Le Bourlingueur

Intentions de voyageur

CHRONIQUE / Les seules résolutions qui tiennent sont celles qu’on ne prend pas. Se donner des objectifs, en début d’année, c’est se mettre une pression qui nous écrasera dès que le rythme habituel du quotidien reprendra. Bus, boulot, dodo... et on procrastine aux résolutions de 2020 ces petits gestes qui devaient faire une différence.

À défaut de résolutions, songeons à tout le moins à une poignée d’intentions pour éviter que le tourisme tue le tourisme. Pour que le fait de s’éloigner de chez soi soit encore source de découvertes et de surprises. Pour qu’on ne soit pas que des bébés gâtés qui cochent une liste de destinations pour impressionner la visite. 

Presque toutes les grandes villes du monde ont leur McDonald’s. Leur Subway aussi. Dire que j’étais étonné d’apercevoir la chaîne de sandwichs en Europe de l’Est il y a dix ans. Aujourd’hui, on peut recréer notre environnement pratiquement partout. Mais est-ce que c’est vraiment ce qu’on veut?

Dans le même sens, les destinations soleil et les lieux historiques s’enfoncent et se détériorent sous le poids des touristes. Le Mexique et la Birmanie ne permettent presque plus qu’on monte sur leurs pyramides ou leurs temples. L’Islande balise ses sentiers. Le touriste a dénaturé le tourisme. 

Comment changer les choses? Pour 2019, pourquoi ne pas tenter de réduire le nombre de photos croquées chaque jour. Une aventurière m’a déjà confié ne prendre qu’un seul cliché quotidiennement. Chaque fois que l’envie de sortir son appareil photo lui prend, elle doit peser le pour et le contre en se demandant si elle trouvera mieux avant que l’horloge ne fasse un tour complet.

La vérité, c’est qu’on se donne des coups de coude et qu’on pousse de grands soupirs pour prendre la même photo que tout le monde. Avec les satanées perches à égoportraits, certains s’élèvent au-dessus de la mêlée et s’assurent qu’un bras télescopique gâchera la photo de tous ceux autour d’eux. Idem pour les foutus drones qui s’envoleront au milieu de votre coucher de soleil et s’inviteront dans le panorama que vous veniez de cadrer.

Un peu de respect!

C’est sans compter les compétitions pour avoir la meilleure photo Instagram. Sur le réseau social, on a tout vu avant même de voyager. On nous montre le monde sous tous ses angles, mais bien sûr, on veut tous un portrait au sommet du « Stairways to heaven » à Oahu à Hawaï pour collectionner les mentions « J’aime ». 

Mon souhait, ce serait d’abolir toutes ces photos que vous prenez, de dos, sur une plage paradisiaque, ou au sommet d’une montagne, en faisant semblant de retenir votre chapeau pour ne pas qu’il s’envole.

Idem pour les égoportraits, devenus tellement populaires qu’on ne fait plus la file pour monter dans la tour Eiffel, mais on se met plutôt en ligne pour se prendre en photo avec le monument en arrière plan.

Je m’ennuie du temps où on voyageait moins pour se montrer et plus pour découvrir le monde.

En 2019, pensons aussi à l’environnement. Prendre l’avion nuira un brin si vous avez signé le Pacte. Mais peut-être pouvez-vous compenser vos émissions de carbone en achetant des crédits carbone ou en plantant des arbres. 

Pensez aussi aux bouteilles qui permettent de décontaminer l’eau du robinet à l’aide de lampes UV. Dans les pays où le recyclage n’est pas encore chose courante, on consomme souvent une quantité énorme de bouteilles d’eau qui prendront rapidement le chemin de l’enfouissement. Heureusement, de plus en plus d’hôtels offrent l’eau potable dans d’immenses bidons. Il suffit de remplir sa gourde.

Respecter l’environnement, c’est aussi acheter ses souvenirs localement et éviter de ramener des objets qui ne serviront à rien. C’est choisir des hébergements écoresponsables ou des restaurants tenus par la population locale.

En 2019, n’attendez plus que le copain, le voisin ou le cousin se libère pour voyager avec vous. Partez. Oui, partez seul. À votre mesure, osez l’escapade dans Charlevoix qui vous dit depuis des lunes ou prenez un vol pour Shanghai. Voyager, c’est comme aller au cinéma : une fois que le film est commencé, on oublie qu’on est arrivé seul.

