À l’hôtel Hoshinoya, où on se déplace sans chaussures, on vise à recréer l’ambiance des ryokans, ces maisons traditionnelles, en y injectant une dose de modernité.

Une nouvelle génération de ryokans

CHRONIQUE / Manger est une expérience en soi, au Japon. Suivre les Japonais dans les établissements de pachinko ou de toute autre forme de jeu de hasard l’est aussi. C’est sans compter le dodo, pour lequel on rivalise aussi d’ingéniosité pour vous faire vivre une expérience unique.

À Himeji, à l’ouest d’Osaka, j’avais passé une nuit dans un vrai ryokan, une petite maison traditionnelle. Le propriétaire, en kimono, avait ouvert la porte et m’avait invité à retirer mes chaussures avant de monter sur le tatami de la pièce centrale. Le dortoir était situé de l’autre côté d’une porte coulissante qu’on aurait crue construite de papier blanc.

Dans le dortoir lui-même, nous dormions à même le tatami, chaque espace étant délimité par de petits paravents.

À Tokyo, dans le quartier des affaires, dans Marunouchi, l’hôtel Hoshinoya propose de recréer l’ambiance des ryokans avec une bonne touche de modernité.

L’édifice a ouvert ses portes en 2016. À chacun des paliers, six chambres sont aménagées pour offrir beaucoup d’intimité. On ne peut d’ailleurs pas entrer sur un étage qui n’est pas le nôtre en raison d’un contrôle effectué grâce à une carte magnétique. À l’entrée, on retire les chaussures, qui seront entreposées dans des casiers en bois numérotés.

« Ce sont comme plusieurs petits ryokans empilés les uns sur les autres. Il est parfois difficile d’expliquer le concept », résume Naho Natori, directrice à l’accueil.

Chaque étage compte sa cuisine, qui agit aussi à titre de salon. Plusieurs collations y sont offertes gratuitement. Sur une tablette, un boîtier en bois renferme des carrés de papier. Posé à côté, un livre enseignant les bases de l’origami. Les invités sont libres d’y tester les limites de leur talent.

Dans les chambres, les vitres de l’énorme salle de bain se teintent à la simple pression d’un bouton. Le couvercle de la toilette s’ouvre tout seul dès qu’on ouvre la porte. Le siège est chauffant et la chasse est déclenchée automatiquement.

La télévision est insérée derrière un miroir, la penderie contient un pyjama et un kimono, et des paravents forment un écran devant les fenêtres qui couvrent tout le mur extérieur. Près du lit, une série de boutons permettent de contrôler l’intensité de la lumière ou de dérouler de longues toiles opaques aux fenêtres.

Au dernier étage, un bain public est ouvert de 15 h à 11 h. Dès l’arrivée, on remet aux clients une carte expliquant comment profiter de l’onsen en respectant la tradition japonaise : on se baigne sans maillot et on transporte une petite serviette pliée qu’on place sur sa tête, dans l’eau, pour ne pas la mouiller. Une partie de ces piscines chauffées est située à l’extérieur, sur le toit.

Pour le directeur général, Hirokazu Sawada, l’objectif est clair : détourner une partie de la clientèle internationale des grands hôtels de marque pour leur permettre d’expérimenter la culture japonaise.

« Nous ne cherchons pas à ajouter des éléments occidentaux à notre décor, mais à ajouter du confort. Nous nous sommes demandé à quoi ressembleraient les ryokans qui auraient évolué jusqu’à ce jour », dit-il.

Si le succès se confirme à Tokyo, le concept pourrait être exporté dans d’autres grandes villes, à l’extérieur du Japon. Mais M. Sawada se garde bien de dire lesquelles.

Vous voulez y aller? Il faudra accumuler plus que du petit change. On peut parler de plus de 800 $ la nuit.

À l’hôtel Henn na de Tokyo, un employé assure l’accueil des clients, alors que les clés sont remises par un robot.

Je vous ai perdu?

Peut-être voudrez-vous plutôt visiter un des hôtels Henn na, où des robots ont pratiquement pris le contrôle de l’établissement, si ce n’est à la réception et au bar. Et encore. Chacune des succursales est érigée selon son propre thème. Par exemple, ce sont des dinosaures qui peuvent vous remettre vos clés en échange du paiement. Ou des robots à l’allure humaine, comme dans l’établissement du quartier Ginza, où je suis passé le jour même de son ouverture.

Ces robots ne peuvent toutefois pas communiquer si on leur pose une question. Ils servent donc davantage à illustrer les consignes. D’autres machines servent au nettoyage des fenêtres, par exemple.

Là, comme dans bien des hôtels de Tokyo, chaque chambre est munie d’un téléphone cellulaire que vous pouvez prendre avec vous pour la durée de votre séjour. En plus de fournir des recommandations de lieux à découvrir, il permet de téléphoner tout à fait gratuitement. Ça c’est du service.

Mon coup de cœur, silencieux dans un coin de la chambre exiguë : un petit cabinet qui défroissera vos vêtements en moins de deux.

Selon le directeur Takahiro Nakamura, en incluant le personnel attitré au nettoyage, il faut compter moins de 20 employés pour un hôtel Henn na de 98 chambres. M. Nakamura estime à une cinquantaine le nombre d’employés dans un hôtel comparable, sans robot.

Il faut prévoir environ 100 $ pour passer une nuit parmi les robots.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com.
Le journaliste était l’invité du Foreign Press Center Japan.