La statue de la princesse Licarayen, à Puerto Varas, donne l’impression d’embrasser le volcan Osorno.

Pour un instant à Puerto Varas

CHRONIQUE / Je n’ai pas vu Puerto Montt, sans aucun doute la plus grande ville de la région des lacs, au sud de Santiago, au Chili. Et c’est très bien comme ça. Avec ses quelque 220 000 habitants, la ville n’a semble-t-il de charmant que ses très bons restaurants accueillant les voyageurs en transit.

Le Lonely Planet, que je consulte beaucoup trop, je le concède, avait pourtant prévenu qu’il serait presque impossible d’éviter Puerto Montt sur tout itinéraire qui plongeait plus au sud, soit vers l’île de Chiloé ou sur la Carretera Austral, une des plus belles routes du pays, semble-t-il. Parce que c’est forcément par la grande ville que transiteront tous les moyens de transport longue distance.

En plus des bus qui partiront très loin au nord ou très loin au sud toute la nuit durant, les vols intérieurs vers Santiago, façon rapide de gagner du temps dans un pays aussi grand, décolleront aussi de Puerto Montt.

C’est précisément pourquoi la grande ville figurait sur mon plan de départ. De peur de me faire traiter de fou qui ne change pas d’idée, j’ai tout chamboulé. Après une longue hésitation, j’ai trompé Puerto Montt, que je ne connaissais pas encore de toute façon, avec sa voisine : Puerto Varas, une ville d’à peine 38 000 âmes.

Un voyageur rencontré au hasard, qui n’avait passé qu’une nuit dans la capitale régionale, avait avoué avoir voulu en sortir le plus rapidement possible. J’ai été rassuré. Parce que Puerto Varas n’est qu’à 23 kilomètres au nord de Puerto Montt et qu’elle figure sur la plupart des trajets d’autobus majeurs et qu’en prime, elle est beaucoup plus belle.

Arrivé en fin de soirée, je n’ai d’abord constaté que son calme. Comme il ne s’agit que d’un arrêt pour tous les bus qui poursuivent plus au sud, chaque compagnie laisse descendre ses passagers dans un endroit qui lui est propre. Pas de grand terminus à Puerto Varas. Il faut donc prendre quelques secondes pour deviner dans quelle partie de la ville on se trouve.

Dès lors, la petite ville donnait l’impression de dormir. L’éclairage se faisait souvent faible derrière les rideaux tirés des vieilles maisons de bois qui rappellent les villages du Québec où mes grands-parents avaient élu domicile.

En 20 minutes de marche sous des réverbères un peu faibles, j’ai croisé les aboiements d’un chien qui troublait les murmures d’une jeune nuit. J’ai traversé une voie ferrée, vu deux résidents, seuls, qui s’aimaient discrètement dans un petit parc. Et la Iglesia del Sagrado Corazón, une immense église construite entre 1915 et 1918 et inspirée de l’église Marienkirche de Baden-Wurtemberg, dans la Forêt Noire en Allemagne.

Là, il n’y avait de noir que le ciel sur laquelle se découpait l’immense tour de ce monument national. Même avec le poids du voyage sur le dos, je me suis immobilisé pour la contempler. C’est qu’elle impose sans présence sans même qu’elle soit fréquentée ou qu’on en fasse sonner les cloches. Plus tard, je découvrirais qu’on la voit d’un peu partout en ville et qu’elle fait partie de la marque de commerce de Puerto Varas.

L’église del Sagrado Corazón (du Sacré-Cœur) est visible de presque partout à Puerto Varas.

Puis il y a cette rue principale, bordée de lampadaires, mais avec personne sur les trottoirs. C’était comme 4 h du matin, mais vers les 21 h 30. Et l’odeur du bois qui brûle dans les cheminées, qui sent la pollution dans les grandes villes, mais qui paraît tellement caractéristique dans les plus petits endroits.

Trouver de quoi casser la croûte à une heure aussi tardive, dans une agglomération où on relève vraisemblablement la couette plus tôt que tard, poserait quelques défis.

Puerto Varas est devenue une base pour le tourisme de plein air, pour gravir entre autres les volcans Osorno et Calbuco, qui se dévoilent à l’horizon seulement après avoir retiré leur pyjama de brouillard. On peut aussi taquiner le poisson, pratiquer des sports nautiques ou s’adonner à l’ornithologique.

Pour les paresseux comme moi, Puerto Varas, c’est une occasion de flâner… et de se délecter d’un déjeuner d’ogre dans un restaurant avec une vue sur le lac Llanquihue. On se le rappelle, au Chili, les portions de chaque plat suffisent généralement à nourrir deux personnes.

Ce qu’il y a de beau à casser la croûte en regardant le lac, c’est qu’on voit justement la brume du matin se dissiper. Mon amour inconditionnel des volcans aurait suffi pour que je me plante sur le rivage toute une journée durant pour regarder les montagnes au repos à l’horizon. Et il y a l’occasion de flâner jusqu’à la sculpture de la princesse Licarayen, qui tend les bras vers les volcans. Flâner aussi vers les restaurants aux saveurs locales ou sur la piste des bâtiments patrimoniaux, construits de bois.

Contrairement à d’autres villes touristiques du Chili, où tout a été pensé pour les voyageurs, là, à Puerto Varas, on sent qu’on s’immisce dans la vie locale, que les établissements sont bel et bien fréquentés par les Chiliens et on nous accueille comme des visiteurs plutôt que comme des portefeuilles à vider.

Et quand on a le temps, et les moyens de transport, on peut se permettre une petite tournée du lac. Dans un tel cas, il ne faut pas manquer Frutillar, où les bâtiments construits sur le rivage sont inspirés de l’architecture allemande. On y trouve d’ailleurs un musée de la colonisation allemande.

Son côté artistique est reconnu, si bien que son théâtre, construit au coût de 25 M$US, a suffi à attirer l’attention internationale. Le bâtiment moderne, et énorme, dans une communauté de 16 000 habitants, tranche dans le paysage.