Le plus difficile, c’est de partir. Mais les découvertes vous rendront bien plus heureux que le temps où vous attendiez à la maison.

Osez aussi sortir de votre zone de confort. Choisissez un pays même si vous ne parlez pas sa langue. Évadez-vous de votre tout-inclus pour une journée. Quittez l’auberge de jeunesse pour l’hôtel, le temps d’un soir. Ou prenez le train pour une ville que vous ne connaissez pas et improvisez.

Les belles découvertes sont celles qu’on n’attend pas. Le confort et l’habitude en offrent bien peu de ces découvertes.

Si j’ai inscrit tout ça sur ma liste à moi, j’ajoute aussi d’apprendre à prendre le temps. Flâner dans une ville où on croit avoir tout vu nous surprend toujours. La sempiternelle liste de choses à voir ne cessera jamais de s’allonger, mais ralentir permettra aussi de profiter.

Enfin, mettons fin au règne de la peur. Peur des accidents, du terrorisme, de la nourriture qu’on ne connaît pas, des gens qu’on ne connaît pas, des toilettes qui paraissent plus rudimentaires, des petites bestioles qui ne mangent certainement pas les bestioles plus grosses qu’elles.

Vaincre la peur, c’est oser petit peu par petit peu. Et avancer vers de nouveaux horizons.

Vous et moi, on n’arrivera pas à faire tout ça cette année. Mais on se donne le droit d’essayer.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

Le Bourlingueur

2018 au rang des souvenirs

L’année 2018 s’apprête à s’installer définitivement dans la boîte à souvenirs. Avant de lui dire au revoir, j’ose à peine calculer mon empreinte de carbone pour les 365 jours qui viennent de passer. Je n’ose pas calculer les kilomètres parcourus, au-dessus des nuages, dans les 31 vols qui m’ont soulevé à un moment ou à un autre dans les 12 derniers mois.

31 vols! Ça donne le vertige. C’est plus qu’une fois aux deux semaines, si on fait une moyenne. La Terre ne me dit pas merci. Mais j’aurai commencé, cette année, à compenser mes émissions de carbone. 

2018 m’aura donné quelques leçons. Difficile de ne rien apprendre quand on décampe à une fréquence grand F et qu’on donne la parole à l’étranger.

À Tokyo, au Japon, j’ai été confronté à ce sentiment étrange de déjà-vu alors que je ne retrouvais pas tout à fait mes repères. Fou comme des souvenirs bénins, comme ceux des enseignes de magasins qu’on avait oubliées, font remonter des tas d’images.

En retournant dans la capitale nippone, j’ai eu à me demander par où commencer l’exploration de la deuxième chance, celle qui s’éloignerait de la surface, des mêmes attractions que la première fois qui ne me feraient rien découvrir. 

En m’intéressant aux préparatifs des Jeux olympiques de 2020, j’ai réalisé qu’on accorde trop peu d’importance aux Jeux paralympiques. Les Japonais l’ont non seulement réalisé, ils en profitent pour adapter leur société qui laissait bien peu de place aux citoyens à mobilité réduite. 

Ma recommandation au Japon : le quartier de Yanaka, avec ses maisons traditionnelles. On s’éloigne un peu du circuit touristique et on vit le Japon qui disparaît peu à peu. Et pendant qu’on y est, il faut manger une soupe ramen dans un restaurant typique.

En Haïti, j’ai vu la passion et la persévérance. Mon ignorance m’avait caché que la perle des Antilles était un pays de montagnes. Là-bas, la beauté est partout : dans la nature, dans les traditions, dans le carnaval où j’irai danser un de ces jours, dans le créole que je ne comprends malheureusement qu’à moitié. 

J’ai craqué pour la bonne humeur de Gesper, qui aime chanter autant que le café qu’il fait pousser. Pour les paysans de Vallue, aussi, qui exploitent la terre de leur communauté tout en évitant l’exode des jeunes. 

Ma recommandation en Haïti : s’attarder dans le secteur de Vallue et de Petit-Goâve.

Israël s’est révélé un petit bout de terre à la fois. Ce qu’il a de surprenant, ce petit pays, c’est qu’il renferme justement tellement d’histoire et de richesses dans un territoire aussi restreint.

Les sites du patrimoine mondial de l’UNESCO ont de quoi combler les férus d’histoire. Ceux qui s’intéressent à l’actualité seront peut-être, comme moi, impressionnés par le Golan, d’où on peut voir (et entendre) le territoire syrien, et la Cisjordanie, qui donne un très bref aperçu du conflit israélo-palestinien.

