Très personnel et agrémenté de photos de la petite famille en vacances, le nouveau bouquin de Mylène Moisan et d’Alexandre Leblanc est à la fois un guide et le récit de onze escapades en couple ou en famille.

Le «guide du voyageur» de Mylène et Alexandre

Chroniqueuse au Soleil, Mylène Moisan voyage depuis ses 18 ans, une passion qu’elle a transmise à son conjoint Alexandre Leblanc et à leurs enfants Léonard, 10 ans, et Rémi, 8 ans. Avec leur livre Voyager hors des tout inclus, c’est maintenant au reste du Québec que le couple souhaite donner le goût d’explorer de nouveaux territoires en couple ou en famille.

Pour Mylène, il s’agit d’un quatrième livre paru aux Éditions La Presse, après Maman est une étoile, qui racontait l’histoire de Jolyane Fortier, jeune maman décédée d’un cancer à 31 ans, Dans une classe à part qui traitait d’enseignants inspirants et Les gens heureux ont une histoire, un recueil de chroniques. Ce livre-ci vient cependant d’une idée d’Alexandre, qui en est d’ailleurs le cosignataire. «Je n’étais pas sûre au départ de vouloir faire un guide de voyage, car, pour moi, c’est tellement naturel de voyager comme ça», explique-t-elle. «Je ne voulais pas non plus tomber dans le «regardez-nous».»

C’est à force de voir des gens de son entourage s’intéresser au projet et lui demander des idées pour voyager qu’elle s’est laissée tenter. «L’idée de base, c’est de donner aux gens le goût de voyager, de leur montrer que ce n’est ni très compliqué ni très dangereux.»

Onze voyages

À travers onze des voyages que Mylène et Alexandre ont faits en couple ou avec leurs enfants, le lecteur lira comment découvrir différemment Cuba, le Mexique et la République dominicaine, des destinations que plusieurs Québécois connaissent dans la formule «tout inclus», mais aussi d’autres destinations comme la Corse, la Bretagne, le Honduras, le Bélize et le Costa Rica. Comment trouver un hôtel, du transport, des excursions en se basant sur ce que les gens recherchent et le temps dont ils disposent. Le «niveau de difficulté» et le budget de chaque voyage y sont également indiqués.

«Quelqu’un qui n’est pas habitué à voyager peut prendre ça comme un livre de recettes. Je donne aussi des trucs pour ne pas tomber dans les «attrape-touristes», pour avoir accès aux choses plus authentiques et moins connues», explique celle qui déplorait que la plupart des livres consacrés aux voyages ne se concentrent que sur une seule destination ou alors traitent de périples peu accessibles au commun des mortels du genre «Faire le tour du monde pendant quatre ans avec cinq enfants». 

«On n’est pas tous des ‘‘athlètes’’ du voyage et j’ai volontairement choisi des destinations qui sont à la portée de tous. Je veux montrer qu’il y a moyen de sortir de la formule des tout inclus avec les cours de salsa à 4h, le type un peu éméché dans la piscine et le fait que tu es un peu mal pris s’il se met à pleuvoir. Quand tu fais ton voyage toi-même, au contraire, tu as plein d’options», raconte la journaliste globe-trotter.

Personnel et familial

L’aspect familial de l’aventure est aussi très important pour les Leblanc-Moisan. «Nous avons commencé les voyages en famille quand Léonard n’avait que 15 mois. Ce n’est pas vrai que c’est compliqué de voyager avec des enfants. Par exemple, en Amérique latine, les enfants sont partout, tu n’as pas l’impression de déranger. Arriver quelque part et t’imprégner d’une culture, t’ouvrir à l’autre, c’est une très belle expérience à faire vivre aux enfants, qui se font vite des amis dans d’autres pays.» 

Très personnel et agrémenté de photos de la petite famille en vacances, le nouveau bouquin de Mylène Moisan, qui s’est bien sûr chargé de l’écriture, et d’Alexandre Leblanc, qui s’est occupé de la sélection des photos et de la vérification des faits, est aussi un récit de ces escapades en couple ou en famille. La chroniqueuse y raconte entre autres la surprise de ses enfants de voir de jeunes Cubains jouer au baseball avec des planches de «2 X 4» ou alors quand son Alexandre a contribué à sauver quelqu’un de la noyade.