Pour les dents sucrées, on m’a promis que c’est à Frutillar qu’on trouvait les meilleurs gâteaux de la région. Les nombreuses pâtisseries rivalisent pour attirer les touristes. Les gâteaux bien simples d’une vieille dame, seule pour gérer un café dans une rue en retrait, m’ont convaincu du charme du village. Les meilleures pâtisseries? Il m’en faudrait trois ou quatre autres parts avant de me prononcer.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

Le Bourlingueur

Jamais apprivoisé

CHRONIQUE / Jamais! Un mot comme une enclume qui nous cale les pieds dans un sable mouvant, incontestablement, un peu plus vers le fond au fur et à mesure qu’on allonge ses syllabes pourtant si courtes.

Jamais! Un mot comme un animal qui refuserait de se laisser apprivoiser, qui nous enfonce ses crocs dans la peau chaque fois qu’on allonge la main, un tambour qui résonne, lancinant, en écho, pour sonner une finalité, un mur qu’on frappe sans réaliser qu’on peut le contourner. 

Je réfléchissais au mot jamais. À son sens profond. Au deuil des endroits, des gens, des moments qui ne reviendront plus. J’y réfléchissais dans le contexte du voyage et de l’acceptation qui, avec l’âge, la sagesse peut-être, laisse planer une paix un peu plus grande que la fois d’avant, quand je rentre au bercail.

Jamais et la paix qui vient rarement avec, j’avais l’impression de les avoir emprisonnés un brin, au creux de ma main, et de les avoir secoués tellement fort qu’ils avaient commencé à s’entremêler.

Mais voilà que la nouvelle est tombée, par un après-midi de septembre, dans un message accompagnant une photo de deux complices joyeux sur mon fil Facebook. Joao est parti. 

Subitement.

Joao, c’est le gars qui dormait tellement fort, à l’accueil de son auberge de jeunesse de Sao Paulo, qu’il ne m’a pas entendu sonner, à mon arrivée au milieu de la nuit. C’est lui qui ronflait si paisiblement sur le canapé, quand une autre cliente m’a laissé entrer, que je n’ai pas osé le réveiller.

C’est son pote Felipe qui, au moment de prendre le quart du travail de la matinée, m’a accueilli et m’a conduit à ma chambre. L’auberge avait ouvert cinq jours plus tôt : un projet entre deux grands amis qui faisaient tout eux-mêmes, qui avaient décidé de passer plus de temps ensemble.

C’était il y a sept ans. J’avais salué Joao une ou deux fois par jour, sans plus. Mais nous sommes devenus amis sur Facebook. Nous nous sommes suivis, apparemment, à distance, sans jamais échanger un mot de plus. Quelque part, loin, loin dans un horizon trop loin pour qu’on imagine à quoi il pourrait ressembler, planait la promesse que nous nous reverrions peut-être. Que nous parlerions peut-être pour vrai, avec l’impression que nous nous connaissons. Mais il est parti, quelque part dans la trentaine.

Mon petit choc à moi n’a rien à voir avec celui des proches ayant perdu un des leurs. Mais il m’a rappelé que les gens, les lieux, les moments nous sont prêtés. Qu’on finira par croiser des gens de partout qui iront leur chemin et ne reviendront peut-être jamais vers le nôtre. 

Le bourlingueur

Passage éclair à Bâle

CHRONIQUE / Mauvaise idée. C’était l’expression qui me tournait en tête, vers les 21 h, dans le Grand-Bâle, où les rues quasi désertes s’enfonçaient dans une noirceur d’un silence troublant. Bâle, troisième ville la plus peuplée de Suisse, respire le calme à la tombée de la nuit.

« You know… That’s Basel », m’a répondu l’employée de l’hôtel quand je lui ai demandé si j’étais tombé sur une soirée d’exception. Apparemment pas. Mais, recommandait-elle, il fallait traverser le Rhin vers le Petit-Bâle pour profiter de l’animation nocturne.

Le bourlingueur

Les 300 ans du Liechtenstein

CHRONIQUE / Cinq ans! Cinq ans que je cassais les oreilles d’un ami européen avec mon envie de poser les pieds au Liechtenstein. Cinq ans que j’étais fasciné par ce petit pays enclavé entre l’Autriche et la Suisse. Le hasard faisant bien les choses, j’y passerais par le plus grand des hasards le jour où on soulignerait avec force son 300e anniversaire de création.

Non, mais les coïncidences font parfois bien les choses.

Le bourlingueur

Le clown géant du lac de Constance

CHRONIQUE / Le clown, c’est Rigoletto. Celui-là même de l’opéra de Verdi. Parce que c’était là le spectacle présenté pendant un mois sur la scène flottante du lac de Constance, à Brégence (Bregenz), en Autriche. Émergeant des eaux, au centre de la scène, une tête de bouffon mobile de 14 mètres de hauteur fait écarquiller les yeux bien avant le début du spectacle.

Les yeux du personnage, justement, s’ouvrent et bougent, comme sa bouche, d’où les chanteurs d’opéra interpréteront quelques chansons. De chaque côté du visage géant se trouvent deux énormes mains, capables de mouvements également, dont une tenant en sa paume une montgolfière qui cherche à s’envoler.

Bourlingueur

Voyager en ville

Dans l’ultime espoir de réaliser le palmarès des palmarès, un site internet demandait récemment à des voyageurs expérimentés de nommer leurs trois villes les plus intéressantes à visiter. Les destinations chouchous, urbaines assurément, qui pourraient faire partie d’une compilation des 50 cités à explorer dans sa vie.

Parmi les critères, les caractéristiques prévisibles : ambiance, architecture, modernité, patrimoine, alouette…

En me foutant de toute forme de grille d’évaluation, j’ai rapidement identifié mon numéro 1. Mais une partie de moi s’est demandé s’il fallait vraiment déchaîner les hordes de touristes dans ces endroits qu’on aime, au risque de les changer. Prague, en République tchèque, est qualifiée d’une des plus belles villes du monde. Elle perd néanmoins de son charme quand on a l’impression que tout est organisé pour le tourisme, quand tout autour de nous se met à nous ressembler.

Idem pour Dubrovnik, en Croatie, magnifique vue d’en haut comme d’en dedans. Pour éviter la strangulation par claustrophobie imposée, on s’aventure dans sa vieille ville en soirée, quand les passagers des bateaux de croisière sont partis et que ceux du lendemain sont encore en route. Zagreb, un peu moins jolie, est pourtant plus intéressante à mon avis.