Il était très étrange de combiner, dans une même escapade de deux semaines, le village hyperconservateur de Safed, les sites religieux d’importance pour le judaïsme, l’islam et le bahaïsme, en plus d’assister au plus gros événement LGBTQ+ du Moyen-Orient, à Tel-Aviv.

Ma recommandation en Israël : visiter Jérusalem, Hébron et Bethléem pour comprendre la situation géopolitique du territoire.

Bourlingueur

J’ai aimé des centaines de fois... pas longtemps

CHRONIQUE / «Seuls les nomades aperçoivent l’horizon. Les sédentaires, eux, ne voient que leurs quatre murs. » La citation n’est pas de moi. Elle n’est pas complètement fidèle non plus. Je l’ai captée à la radio, alors que je vagabondais quelque part sur la Lune, sans pouvoir retrouver son auteur.

L’horizon! Dieu qu’il est loin, parfois. Il se présente dans toutes les teintes, dans la lumière faiblarde du petit matin, un peu flou sous le soleil éblouissant du jour, ou à peine perceptible dans la pénombre qui le couvre. Des fois il est pentu, mouillé ou en altitude. Des fois, il faut que d’autres nous laissent monter sur leurs épaules pour qu’on puisse le voir.

Voir l’horizon, c’est tomber amoureux. C’est vouloir ne jamais le perdre de vue, parce qu’il nous montre toute la distance qu’il nous reste encore à parcourir pour avoir tout vécu. Plus on le regarde, plus il prend ses distances. Et on tombe amoureux de ceux qui nous prêtent leurs épaules, ceux qui, en espagnol, en polonais, en amharique ou en langue des signes, nous font détourner le regard vers leur propre horizon.

Lire aussi : Ces adieux qui se passent trop bien 

J’ai pris l’avion la première fois le cœur grand ouvert, prêt à m’émerveiller de toute la nouveauté qui me happerait minute après minute. Les panneaux de signalisation, la langue ou l’accent de la population locale, les plaques d’immatriculation, les plats typiques, l’architecture, les rues pavées, les découvertes avaient la même taille que ma naïveté démesurée.

Il m’a fallu quelques jours à peine pour tomber amoureux. Amoureux successivement de tous ceux que je rencontrais, tellement pareils et différents à la fois. Des amours éphémères, au sens large du terme, qui se sont multipliés de pays en pays. Quand ils vous font sourire, vous donnent des papillons, vous donnent l’impression d’exister, les gens, c’est que vous les aimez un peu. Le monde est rempli d’étrangers à aimer.

Trop de ces gens sont passés, ont façonné celui que je suis, et sont partis plus vite qu’ils n’étaient arrivés, avec un petit bout de ma naïveté. Tous m’ont propulsé vers le haut, m’ont appris la vie... m’ont appris ma vie. Tous autant qu’ils sont ont changé le monde d’un tout petit battement d’ailes. Ils ont changé mon monde à moi. Et des fois, j’ai eu envie de me payer des ailes pour les revoir un instant.

Suzanne, américaine, aura pavé la voie, dans un train à la frontière de l’Espagne et de la France. Elle aura été la première à me saluer, à me montrer que l’amitié n’a pas de drapeaux, de frontières, et qu’elle n’existe que dans le présent.

Matt l’a suivie quelques jours plus tard, croisant ma route par hasard trop souvent pour que ce soit un hasard. J’ai appris à faire confiance aux coïncidences et j’ai avalé la route jusqu’à Washington D.C. deux ans plus tard, entre autres pour partager le monde une nouvelle fois avec ce vieil ami.

Dès le premier regard, j’ai aimé Charlotte, une Suédoise intimidante de détermination. Sur une montagne de Nouvelle-Zélande, nous avons convenu de dompter l’altitude à deux. J’ai été rassuré de trouver quelqu’un qui aimait l’horizon encore plus que moi. De l’Australie où elle a étudié, elle est partie pour les États-Unis et le Brésil pour bosser comme biologiste. Si je ne l’ai jamais revue (encore), je m’inspire encore souvent de son impressionnante détermination.

