Il arrive qu’on croise des dromadaires laissés en liberté dans le désert de Wadi Rum.

Une nuit à Wadi Rum

CHRONIQUE / La Jordanie s’était imposée par hasard, en escale entre l’Asie et l’Europe. Les Émirats arabes unis, Dubaï en l’occurrence, avaient davantage piqué ma curiosité. Mais cette année-là, les Canadiens devaient vider leur portefeuille pour payer le visa qui donnait le droit d’entrer au pays.

Ce serait donc la Jordanie et sa cité mythique de Pétra, dont je ne connaissais presque rien. Déjà, à l’aéroport d’Amman, le chauffeur de taxi, qui s’était arrêté en cours de route pour faire monter un de ses amis à qui il n’a rien chargé, m’a presque forcé à me diriger directement à Pétra. Bonne idée, oui, de faire plus de 200 kilomètres avec le compteur du taxi qui tourne…

J’ai plutôt opté pour les minifourgonnettes partagées, qui quittent le terminus quand tous les sièges sont occupés. Le bolide s’est engagé sur la route traversant de grandes étendues de sable. Beaucoup de rien de chaque côté, si ce n’est, au bout d’un moment, d’une prison construite au milieu de nulle part. Pas tentant d’essayer de s’évader au milieu d’un désert aride comme celui-là.

Dans le minibus, j’ai discuté avec une Française qui se dirigeait à Pétra pour y retrouver son « amoureux ». Elles sont nombreuses, paraît-il, à s’amouracher de Bédouins et à revenir les visiter. Et on se rend rapidement compte, en organisant une tournée de la région, que ces Bédouins ne ménagent aucun effort pour séduire les voyageuses qui souhaitent découvrir le désert.

À notre arrivée à Pétra, ma nouvelle amie a d’ailleurs demandé à son copain s’il pouvait me laisser à mon hôtel, chose qu’il a sèchement refusée avant de prendre sa douce par la main et de partir dans l’autre direction.

Outre la cité antique de Pétra, dans cette région du sud de la Jordanie, la principale activité demeure justement une excursion dans le désert. Plusieurs compagnies offrent leurs services et les dames se verront à l’occasion proposer des excursions en solo. C’est d’ailleurs pour fuir un éventuel guide trop entreprenant qu’une autre touriste s’est jointe à moi pour sélectionner une compagnie. J’ai eu droit à de gros yeux de la part de celui qui venait de se faire rejeter.

L’activité d’une journée et d’une nuit commençait dans la maison du Bédouin, à l’orée du désert de Wadi Rum. En nous servant du thé, il nous proposerait un tour de chameau. Tous ceux ayant déjà enfoncé leurs galoches dans une dune brûlante ou avalé une tasse de sable dans une rafale de vent du désert auraient trouvé la balade banale. Pas moi!

Jamais je n’avais même imaginé pouvoir grimper sur un chameau (ou plutôt un dromadaire), si bien que je me suis presque retenu de taper frénétiquement des mains devant cette proposition. On m’aurait chargé la Lune que je n’y aurais vu que du feu.

Bien en selle, encadré par un frère ou cousin de notre guide, qui prétendait s’appeler Mohamed, comme tous ses frères et tous ses cousins, notre petit groupe s’est aventuré sur une petite colline pour aller observer... des chèvres. Nous sommes redescendus à pied avant de nous enfoncer dans le désert de Wadi Rum en voiture.

Le premier arrêt d’une excursion dans le désert nous permettait d’obtenir cette vue, une des plus belles de Wadi Rum à mon avis.

À notre premier arrêt, sous un chapiteau où le sol était couvert de tapis, nous avons pris le thé à nouveau. Un des Mohamed, qui se foutait vraisemblablement de notre gueule en s’attribuant un faux prénom, a accepté de m’enseigner comment confectionner une espèce de turban pour me protéger du soleil.

J’ai ensuite entrepris de grimper un rocher pour m’offrir ce qui, à mes yeux, est probablement la vue la plus impressionnante sur tout le désert. Tout en bas, un arbre, un seul, énorme, tranchait dans une mer rougeâtre de sable.

Dans un désert où on franchit parfois les 40, 45 degrés, même, on se félicite d’avoir enfilé des pantalons couvrant toutes les jambes. Idem pour les chaussures, fermées de préférence. Si la plage vous paraît parfois un peu brûlante à Old Orchard, vos pieds ne dérougiront pas de sitôt si vous leur imposez ne serait-ce qu’une minute du sable de Wadi Rum. Une de mes nouvelles copines l’a appris à ses dépens et a dû s’asseoir en attendant que nous la récupérions en voiture. Elle n’arrivait plus à marcher.

Des canyons, des temples, des pétroglyphes, il y a toute une diversité dans ce désert protégé d’une superficie de plus de 700 km2. Il y a fort à parier que vous vous prélasserez entre autres sous quelques chapiteaux et que vous vous arrêterez au pont de roche Burdah avant d’assister au coucher du soleil.

Avec un peu de chance, vous verrez aussi une caravane de chameaux (dromadaires) qui défileront « librement ». C’est qu’il n’est pas rare qu’on laisse les animaux déambuler tout en sachant qu’ils ne s’éloigneront pas trop. Et foi de Mohamed, mon guide, les Bédouins savent reconnaître les traces de leurs bêtes dans le sable pour les retrouver.

Une fois le soleil couché, le repas est servi au campement. Et bien que la température moyenne de 32 degrés le jour descende parfois autour de 4 degrés la nuit, ce soir-là, nous étions très loin d’avoir froid.

Dans un désert sans mur, sans bruit et sans lumière à l’horizon pour gâcher un ciel parfaitement étoilé, la magie est parfaite. Sous un plafonnier d’étoiles, certaines filantes à l’occasion, le temps s’arrête avec raison.

Nous avions tiré nos matelas à l’extérieur des tentes pour que le sommeil nous cueille à la belle étoile. J’ai combattu un brin, sachant que tous ces astres se seraient déjà cachés derrière une lumière intense quand je rouvrirais les yeux.

De fait, je me suis tiré du sommeil juste à temps pour voir le soleil inonder ce désert qu’il faisait luire au petit matin.

Je voue depuis un amour immense aux déserts, puissants et mystérieux. J’ai cherché la même magie à Jaisalmer, en Inde, et à Atacama, au Chili, sans retrouver les mêmes papillons. On n’égale pas aussi facilement un premier amour.

Et peut-être qu’il y a à voir avec cette canicule qui frappait en Jordanie et qui n’a pas assurément pas réchauffé la nuit en Inde et au Chili.

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