Prague et Dubrovnik se fraieront certainement un chemin parmi les 50 premières positions des villes coup de cœur. Et je soupçonne Paris, Rome ou New York de convoiter le premier rang. Pas de bol pour ma sélection à moi, mon grand coup de cœur pour la capitale danoise : Copenhague.

La place énorme faite au vélo, l’architecture d’antan se mélangeant aux prouesses de l’urbanisme moderne, la beauté d’une ville bâtie au cours de l’eau… Dieu que je m’y suis attardé et que j’ai eu du mal à m’en séparer. J’arrivais dans la dispendieuse capitale en prévoyant n’y passer que deux jours, trois au plus. J’y suis resté collé toute une semaine. À quoi bon chercher ailleurs quand le cœur nous bat déjà beaucoup trop fort?

Et pour me rendre jaloux, on m’annonçait pas plus tard que la semaine dernière qu’Oslo et Hambourg se montraient encore plus belles. Alors très bien : n’envahissez pas trop le Danemark et cherchez plutôt à conquérir ses voisins. C’en fera plus pour moi.

Pour les deux autres marches du podium, j’ai hésité. Quito, en Équateur, m’avait fait le même effet que Copenhague. Elle m’avait hypnotisée au point de me détourner des îles Galapagos, raison principale de mon détour par l’Amérique du Sud. 

Du balcon de mon auberge, dans un quartier où il ne faisait pas bon sortir la nuit, on apercevait le volcan Pichincha au loin et les traces d’un marché de rue dans l’ombre que je projetais devant moi. L’âme de cette belle ville a enlacé la mienne. Son parc Itchimba, moins fréquenté des touristes, ou son musée de la Capilla del hombre, consacré à Guayasamin, m’ont littéralement retenu dans la capitale.

Valparaiso, au Chili, a usé de tactiques semblables pour me faire regretter de n’y avoir passé qu’une journée. La combinaison des collines et de la mer, peut-être, un peu comme à San Francisco, me réconforte. Ce sont les avantages de la montagne et du bord de l’eau à la fois. Ce sont les conditions, peut-être, qui alimentent la créativité d’artistes qui fleurissent dans ces belles villes.

Au risque de me perdre dans le champ gauche, j’ai néanmoins décerné la médaille d’argent à Santiago de Querétaro, au Mexique, dont je ne suis pas encore revenu depuis mon passage en février. Elle m’a fait fondre, littéralement, sous son chaud soleil de février, en même temps qu’elle cultivait le mystère en se voilant d’une extrême simplicité. 

Le Bourlingueur

Immersion dans les traditions innues

CHRONIQUE / En fin de journée, à marée basse, quand le vent s’essouffle, les conditions deviennent idéales pour la pêche au homard. Au large de l’île Apinipehekat, sur la Basse-Côte-Nord, les pêcheurs de la communauté innue d’Unamen Shipu pêchent encore de manière traditionnelle.

S’ils utilisaient autrefois des crochets pour hameçonner les crustacés, ils les récoltent désormais à l’épuisette. Le bateau pratiquement immobilisé en zone peu profonde, Stanley asperge les vaguelettes d’huile de maïs. La surface devient alors beaucoup plus claire, assure-t-il, ce qui permet d’apercevoir les bêtes cachées dans les algues ou autres végétaux sous-marins.

Tantôt on aperçoit une pince, tantôt une queue de homard. Si le crustacé paraît suffisamment gros pour être capturé, le pêcheur plonge son épuisette pour placer le filet derrière l’animal. C’est que le homard nage généralement à reculons. Mais attention. S’il sent le danger, il cherchera à se retourner pour partir dans une autre direction.

Un à un, les homards sont donc pris dans les filets. Les plus petits, de même que les femelles, sont remis à l’eau. Quand on aperçoit des œufs, quelle que soit la grosseur du homard, on lui rend sa liberté.

À Unamen Shipu, le homard est donc toujours frais. Et les pêcheurs, si on les laisse palabrer, raconteront des bobards comme tous les pêcheurs du monde. Le « menteur » du village jurait même avoir déjà pris un homard aussi grand que lui.

De retour au camp, sur l’île, une grande marmite est rapidement placée sur le feu pour préparer le souper.

Après notre copieux repas, ce soir-là, l’aîné Joséphis, 81 ans, s’est installé sur une chaise, dans une tente comme les Innus savent en monter en un peu moins de deux heures. Un tapis de sapinage couvrait le sol.

Joséphis a déballé son grand tambour. Vêtu de ses habits traditionnels, il a entonné, en langue innue, des chansons que lui ont inspirées ses rêves. Son Anastasia, 79 ans, s’est levée pour lancer la danse. Parce qu’une fois la prestation du musicien commencée, il est de tradition de danser.

Le Bourlingueur

L’infiniment grand des Innus en Basse-Côte-Nord

CHRONIQUE / Trois drapeaux claquent au vent. Dans le silence de l’aube déjà bien claire, l’air du bout du monde souffle en accéléré et siffle en envahissant les grands espaces à perte de vue. Quel que soit le moment du jour ou de la nuit, il laisse rarement tomber les drapeaux du Canada, du Québec, et de Tourisme Winipeukut nature, plantés sur l’île Apinipehekat (qui signifie « le passage étroit de l’est »), dans le golfe du Saint-Laurent.

Le vent et l’infiniment grand nous happent d’emblée sur cette île de la communauté innue d’Unamen Shipu, à l’est de Natashquan et de Kegaska, où s’arrête pour le moment la route 138. On se trouve alors à 400 km au nord-est de Sept-Îles. Sur les cartes, on verra aussi le nom de La Romaine, à ne pas confondre avec le barrage, qui désigne le secteur non autochtone de la communauté.

L’infiniment grand, c’est le lichen qui couvre les îles, la mer qui s’agite en même temps que le vent, les tentes innues dressées un peu à l’abri des éléments, à travers les épinettes, pour les moments de socialisation. C’est l’internet sans fil qui ne se rend pas, comme l’électricité qu’on produit à l’aide d’une génératrice pour la préparation des repas. 

