Ces troubadours accompagnent les touristes lors d’une callejoneada, une tournée de ville à pied, en musique et en légendes.

Des momies et des troubadours

CHRONIQUE / Guanajuato, capitale de l’État du même nom au Mexique, sourit aux visiteurs avec ses couleurs vives et son immense basilique au creux des montagnes. La Basilica de Nuestra Señora de Guanajuato, rayonnante d’ocre et de rouge, peut être aperçue dans toute la vieille ville. Pareil pour l’université, avec son imposant escalier qui offre un point de vue pas mal du tout. Guanajuato est festive, avec ses mariachis qui chantent à tue-tête au Jardin de la Union, devant le grandiose Teatro Juárez, là où tous les arbres ont été émondés pour que leur feuillage prenne une forme carrée. On y trouve le musée de Don Quichotte, celui de Diego Rivera, et des dizaines d’ateliers d’artistes où se traîner les pieds. Pour peu qu’on aime l’art un brin, on espionne plus ou moins discrètement dans les fenêtres donnant sur les ruelles en espérant y trouver un repère artistique où s’engouffrer.

Guanajuato, c’est le meilleur repas que j’ai mangé dans tout le Mexique, sans exagération. Quand on retient un point d’exclamation pour chaque bouchée, ou pire, qu’on le laisse échapper, c’est qu’on a la papille contente. Chez Maztito, un restaurant familial, on restera marqué par le suprême de poulet au miel d’agave, à la poire cactus et aux arachides. Réserver est prudent et préférable.

Les gourmands romantiques voudront peut-être s’arrêter au Santo Café pour le petit-déjeuner. On préfèrera une des deux tables sur un pont enjambant une rue piétonne. 

Point de vue romantisme, la callejón del Beso (l’allée du Baiser) libère le Roméo ou la Juliette chez les touristes les plus sensibles (moyennant quelques pesos). L’allée la plus étroite de tout Guanajuato est surplombée par deux balcons qui se touchent presque. Eh oui, à la Roméo et Juliette, un couple dont l’amour était interdit utilisait ce stratagème pour nouer leurs lèvres le moins discrètement du monde. Fin tragique à prévoir.

Au hasard des rues de la vieille ville, on tombe forcément sur des musées d’art qui émoustillent l’œil. Le classique et le contemporain accessible se côtoient.

Ce qui relève moins du hasard et qui émoustille moins l’œil, c’est l’étrange Musée des momies. Suffit de prononcer Guanajuato pour qu’on vous demande si vous irez voir les momies. Le musée un peu lugubre, à longue distance de marche du cœur du vieux Guanajuato, relève de la curiosité. C’est qu’il semble plutôt désert et délaissé pour une attraction qu’on mousse sans ménagement.

Là, pas de trucages d’Halloween. Avant de voir la centaine de corps exposés derrière des vitrines, une vidéo explique la provenance des momies. Elles ont été retirées de leur crypte pour faire de la place dans le cimetière, principalement parce que la parenté des défunts avait cessé de payer pour le lot de l’enterrement. Plutôt que de trouver des squelettes comme elles s’y attendaient, les autorités ont plutôt découvert des corps momifiés.

On présume que les défunts sont morts dans les années 1830 lors d’une épidémie de choléra et exhumées une trentaine d’années plus tard. Tant des bébés que des adultes ont trouvé leur place dans cet étrange musée. Un fœtus momifié est même qualifié de plus petite momie du monde sur le panneau descriptif qui l’accompagne. Dans une autre pièce, on émet l’hypothèse qu’une femme a été enterrée vivante.

Les âmes sensibles s’abstiendront de visiter l’étrange Musée des momies à Guanajuato, au Mexique.

Plusieurs des corps portent encore des vêtements, des tissus décolorés souvent troués.

Une fois l’étonnement passé, je n’ai pu que m’interroger sur le rapport à la mort. Ils étaient plusieurs à prendre des égoportraits en souriant à côté d’un homme ou d’une femme décédé il y a plus de cent ans. Près de la sortie, sur un banc, on peut se photographier avec ce qui semble être une momie. Difficile de savoir s’il s’agit réellement de restes humains ou d’une réplique de mauvais goût. Dans les deux cas, la photo me paraissait déplacée.

Enfin, dans le rayon du « déplacé », je range également les blagues trop faciles du troubadour qui me guidait lors d’une callejoneada, une façon traditionnelle d’explorer une ville mexicaine. Impossible de manquer les musiciens, chanteurs et conteurs qui composent ces formations. Habillés en costume traditionnel, ils vendent des billets pour leur spectacle toute la journée.

En arpentant les rues de la vieille ville, au son des guitares et autres instruments à cordes, on nous raconte histoires et légendes locales en espagnol seulement, à moins qu’on s’embauche un interprète. Mais même avec un interprète, il est probable que l’essence du récit soit trop pointue pour procurer satisfaction.

Le plaisir dépendra de la qualité du guide responsable du groupe. Le mien n’avait que deux sottises dans son sac de blagues. Pour chacun des arrêts qu’il marquait, il prétendait vouloir embrasser un homme du groupe avant de s’éloigner une fois le malaise bien installé. Ce malaise, comique pour une majorité de Mexicains ce jour-là, ratait sa cible auprès de moi à force de redondance.

Point positif, pour ceux qui s’en réjouissent : la promenade était accompagnée d’alcool (qu’il fallait payer). Point négatif : on forçait presque les hommes à se procurer des roses chez un marchand pour les offrir aux femmes du groupe.

Perdu dans les traductions, ignorant certainement quelques éléments culturels qui m’auraient tiré une risette, j’ai conclu que j’avais gaspillé quelques pesos. Mais pour tous ceux qui m’avaient raconté des callejoneadas mémorables, j’ai presque eu envie de tenter ma chance avec une autre troupe. Presque. Mais découvrir Guanajuato en me perdant dans les rues me paraissait beaucoup moins cher et beaucoup plus plaisant.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com.