Ce lac du village amérindien Amishk s’est formé en grande partie en raison de barrages de castors.

La banique au coin du feu

CHRONIQUE / Tout le monde affichait le plus grand sérieux du monde, son bâton à la main, bien penché au-dessus du feu. Personne ne voulait risquer de flamber son petit bout de banique qui cuisait lentement au-dessus du feu de camp.

Jonathan Whiteduck, alias Johnny, né d’un père algonquin et d’une mère américaine, félicitait les campeurs de fortune quand le petit bout de pâte était prêt à craquer sous leurs dents. Passant un pot de sirop d’érable tout ce qu’il y a de plus local, il nous offrait un petit délice éphémère, mais tout simple à reproduire.

C’était sans compter les maïs frais, eux aussi cuits sur une grille directement au-dessus des flammes.

Le feu, il l’avait allumé en moins de deux dans un espace découvert du site Amishk, un village touristique amérindien de deux kilomètres carrés situé dans le parc régional de Montcalm, à proximité de Saint-Calixte. Le jeune homme, mi-vingtaine, débrouillard comme dix, capable de trapper, chanter, cuisiner, nous y ramènerait en soirée pour nous initier à la musique et à la danse traditionnelles.

Bien repus d’une soupe au bouillon de lièvre, d’un cipaille et d’un gâteau à la crème et thé des bois, enveloppés par la noirceur, nous avons repris notre place autour du feu. Les étincelles mêlées à la fumée cherchaient à rejoindre un ciel dont la noirceur n’était troublée que par la lune et les étoiles. À travers les crépitements, on percevait le chant d’un ouaouaron, mugissant comme un bœuf, qui n’entendait pas à dormir. 

Dans un bol, Johnny a mélangé quatre plantes différentes qu’il a fait brûler pour entamer la purification. Chacun leur tour, les invités ont couvert leurs cheveux de la fumée purificatrice, puis ont entraîné les volutes vers leurs yeux, leur bouche, leurs oreilles et leur cœur.

Une fois le processus terminé, plus fort que le ouaouaron, Johnny s’est mis à chanter, gorge déployée, en tapant la peau bien tendue d’un tambour traditionnel. Sa voix se répercutait dans l’écho de la forêt et du lac créé par une famille de castors. On a beau ne rien comprendre à l’algonquin, ça touche une corde sensible.

Pour la nuit, j’ai testé pour la toute première fois le tipi traditionnel. En dehors des canicules, un trou permet d’entretenir un feu au milieu de la tente. Dans mon sac de couchage, sur un matelas posé sur un lit de sapin qui chasse les mouches (et de la mouche, il y en a dans le coin), j’étais loin d’avoir besoin d’une flamme supplémentaire. À part un sol un tantinet dénivelé, en vérité, la nuit en tipi, c’est la grande classe.

Pour les autres, il y avait les tentes prospecteurs avec de grands lits. Mais pas de branches de sapin.

Chez Amishk, bien qu’on ne soit pas plongé dans une réelle réserve amérindienne, tous les guides et animateurs sont issus des Premières Nations. On est aussi forcé de reprendre contact avec la nature. Déjà, du stationnement, on s’enfonce profondément dans la forêt en véhicule tout-terrain. Du pavillon d’accueil, où un canot d’écorce de bouleau est accroché, on accède facilement au lac où, justement, on peut tester ses talents de pagayeur sur le lac.

Ledit lac, qui est en fait une partie de la forêt qui a été inondée, doit sa taille au barrage des castors. Les troncs d’arbre y sont légion, mais le paysage n’en est que plus magnifique. Les plus patients peuvent aussi tenter d’y pêcher.

Jonathan Whiteduck, alias Johnny, n’a que la mi-vingtaine. Il en connaît pourtant tout un lot sur la nature qui l’entoure.

Johnny, en plus de manœuvrer le canot, en sait long comme ça sur les castors. Il déniche entre autres des troncs d’arbre qu’ils ont grignotés. 

À pied, dans la forêt, il sait nous mener à une autre famille de castors pas farouche du tout et nous offre l’interprétation des plantes et de leurs vertus médicinales. À part les mouches, c’est tout à fait intéressant.

Comme introduction à une culture qu’on connaît encore trop peu, c’est d’une simplicité désarmante. Mais il est vrai que j’avais à tort l’impression que le tourisme autochtone s’adressait principalement aux Européens à la recherche du folklore canadien. Dans ce sens, on ne s’étonnera pas que 95 % des visiteurs d’Amishk proviennent de l’extérieur du Canada. Une majorité des touristes étrangers arrivent de France. Ils sont six fois plus nombreux que les Belges et les Suisses. Même les Allemands, les Anglais et les Américains viennent dans une proportion semblable à celle des Québécois. Des fois, on aurait intérêt à regarder ce qui se fait dans notre cour.

Si Amishk en est à sa deuxième année, il subira encore quelques changements, notamment l’aménagement d’un site de pow-wow et un site de tir à l’arc pour les enfants.

Mine de rien, maintenant, y’a des jours où j’ai envie de banique au coin d’un feu.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

Le journaliste était l’invité d’Amishk.