L’infiniment grand, teinté de liberté et de calme, devient pourtant secondaire dans un trop court séjour d’immersion dans la culture innue. Les traditions et le savoir millénaires, de la cuisson du pain dans le sable à la pêche au homard à l’épuisette, touchent une corde sensible. Ils nous rebranchent avec nos racines trop profondément enfouies, avec la richesse des façons de faire des Premières Nations.

Tourisme Winepeukut nature a lancé cette année ce nouveau forfait de quatre jours et trois nuits qui comprend la traversée à bord du Bella-Desgagnés, à partir de Kegaska, l’hébergement en chalet et en tente traditionnelle et huit repas. Surtout, il s’agit d’une immersion incontournable dans la culture innue d’Unamen Shipu, qui, en langue innue, veut dire rivière et peinture, en référence à la peinture rouge qui devait protéger les canots des mauvais esprits. 

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L’indécence touristique

CHRONIQUE / « C’est permis de prendre des photos à Auschwitz? » Ça, c’est moi, quelques mois avant mon quart de siècle. À l’auberge de jeunesse de Cracovie, en face de la gare principale, j’avais posé la question à une voyageuse qui arrivait d’une tournée des camps de concentration.

La jeune touriste avait formulé l’évidence : les portraits étaient déconseillés. Par respect, on évitait de se mettre en valeur et de sourire sur les clichés croqués sur les lieux d’une tragédie, d’un génocide. L’évidence, que je croyais.

Le bourlingueur

Sur les dunes en planche à sable

CHRONIQUE /«Et maintenant, vous vous levez et vous descendez la dune », a lancé l’instructeur de planche à neige (à sable), à San Pedro de Atacama, au Chili. Les touristes inexpérimentés, les pieds contraints par les fixations, regardaient avec scepticisme la dénivellation un tantinet vertigineuse. Personne ne se portait volontaire pour se lancer en premier.

L’activité est populaire dans les déserts d’Amérique du Sud. En planche à neige ou en toboggan, on dévale les dunes de sable sous un soleil de plomb. Souvent, c’est de l’expérience de Huacachina, au Pérou, qu’on entend le plus parler. N’ayant pas fait d’arrêt dans le désert au Pérou, cette activité me fascinait toujours.

Le bourlingueur

Chocolat, mole et alcool à 45 %

CHRONIQUE / Si la séduction passe parfois par le ventre, Puerto Vallarta utilise généreusement ses atouts en mettant en valeur la cuisine mexicaine. Dents sucrées, amateurs de saveurs exotiques et fêtards y trouveront tous de quoi combler leur petit creux.

La cuisine mexicaine n’est pas classée au patrimoine mondial de l’UNESCO pour rien. Elle est variée, goûteuse et parfois plus complexe qu’elle n’en a l’air.

Le bourlingueur

Tacos, tacos… tacos

CHRONIQUE / Le mythe et les stéréotypes se déconstruisent peu à peu. L’image d’un Mexique touristique exclusif aux tout-inclus tombe de plus en plus avec chaque visite au sud du mur de Donald Trump. Après les Cancun et Playa del Carmen, sur les plages d’un autre océan, à Puerto Vallarta, je me suis lancé à l’assaut d’une ville qui ne se limite pas qu’au yoga en piscine et au service aux chambres 24 h par jour.

Puerto Vallarta, qui compte environ 200 000 habitants, est située au nord de l’État de Jalisco. Desservie par un petit aéroport international, elle attire notamment une clientèle âgée qui souhaite se prélasser sous le soleil. Elle est aussi la première destination gaie au Mexique, le fruit d’une décision de marketing qui visait à empocher les économies d’une clientèle réputée pour être à l’aise financièrement. Les drapeaux multicolores flottent d’ailleurs partout dans la Zona Romantica, le quartier au sud du centre-ville.

Voyages

Le charme discret de Chiloé

CHRONIQUE / Chiloé, cette île de la côte ouest du Chili, est un peu la petite sœur discrète qu’on ne remarque pas devant les prouesses des autres enfants. Entre les montagnes de Patagonie, le désert d’Atacama, les lacs de la région du même nom et les vignobles qui s’étendent entre Santiago et Valparaiso, Chiloé peut paraître bien pâle.

Contrairement aux autres régions du pays, là, il faut remplir ses bagages de temps et disposer d’une voiture. Si on veut tâter le pouls de cette île de pêcheurs, on peut difficilement accepter d’être à la merci des horaires de bus, qui relieront néanmoins la grande ville de Castro et d’autres agglomérations d’importance, comme Ancud et Quemchi.

Le bourlingueur

Une nuit à Wadi Rum

CHRONIQUE / La Jordanie s’était imposée par hasard, en escale entre l’Asie et l’Europe. Les Émirats arabes unis, Dubaï en l’occurrence, avaient davantage piqué ma curiosité. Mais cette année-là, les Canadiens devaient vider leur portefeuille pour payer le visa qui donnait le droit d’entrer au pays.

Ce serait donc la Jordanie et sa cité mythique de Pétra, dont je ne connaissais presque rien. Déjà, à l’aéroport d’Amman, le chauffeur de taxi, qui s’était arrêté en cours de route pour faire monter un de ses amis à qui il n’a rien chargé, m’a presque forcé à me diriger directement à Pétra. Bonne idée, oui, de faire plus de 200 kilomètres avec le compteur du taxi qui tourne…

Le Bourlingueur

Valparaiso, ville de chaos artistique

Valparaiso tardait à se tirer du lit. Comme tous les matins, paraît-il. La ville aux 42 collines, sur la côte ouest du Chili, se lève bien à l’heure qui lui convient, laissant ses rues relativement désertes jusqu’au milieu de l’avant-midi.

À moins de deux heures de route de la capitale, Santiago, Valparaiso constitue une option populaire pour les allers-retours d’une journée quand on est pressé. Mais il y a fort à parier que la ville portuaire aux accents artistiques marqués convainc la plupart de ses visiteurs qu’ils auraient eu besoin d’au moins une journée de plus pour la découvrir vraiment.