«Jamais je n’avais autant écrit sur moi, sur ma famille et sur mes enfants, que je n’avais même jamais nommés dans mes chroniques», indique-t-elle à propos du livre sur lequel elle a travaillé durant un an. D’ailleurs, Voyager hors des tout inclus est véritablement une affaire de famille puisque chacun y a mis du sien, Léonard et Rémi y allant aussi de leurs conseils en introduction.

Couverture du livre Voyager hors des tout inclus

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EXTRAIT

Costa Rica

PLAYA DEL COCO, le nom sonne bien, ça sent l’ananas et l’eau salée. C’est bleu comme le ciel, jaune comme le soleil.

Alex et moi avions décidé d’y passer quelques jours pour ne pas faire grand-chose, se payer du bon temps, improviser selon l’humeur du moment. Et notre humeur, en arrivant le premier soir, avait le goût de prendre une couple de bières. Nous avons vite trouvé un petit bar avec un gros chat couché sur le comptoir.

Et du Sinatra dans les haut-parleurs.

On a passé la soirée accoudés au comptoir, à côté du gros chat, à jaser de tout et de rien avec le sympathique barman et de ce qu’il y avait à faire autour. La place était bondée, l’atmosphère parfaite, nous n’avions pas le goût de partir quand le barman a décrété le last call.

Nous sommes partis en disant « À demain ».

Chose promise, nous sommes revenus après le souper, presque à la même heure. Pas un chat, à part le matou de la veille. Le proprio était tout seul comme un chien, avec son chat. Il essuyait des verres en écoutant du Johnny Cash, il nous a regardés l’air surpris de nous revoir.

On s’est assis sur les mêmes tabourets.

— On va prendre deux bières, des Imperial.

— Ce n’est pas possible.

— Pourquoi ?

— Les élections, demain.

— Et alors ?

— Interdit de vendre de l’alcool la veille et le lendemain. Partout, dans les bars, les restaurants, les épiceries. Dans tout le pays.

— Quoi ?

C’est ainsi que nous avons appris que la Ley Seca, la «loi sèche», prévoyait une abstinence nationale chaque fois qu’il y a des élections. La règle s’est un peu assouplie depuis 2009, les 81 cantons ayant depuis le droit d’appliquer ou non la loi pendant la Semaine sainte et quand les Ticos sont appelés aux urnes.

Alex a pris un Coke, moi un Fanta à l’orange, nous sommes partis.

L’intention derrière la loi est d’éviter que les électeurs votent éméchés et que des batailles éclatent. L’idée peut être bonne, mais les Costaricains sont prévoyants, ils ont pris l’habitude de faire des réserves. Contrairement aux touristes qui, comme nous, se cognent le nez aux frigos cadenassés des épiceries.

En marchant sans but, nous avons remarqué une petite annonce dans la fenêtre d’un commerce, une demi-journée en voilier, en formule intime. Nous avons appelé tout de suite, il restait de la place pour le matin. Rendez-vous à 7 heures au quai, aucune chance d’être « lendemain de veille ».

L’équipage est déjà là quand nous arrivons à l’heure dite. Le capitaine, avec son chapeau de cowboy immaculé et sa moustache du Colonel Sanders, est un Texan qui a retapé au complet son bateau pour faire le tour du monde. John est parti de Californie, il a fait escale au Costa Rica… et est tombé en amour.

Il a jeté l’ancre à Playa del Coco.

Avec nous, un autre couple de touristes, des Français. Aux manœuvres, un Suisse et un Français de Saint-Malo prêtent main-forte à John. Nous venons de quitter le quai, il vient nous voir.

— Vous voulez un mimosa ?

Nous comprenons alors que, comme les Ticos, John a fait le plein d’alcool avant l’interdiction. Le Français ouvre devant nous une grande glacière, nous avons l’embarras du choix. Je ne bois jamais aussi tôt le matin, mais l’occasion est trop belle, le moment trop parfait.

C’est, encore à ce jour, le meilleur mimosa de ma vie.