Alex le Californien était beaucoup plus jeune que moi et avait l’intelligence d’écouter pour tirer des leçons de l’expérience des autres. Il m’a renversé d’un simple « merci » que je n’attendais pas. Un « merci » d’avoir été moi, d’avoir partagé quelques jours avec lui sous la chaleur d’Athènes. Il m’a appris que je ne disais pas « merci » assez souvent. Encore moins « je t’aime ». Et j’ai entrepris de remercier, au moins une fois l’an, tous ces petits bouts d’horizon qui me poussent en avant.

Janne, des Pays-Bas, a fait preuve d’une grande humanité. Elle s’est proposée pour accompagner le voyageur mal en point que j’étais jusqu’à un hôpital de Chiang Mai, en Thaïlande. Elle a refusé qu’un inconnu se sente seul au bout du monde. On a tous besoin, un jour, que quelqu’un nous tienne la main ou nous prête son épaule pour pleurer. Elle a passé sa route; m’a laissé à la mienne.

Biggy l’Islandais demeure un modèle d’intelligence et de joie de vivre. Toujours en contact avec son gamin intérieur, il s’amuse d’un rien. Fier et amoureux de sa famille, il confectionne chaque année des vidéos souvenirs pleines d’humour et de tendresse. Le jour où j’ai quitté Reykjavik, ses yeux trahissaient une petite averse intérieure. J’en ai fait mon modèle.

Bryan, un autre Américain, m’a surpris en prenant des nouvelles, plusieurs mois après notre rencontre au Maroc. Nous avions trouvé un restaurant étonnant caché dans un sous-sol, dans le nord du pays. Une panne d’électricité nous y avait plongés dans une obscurité totale. Il se souvenait de tous les détails de nos conversations et m’invitait à lui faire coucou un de ces jours. J’ai appris à ne pas sous-estimer la sincérité de ceux qui partagent notre table pour un soir ou deux.

Ils sont des centaines à être passés, à m’avoir bouleversé, à s’être lovés dans un coin de mon cœur, simplement pour avoir été eux-mêmes. Ils m’ont invité à leur mariage, m’ont envoyé des souhaits de Noël, m’ont proposé de reprendre la route avec moi, alors que nous n’étions à l’origine que des étrangers arrivés par hasard dans une même destination. Ils m’ont donné rendez-vous, sans me connaître, m’ont expulsé de ma zone de confort et font maintenant partie de ma famille. Ils m’ont changé. Ils sont partis, aussi.

On peut s’empêcher de tomber amoureux de peur de se faire mal. Ou on tombe amoureux des centaines de fois... pas longtemps, avec tous ceux qui se donnent la peine de nous prêter leurs épaules pour nous montrer l’horizon.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

LE BOURLINGUEUR

J’haïs l’hiver... sauf à Québec

CHRONIQUE / Lorsqu’il se couvre de millions de minuscules flocons, le plafond noir de la nuit s’illumine au ralenti. Quand l’hiver s’impose coquettement dans la nuit, le temps se fige, surtout quand de petites ampoules rappellent que Noël approche.

L’hiver, c’est beau pour les cartes postales. Mais c’est trop froid pour mes vrais pieds et pour mon cœur de Grinch qui boude Noël 11 heures par jour. À part les engelures, l’hiver nous a donné un sport national comme religion, la Guerre des tuques et des excuses pour abuser du chocolat chaud. Peut-être aussi est-il responsable de mes envies de mettre dehors novembre et d’écourter le février malfaisant en m’envolant vers le soleil d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique du Sud.

À bien y penser, je ne me suis jamais lancé dans le tourisme hivernal. Quand l’occasion s’est présentée de traverser la Russie à bord du train transsibérien, j’ai enroulé mon enthousiasme sous mon foulard. L’idée de traverser le plus grand pays du monde pendant les mois les plus froids me déplaisait. Déjà que le lac Baïkal, en été, n’est pas reconnu pour être particulièrement chaud.

À part une escapade dans les Alpes pour une courte leçon de ski et une envie toute particulière de ranger le Grinch pour visiter Rovaniemi, en Laponie, où vit le vrai père Noël (oui, bon!), troquer de la neige d’ici pour de la neige ailleurs, c’est non.

Rempli de contradictions, j’ose quand même dire à qui veut l’entendre que le meilleur moment pour visiter le Québec et être dépaysé... c’est l’hiver. La neige, les températures sous zéro, la tire sur la neige, le ski de fond et la raquette, y’a de quoi s’offrir deux ou trois découvertes. Et mine de rien, quand on me prend au mot et qu’on débarque en même temps que le froid, c’est à Québec que j’amène les visiteurs.