Valparaiso, c’est un léger chaos. Le marché de fruits et de légumes qui débordait dans les rues, le jour de mon arrivée, paraissait désorganisé. Il n’était pas encore achalandé et on n’y voyait que les gens de la rue, réveillés par le barda, qui y trouvaient de quoi briser le jeûne des heures précédentes.

Alors que j’étais en route pour la Plaza Anibal Pinto, les grands boulevards ne voyaient marcher que quelques piétons qui donnaient l’impression d’être égarés. Les façades placardées, couvertes de graffitis, donnent un aspect négligé à la ville. Là, on ne trouve pas le même standard de propreté qu’à Santiago.

Valparaiso, c’est comme une vieille tante ou un vieil oncle qui vous accueille à midi, un vieux pyjama sur le dos et la coiffure encore ébouriffée par l’oreiller. Un peu négligée, elle se montre néanmoins franchement sympathique. 

Le plaisir à Valparaiso, il vient à se promener au hasard des rues qui partent dans toutes les directions, qui grimpent tantôt la colline Concepcion, qui bifurquent tantôt pour nous ramener à notre point d’origine. D’un monticule à l’autre, on découvre des escaliers, des ruelles étroites, pour la plupart peintes ou couvertes de graffitis, ou encore des funiculaires un tantinet âgés. 

Ces funiculaires, autrefois au nombre de 30, font partie des raisons pour lesquelles le quartier historique est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. On en trouve aujourd’hui moins d’une dizaine encore en fonction. Le droit de passage y est très bas, environ 25 sous, et permet parfois d’économiser un peu d’énergie pour les longues marches à venir.

Le bourlingueur

Sur le flanc du volcan Villarrica

CHRONIQUE / L’autobus avait quitté Santiago, la capitale du Chili, en même temps que le jour finissait de s’effacer sous un ciel obscur. Il s’était immobilisé, les vitres couvertes des gouttelettes de condensation, presque neuf heures plus tard, à environ 800 kilomètres de là, dans la petite ville de Pucón.

Le ciel, à Pucón, était encore nimbé de sa rosée du matin. C’était l’heure où l’humidité et les rayons neufs du soleil nous dardent avec la même force. Les volutes s’échappant des cheminées faiblissaient à vue d’œil laissant dans le fond de l’air frais un subtil arôme boisé.

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Craquer pour le Chili

CHRONIQUE / «Ça faisait longtemps que vous vouliez aller au Chili? » a demandé le douanier, suspicieux. « Non pas particulièrement », que je lui ai répondu au retour à Montréal.

De toute évidence, annoncer qu’on revient du longiligne pays d’Amérique du Sud soulève des soupçons à l’aéroport. Et s’il est vrai qu’à mes yeux, le Chili présentait au départ un attrait moins grand que ses voisins, comme le Pérou, la Bolivie ou l’Argentine, j’ai découvert un pays de nature beaucoup plus intéressant que je ne le croyais.

C’est peut-être parce que le Chili fait moins les manchettes. Du Brésil, on connaît le Carnaval de Rio et l’Amazonie. De l’Argentine, Buenos Aires est célèbre, comme l’est le Machu Picchu au Pérou ou le désert de sel d’Uyuni en Bolivie. Du Chili, on retient peut-être la très isolée île de Pâques, ou plus probablement… de nombreux tremblements de terre.

Comme sa voisine l’Argentine, le Chili n’est pas particulièrement à l’image du reste de l’Amérique du Sud. Les airs y sont plutôt européens. Les prix aussi. Pas étonnant que les voyageurs du sac à dos, qui font un grand tour du continent en comptant les sous, ou les pesos, aient tendance à éviter de s’aventurer trop loin au sud-ouest. Ceux qui le font ne fréquentent pas les restaurants. Ils ne peuvent, non plus, aspirer à traverser les 4300 km, du nord au sud, entre le Pérou et le cap Horn, à moins d’y aller par petites bouchées, avec beaucoup de temps.

Il reste que le transport est particulièrement bien organisé pour franchir les parallèles. Les vols intérieurs permettent d’atteindre la Patagonie ou le désert d’Atacama sans difficulté. C’est sans compter les autobus, munis d’énormes fauteuils qui, parfois, se transforment en lits, et qui arpentent les routes jour et nuit pour parcourir d’énormes distances. Confortables, ils coûtent moins cher que l’avion, sont moins polluants, et permettent d’économiser une nuit à l’hôtel.

On dit de Santiago, la capitale, qu’elle n’a rien de bien charmant. Pourtant j’ai eu envie de m’y attarder… ce que je n’ai pas fait. J’ai plutôt voulu voir les routes de bitume, celles de gravier et de sable aussi, qui relient les grandes villes et les villages éloignés. J’ai voulu voir l’aridité du nord, l’altitude des montagnes et des volcans à la rencontre de deux plaques tectoniques. J’ai voulu voir les villages de pêcheurs, où les prises sont toujours fraîches. 

Le Chili, c’est vouloir jouer dehors tout le temps. C’est se féliciter d’avoir accroché ses bottes de randonnée au sac à dos. Parce qu’on voudra galoper jusqu’au Pacifique pour regarder les vagues se briser sur les rochers. Parce qu’on voudra grimper les sommets enneigés à 5000 mètres si nos poumons finissent par s’adapter à l’altitude. Parce que marcher, marcher, marcher dans les rues des grandes villes sans vouloir s’arrêter, c’est un peu comme randonner. Et parce qu’il faudra bien dépenser toutes ces calories qu’on ne pourra s’empêcher d’engloutir en trop grande quantité. 

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Le calme de Bundi

CHRONIQUE / Il y a parfois ces petites surprises qu’on n’attendait plus. Ces doutes qu’on n’avait pas raison d’entretenir et qu’on regrette un peu au bout du compte. En Inde, la plus belle surprise est venue d’une petite ville appelée Bundi, quelque part au sud-ouest de Delhi.

J’ai beau frôler compter plus d’une soixantaine de pays au compteur, je ne retiens toujours pas, d’une fois à l’autre, que je préfère le charme des petites villes moins touristiques. J’aime voir les gens, leur parler, faire partie de leur quotidien. Ça me change des temples, des musées, des circuits qui nous mènent un peu toujours aux mêmes endroits plus ou moins mémorables.

