracteur, se glisse autour du crayon. L’utilisateur peut alors le faire tourner facilement et discrètement. Il l’a testé avec des amis et dit qu’il ne les a jamais vus aussi concentrés.

Robi a investi un peu plus de 5000 $ en deux ans, soit une bonne partie de ses économies. Il croit dur comme fer que son projet va marcher. Il veut être entrepreneur depuis qu’il est enfant. Il me montre sur Skype les Post-it qui décorent son mur. Un pour chaque livre audio — c’est plus facile pour lui que de lire —, qu’il a écouté cette année. Il y en a 128, qui parlent de marketing, d’affaires, de motivation, de trucs pour s’exprimer...

C’est pour ça que Robi ne changerait pour rien au monde. Pour cette passion infatigable et la créativité débordante qui caractérisent bien des gens qui ont un TDAH. Il trouve que souvent, ce trouble est dépeint négativement. Lui le voit comme un avantage. Autant il pouvait avoir de la difficulté à se concentrer quand un sujet ne l’intéressait pas, autant il devient ultra-productif quand quelque chose le passionne.

«C’est un trait principal des TDAH. C’est pour ça souvent qu’ils font des grandes choses», dit-il, en nommant le scientifique Albert Einstein, mais aussi l’acteur Will Smith, le nageur Michael Phelps et le fondateur d’Apple, Steve Jobs.

Robi sera entrepreneur. Il a des tonnes d’idées. S’il peut donner confiance aux jeunes qui surmontent comme lui des difficultés, ça le rendra encore plus fier. Et si le Rolliii ne connaissait pas le succès qu’il entrevoit?

«Si ça ne marche pas, c’est sûr que je vais trouver ça plate. Mais c’est pas plus grave que ça, je vais recommencer avec une autre idée.»

Quand on n’a pas peur de tomber, on peut voler toujours plus haut.