La vraie vérité, c’est qu’en matière de paysage hivernal, Québec, c’est difficile à battre. Le fleuve, ses glaces, le vent froid qui nous fouette à coup sûr sur la terrasse Dufferin et le Château Frontenac qui se dresse au-dessus de la mêlée, c’est tout ce qu’il faut pour une belle carte postale.

Étrangement, j’y suis passé dernièrement pour saluer le château, justement, qui me narguait à longueur de jour quand j’apprenais le métier de communicateur dans un bureau juste à côté. Forcément, je passe de soir, comme une tradition depuis le jour où j’ai parcouru la vieille ville pendant des heures, en arrivant à Québec la première fois, tellement impressionné par toute cette beauté. J’avais les mêmes yeux que ces touristes qui viennent vivre le vrai hiver québécois.

Québec sait se draper de belles lumières à l’approche des Fêtes. Bien sûr, bien sûr, il faut se tenir tout en haut de l’escalier Casse-Cou, regarder de haut les ribambelles étincelantes accrochées près des toits en contrebas, et descendre, sans se casser le dos, pour marcher sous les ribambelles. C’est bien trop petit le Petit Champlain, mais c’est là que se trouve le Noël typique qui transforme les grands touristes en enfants éberlués. Trop petit parce qu’on en prendrait plus. Même pour moi, la chorale aux cantiques de Noël, devant l’église Notre-Dame-des-Victoires, semblait sortir tout droit d’un « vieux » film avec Macauley Culkin.

Ils sont venus de Californie, de l’Ontario, d’Autriche, du Mexique et de la Pologne pour me faire un coucou. Ils ont tous poussé le même « wow » à l’intersection des rues du Cul-de-sac et Notre-Dame. De là, la vue sur le château, avec les sapins éclairés, la neige et la bicyclette verrouillée au coin de la rue fait un malheur sur Instagram. La photo que j’y ai croquée attire beaucoup plus l’attention que celles de la Grèce, de la Colombie ou d’Haïti publiées plus tôt cette année. Pas mal.

L’hiver à Québec, c’est encore plus beau avec le Marché de Noël allemand. Celui-là, il n’existait pas quand je vivais dans la ville de Jean-Paul L’Allier. Ses dispositifs anti-camions béliers brisent un peu la magie des Fêtes, même s’ils sont un tantinet rassurants. Les pères Noël arpentant les rues, les kiosques de bois, le vin chaud, la fondue au fromage... L’Europe peut bien aller se rhabiller. On peut d’ailleurs en profiter jusqu’au 23 décembre.

Quétaine? Même les Grinch comme moi trouvent ça mignon. À Madrid, seule ville que j’ai visitée à l’approche du temps de la crèche, le marché de Noël avait constitué un produit d’appel non négligeable. Il paraissait bien pâle par rapport à celui de Québec.

Mon côté touriste ne peut s’empêcher de s’arrêter aux Anciens Canadiens, ce restaurant au toit rouge qui rappelle la maison de ma grand-mère. Le midi, pour les petits prix, j’y trouve tout le folklore québécois que je veux exhiber devant mes visiteurs : pâté à la viande, tourtière du Lac-Saint-Jean, ragoût de boulettes et tarte au sirop d’érable.

Y’a pas à dire, même dans ma tête d’enfant, l’hiver, c’était Québec. Je revois encore une image des chutes Montmorency glacées ou encore de la patinoire de la place d’Youville.

C’est sûr que j’amène mes visiteurs sur la rue Cartier, voir ces lampes géantes qui constituent une idée tellement simple, mais tellement géniale, et dans l’éternelle boutique de Noël du Vieux-Québec.

Je l’avoue, Québec, c’est ma définition de l’hiver. Son carnaval est mythique. Son hôtel de glace aussi. Et en moins de trente minutes, on fait de la raquette au parc de la Jacques-Cartier ou du traîneau à chiens à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier.

Le traîneau à chiens! Ça s’apprend en deux temps trois mouvements, même si j’ai eu toute la difficulté du monde à maintenir ma monture immobilisée tellement les bêtes étaient énervées. La balade en nature, suivie d’un chocolat chaud et d’une visite auprès des chiots, c’est le pendant hivernal du tipi au Canada.

J’haïs l’hiver... sauf quand c’est à Québec.  

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com