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Les macaques de Gibraltar

CHRONIQUE / Des singes à l’état sauvage en Europe! Il n’y a qu’un seul endroit pour en admirer, voire en côtoyer de très près : Gibraltar. La petite péninsule anglaise, au sud de l’Espagne, comporte bien d’autres surprises.

Je l’avoue d’emblée, je ne me serais probablement pas donné autant de mal pour visiter Gibraltar si ce territoire d’environ sept kilomètres carrés avait appartenu à l’Espagne. Il y a quelque chose de particulier à l’idée de traverser tout un territoire à pied en une seule journée.

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Ballet et balade nautique à Mexico

CHRONIQUE / Retenir son souffle. C’est toujours un peu ce qu’on fait en achetant des billets pour un spectacle à l’étranger. Vouloir un aperçu d’une culture qui nous fascine peut se transformer en interminable soirée de performances amateures. C’est l’expérience qui parle. Mais dans la ville de Mexico, il n’y a rien à craindre.

Le ballet folklorique de Mexico a beau être présenté dans le célèbre Palais des beaux-arts (Palacio Bellas Artes), qu’on surnomme à juste titre la cathédrale des arts de Mexico, mais il y a ce je-ne-sais-quoi à propos du mot folklorique qui sème un léger doute. C’est que je m’imagine des artistes un peu blasés, se produisant soir après soir pour des touristes qui applaudiraient n’importe quoi.

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Jouer les Colombo au Sri Lanka

CHRONIQUE / «Quand j’ai sorti la photo, l’homme avait l’air de se demander d’où ça venait. Il nous a rapidement invités à rentrer chez lui et à rencontrer sa famille », dit Daniel Richard de North Hatley.

La photo, c’est celle que j’avais prise en 2015 avec Gamini et sa famille, à Ella au Sri Lanka. Quatre ans plus tard, presque jour pour jour, Daniel Richard et sa conjointe Diane Perras, véritables Colombo, ont relevé le défi de retrouver la maison de ces villageois, en bordure d’une voie ferrée, pour leur offrir un cadeau qu’ils n’attendaient certainement pas.

Le bourlingueur

Genève cosmopolite

CHRONIQUE / «Ça fait du bien d’entendre parler français! » avait-elle dit. Elle, c’était la femme assise à côté de moi dans le train Zurich-Genève, en Suisse. Mini choc culturel.

Probablement comme tout le monde qui s’attend à ce que le Canada soit bilingue d’un océan à l’autre, j’avais cru que le français était plutôt répandu en Suisse. Même si on ne me parlait qu’en allemand à Zurich, j’étais resté sous une fausse impression. En même temps, je me rassurais de constater que je me dirigeais vers une ville où j’arriverais à me faire comprendre la plupart du temps.

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Des momies et des troubadours

CHRONIQUE / Guanajuato, capitale de l’État du même nom au Mexique, sourit aux visiteurs avec ses couleurs vives et son immense basilique au creux des montagnes. La Basilica de Nuestra Señora de Guanajuato, rayonnante d’ocre et de rouge, peut être aperçue dans toute la vieille ville. Pareil pour l’université, avec son imposant escalier qui offre un point de vue pas mal du tout. Guanajuato est festive, avec ses mariachis qui chantent à tue-tête au Jardin de la Union, devant le grandiose Teatro Juárez, là où tous les arbres ont été émondés pour que leur feuillage prenne une forme carrée. On y trouve le musée de Don Quichotte, celui de Diego Rivera, et des dizaines d’ateliers d’artistes où se traîner les pieds. Pour peu qu’on aime l’art un brin, on espionne plus ou moins discrètement dans les fenêtres donnant sur les ruelles en espérant y trouver un repère artistique où s’engouffrer.

Guanajuato, c’est le meilleur repas que j’ai mangé dans tout le Mexique, sans exagération. Quand on retient un point d’exclamation pour chaque bouchée, ou pire, qu’on le laisse échapper, c’est qu’on a la papille contente. Chez Maztito, un restaurant familial, on restera marqué par le suprême de poulet au miel d’agave, à la poire cactus et aux arachides. Réserver est prudent et préférable.

Les gourmands romantiques voudront peut-être s’arrêter au Santo Café pour le petit-déjeuner. On préfèrera une des deux tables sur un pont enjambant une rue piétonne. 

Point de vue romantisme, la callejón del Beso (l’allée du Baiser) libère le Roméo ou la Juliette chez les touristes les plus sensibles (moyennant quelques pesos). L’allée la plus étroite de tout Guanajuato est surplombée par deux balcons qui se touchent presque. Eh oui, à la Roméo et Juliette, un couple dont l’amour était interdit utilisait ce stratagème pour nouer leurs lèvres le moins discrètement du monde. Fin tragique à prévoir.

Au hasard des rues de la vieille ville, on tombe forcément sur des musées d’art qui émoustillent l’œil. Le classique et le contemporain accessible se côtoient.

Ce qui relève moins du hasard et qui émoustille moins l’œil, c’est l’étrange Musée des momies. Suffit de prononcer Guanajuato pour qu’on vous demande si vous irez voir les momies. Le musée un peu lugubre, à longue distance de marche du cœur du vieux Guanajuato, relève de la curiosité. C’est qu’il semble plutôt désert et délaissé pour une attraction qu’on mousse sans ménagement.

Là, pas de trucages d’Halloween. Avant de voir la centaine de corps exposés derrière des vitrines, une vidéo explique la provenance des momies. Elles ont été retirées de leur crypte pour faire de la place dans le cimetière, principalement parce que la parenté des défunts avait cessé de payer pour le lot de l’enterrement. Plutôt que de trouver des squelettes comme elles s’y attendaient, les autorités ont plutôt découvert des corps momifiés.

On présume que les défunts sont morts dans les années 1830 lors d’une épidémie de choléra et exhumées une trentaine d’années plus tard. Tant des bébés que des adultes ont trouvé leur place dans cet étrange musée. Un fœtus momifié est même qualifié de plus petite momie du monde sur le panneau descriptif qui l’accompagne. Dans une autre pièce, on émet l’hypothèse qu’une femme a été enterrée vivante.

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Un amour de daïkon

CHRONIQUE / Une fois, en arpentant les allées de mon épicerie, j’ai pris une chance de déposer un daïkon dans mon panier. Jamais auparavant je n’avais goûté ce radis blanc, que certains appellent radis d’hiver ou radis japonais. Son goût très prononcé ne m’avait pas convaincu.

À Tokyo, au Japon, le restaurant Kameido Masumoto a réhabilité le daïkon, plus précisément une variété rare, le daïkon kameido, qui a presque disparu des tablettes des épiciers. Autrefois très populaire, ce légume-racine se vend maintenant à gros prix en raison de sa rareté.

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L’importance historique de Santiago de Querétaro

CHRONIQUE / Le site de Booking.com laissait entendre que ce serait la folie furieuse, qu’il serait difficile de trouver où loger à Santiago de Querétaro (Querétaro pour les intimes), en plein cœur du Mexique. À voir les rues piétonnes de la vieille ville grouiller de badauds à la recherche d’aubaines, j’ai cru qu’il s’agirait d’une autre de ces villes artificielles où les touristes ont pris le dessus sur la population locale.

La voiture s’est garée dans une petite rue à sens unique, entre deux rangées de bâtiments coloniaux colorés. Des fanions mexicains aux couleurs vives étaient suspendus entre les toits. Là, l’agitation du centre-ville, pourtant à cinq minutes de marche, laissait place au calme plat.

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Visiter les pyramides... la nuit

CHRONIQUE / Les sites mythiques, la nuit, s’enrobent d’une atmosphère magique. En pleine obscurité, les bruits paraissent exacerbés. Les foules, souvent moins denses, se montrent parfois plus silencieuses. Et le mercure qui chute nous force parfois à nous emmailloter confortablement.

Tout petit, j’avais été impressionné par les puissantes chutes de Niagara. Dans cet ancien temps pas si lointain, la ville ontarienne n’avait pas encore vu pousser tous ses casinos et ses commerces d’amusement.

Au motel où il était de tradition de passer la nuit, j’avais enfilé mon pyjama en attendant que le ciel se peigne au fusain. À l’approche de l’heure du dodo, j’étais particulièrement impatient de revoir les chutes, éclairées de faisceaux colorés. Des feux d’artifice avaient même couronné la soirée. J’observais les trombes d’eau avec un œil différent, émerveillé.

Comme quoi il y a quelque chose de marquant avec la nuit.

Ainsi ai-je abordé, avec la même fébrilité, la découverte de deux des sites archéologiques les plus connus du Mexique. À la tombée du jour, à Teotihuacan et à Chichén Itzá, on propose un spectacle sons et projections sur les grandes pyramides. Les deux sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO se drapent ainsi d’une touche de modernité tous les soirs. 

Le site de Teotihuacan, à environ une heure de la ville de Mexico, est l’une des destinations les plus visitées près de la capitale. Si la cité a déjà couvert plus de 20 kilomètres carrés, on n’en visite aujourd’hui que deux kilomètres carrés. 

Choisir le spectacle de projections peut entraîner quelques problèmes de logistique. Le site ferme ses portes vers 17 h et ne laisse entrer les noctambules qu’à la tombée de la nuit. Il faudra donc trouver de quoi s’occuper si on a passé une partie de la journée sur le site. Pour les autres, comme moi, qui n’ont pu admirer la pyramide du Soleil sous l’astre du même nom, il faut se résigner à ne voir qu’une partie des vestiges.

C’est qu’on ne nous laisse pas de temps libre pour explorer, même si les deux structures les plus importantes sont couvertes par la visite. 

La foule est divisée en petits groupes et chacun se voit remettre un iPod et des écouteurs. L’histoire du site, dans un vocabulaire un peu technique à l’occasion, nous est racontée en plusieurs langues, si bien que le spectacle s’adresse à toutes les clientèles. 

On marche à un rythme soutenu sur la calzada de los Muertos (l’allée des Morts), qui était autrefois entourée de palais. Elle mène à la pyramide de la Lune. La promenade est ponctuée de dix arrêts historiques où notre imagination est mise à profit pour figurer l’allure des bâtiments autrefois érigés à ces endroits.

De retour devant la pyramide du Soleil, on nous fournit des coussins pour que nous puissions nous installer à même les escaliers faisant face à la grande structure. Une fois tout le monde bien calé dans son coussin, on synchronise tous les iPod avec la bande sonore du spectacle. Et c’est parti.

Dans le style du mapping, que l’on peut voir sur des grands bâtiments historiques partout dans le monde, on nous raconte l’histoire de Teotihuacan. Avec narration dans la langue de votre choix, s’il vous plaît.

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Playa del Carmen pour la première fois

CHRONIQUE / Playa del Carmen dort peu, ce qui n’est pas nécessairement si clair que ça quand on y arrive en début de nuit et qu’on évite sa 5e Avenue, LA rue commerciale fréquentée par tous les touristes.

Le bus arrivant de l’aéroport de Cancún s’est immobilisé au terminus aux environs de minuit. Dans le porte-bagages, j’emmagasinais mes idées préconçues : Playa del Carmen, c’était certainement une ville bondée de touristes où la culture mexicaine avait été évincée. Playa del Carmen, où je passerais quatre jours en attendant le mariage de mes amis Dalia et Christophe, m’ennuyait déjà.

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Refuser de sombrer

CHRONIQUE / C’est qu’ils ne nous donnent pas le droit, les gens, d’être déçu de rentrer de l’étranger. #lesgens. Parce qu’ils étaient tout bonnement à la maison pendant qu’on apprenait à prononcer « moussaka », nous, il faudrait qu’on rayonne de bonheur 24 h/24.

Quand on y pense, la nature humaine nous pousse à juger de ce que les autres ont le droit de ressentir. Les gens beaux n’ont pas le droit de se sentir moches. Les enfants qui réussissent bien n’ont pas le droit de stresser avant, pendant ou après un examen. Ceux qui dépriment n’ont aucun droit d’être triste si on juge qu’ils ont quoi que ce soit de plus que nous.

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Le Cupidon de Valladolid

CHRONIQUE / Les rayons du soleil me dardaient le visage à travers une fenêtre sans rideaux. Le matin s’était installé depuis une heure ou deux, à Rio de Janeiro, quand le réveil s’est imposé.

J’ai descendu les escaliers de l’auberge, un bout de rêve encore collé derrière les yeux, quand je l’ai vue passer la porte. Je me souviens avoir été impressionné, gêné un peu aussi, qu’elle ait déjà terminé son jogging matinal alors que mon pied gauche dormait encore quelque part à l’étage.

Sociable mais indépendante, Dalia essaimait les conversations avec les voyageurs présents ce jour-là. J’ai remarqué sa grande intelligence et son côté taquin à la fois. Elle m’a raconté un peu son Mexique natal avant de prendre la route pour Sao Paulo. Elle m’a promis de me refiler les bonnes adresses qu’elle y trouverait.

À Sao Paulo, où j’étais arrivé en pleine nuit, le propriétaire de l’auberge dormait beaucoup trop dur pour entendre la sonnette de la porte. Prisonnier du grand air, prenant mon mal en patience dans la nuit noire, je m’étais adossé contre la porte verrouillée. Par le plus grand des hasards, c’est Dalia qui m’a ouvert en rentrant d’une soirée qui s’était prolongée.

Nous nous sommes croisés à quelques occasions dans les jours qui ont suivi, si bien que nous nous sommes promis de garder contact.

Trois ans plus tard, une pause soleil s’imposait dans un automne qui se prolongeait. Cuba? Guatemala? Pourquoi pas le Mexique?, m’a suggéré Dalia. Établie à Mexico, elle n’avait jamais mis les pieds dans le Yucatan. Si je répondais à l’appel de Chichén Itzá, elle m’y rejoindrait assurément. 

Ainsi avions-nous rendez-vous à Valladolid, magnifique ville coloniale à moins de deux heures de Cancún. L’auberge de jeunesse était dotée d’un grand jardin et donnait sur une place publique où les groupes de musique et de danse venaient répéter.

Je farfouillais dans mes bagages, la porte de ma chambre entrouverte, quand j’ai entendu parler français. Au téléphone, l’homme confiait sa solitude à son interlocuteur. Si l’occasion se présentait, plus tard, je me promettais de lui faire la conversation.

Mais voilà, mon amie est apparue à travers les feuillages du jardin. Pour célébrer les retrouvailles, nous avons pris le bus vers Ek Balam, un site archéologique maya au nord de la ville. Le pépin, c’est que pour rentrer, le bus ne semblait pas vouloir se pointer. Nous avons attendu et attendu, dans le stationnement, sans le moindre signe d’un transport en commun.

Le Français, seul à bord d’une voiture, est apparu pendant que nous jouions à cache-cache avec l’ennui. Dalia et moi avons pensé la même chose. Tentés de lui demander son aide, nous nous sommes retenus en constatant qu’il venait tout juste d’arriver et qu’il nous faudrait encore patienter avant qu’il soit prêt à partir.

Deux matins plus tard s’est présentée la première occasion de mélanger les accents français, québécois et mexicain. Valladolid constitue un arrêt logique sur la route vers Chichén Itzá, d’où plusieurs poursuivent vers Mérida. Les autres reviennent vers Cancún à la fin de la journée. Toujours est-il qu’il faut être prévoyant pour obtenir sa place dans un des bus qui roulent vers l’ouest parce que la demande est forte.

Au petit-déjeuner, un voyageur allemand a lancé la question : « Quels sont vos plans pour aujourd’hui? » Chichén Itzá, a répondu la France. Nous aussi, ont ajouté l’Allemagne et le Mexique. Comble du hasard, tous devaient passer la nuit à Mérida.

Christophe, seul à bord de sa bagnole louée, venait de se trouver trois compagnons de route prêts à diviser le coût du voyage.

Comme à la petite école, chacun a choisi son siège et a gardé sa place pour tout le trajet. Dalia avait hérité du fauteuil à l’avant. Quand nous nous immobilisions un contrôle routier, elle était la seule à bien savoir converser avec les gendarmes qui s’inquiétaient de la voir seule avec trois étrangers.

Les liens d’amitié se sont noués. Après la première nuit, nous avons tous déménagé au même hôtel. Le périple d’une journée s’est étiré. Ensemble, nous avons aussi visité Celestun. Puis Campeche. C’est là que le quatuor est devenu trio.

Enfin, parce que le plan initial prévoyait que je rentrais à Mexico avec mon amie, notre conducteur désigné nous a déposés à l’aéroport. Christophe aussi se rendrait dans la capitale. Mais il devait d’abord rapporter sa bagnole à Cancún.

Les adieux sont toujours déchirants. Entre Christophe et Dalia, pourtant, l’au revoir semblait moins singulier. Les yeux humides trahissaient plus que de l’amitié. Lui, comme au premier jour à Valladolid, retrouvait le poids de sa solitude.

En arrivant à Mexico, à sa mère venue nous accueillir, Dalia a lancé : « Il faut que j’apprenne le français. »

Comme prévu, Christophe s’est retrouvé à Mexico plusieurs jours plus tard. Il a retrouvé Dalia aussi. Ils se sont promis de garder le contact.

Faisant mentir les pronostics, ils ont fait les allers-retours entre le Mexique et la France plusieurs fois depuis trois ans. Aujourd’hui, sur une plage de Cancún, ils se diront officiellement oui. Comme au premier jour, à Valladolid, j’y serai un témoin privilégié.

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Des envies de Jacmel... et de son carnaval

CHRONIQUE / Y’a pas que Québec qui dépoussière son carnaval, une fois l’an, au mois de février. À Jacmel, en Haïti, on profite aussi du mois le plus court de l’année pour célébrer. Dans la Perle des Antilles, l’événement est une fierté qui allume systématiquement de grandes lanternes dans les yeux de ceux qui nous en parlent. Tous les Haïtiens sauront vous convaincre qu’il faut ajouter cet événement à votre liste de vie (bucket list).

À tout le moins, depuis à peu près la troisième heure en terre haïtienne, l’an dernier, je sais que je dois y retourner en période de carnaval. La parade, la danse, les personnages en papier mâché, la musique festive, on nous promet une fiesta endiablée chaque année. Et apparemment, c’est à Jacmel qu’il faut se trouver.