Le Bourlingueur

L'appel de l'inusité

CHRONIQUE / Il suffit de faire miroiter un endroit étrange, inaccessible, isolé, pour que je saute dans l’aventure. Montrez-moi une statue changeant de forme selon le moment de la journée, un arbre dix fois gros comme ça dans lequel on a aménagé une chambre à coucher ou l’épave centenaire d’un navire de guerre pour que ma curiosité soit piquée.

Y’en a qui voudront absolument sortir des sentiers battus. Se vanter d’avoir été le premier à avoir mangé du cochon d’Inde aux fourmis dans une tribu reculée de l’Amazonie. Se targuer d’avoir été le premier Blanc à coucher dans une yourte reculée de Mongolie. Pas moi!

Ce qui m’a poussé dans l’avion la première fois, c’étaient les images de la tour Eiffel, que j’avais vues à outrance. Les clichés de Venise qui ne me permettaient pas vraiment d’imaginer le son des vagues sous le pont Rialto ou le soleil se mêlant aux pigeons de la place Saint-Marc.

Avant, c’était au hasard des photos de Google que je tombais sur une curiosité que je cherchais aussitôt à intégrer à mon itinéraire. Aujourd’hui, Instagram édulcore jour après jour la surprise de nouveaux lieux originaux.

Quand l’Autriche s’est imposée en même temps qu’une virée en Bavière, j’ai pensé à Innsbruck, pour ses montagnes et son petit toit doré. J’ai pensé à Salzbourg, ville de naissance de Mozart et plateau de tournage pour La mélodie du bonheur. Google m’a plutôt montré un « rocher » sculpté en forme de tête humaine. Le visage crache une chute d’eau vers un petit bassin artificiel.

Voulais voir.

Là, c’est Wattens, dans le Tyrol. Pas très loin d’Innsbruck d’ailleurs. Rien qu’à voir, on comprend que ledit « rocher » n’est pas tout à fait naturel. Pas grave. J’ignorais pourquoi ou comment il s’était retrouvé là, mais j’avais cette envie de m’en approcher.

L’endroit en question, Les mondes de cristal Swarovski, est une espèce de musée-boutique conçu par l’artiste multimédia André Heller pour les cent ans de Swarovksi, qui donne justement dans l’univers du cristal.

La sculpture paraît encore moins naturelle quand on s’en approche. Comme dans bien des cas, l’insolite nous remet à notre place en nous sommant d’être un brin réaliste. L’exposition à l’intérieur, bien qu’elle ne soit pas incontournable, propose une bonne dose d’étrangeté. Des animations surréalistes rappelant un tantinet l’univers de Dali mettent le cerveau au défi de tout comprendre. J’en suis ressorti un brin déçu.

Le Bourlingueur

Le temps d’une fête

CHRONIQUE / Quand le bus a quitté Baños, dans le centre de l’Équateur, j’en avais pour toute une nuit à dodeliner sur les routes menant vers l’ouest. Le sud-ouest en fait. Les arrêts fréquents, le bruit incessant, la lumière aussi, se chargent bien de garder les passagers éveillés.

La côte, c’était le plan B, l’option de rechange après avoir renoncé à nager avec les tortues et les requins marteaux des îles Galapagos. Je me contenterais des fous à pattes bleues de l’île de la Plata, surnommée les Galapagos des pauvres. En échange, quelques jours plus tard, je m’enfoncerais dans l’Amazonie pour m’imprégner de toute la vie grouillante d’un milieu naturel qu’on n’a pas encore fini d’abîmer.

En bus, on pouvait s’arrêter à Guayaquil, la ville la plus populeuse d’Équateur, ou à Santa Elena, quelque part plus à l’ouest et beaucoup plus près de Montañita, ma base pour mon expédition à l’île de la Plata.

Déjà, à Santa Elena, je descendais du bus au bout d’une artère dans un quartier plutôt calme où un badaud, ici et là, marchait doucement, se laissait décoiffer de temps à autre quand une voiture passait et soulevait une tempête de vent éphémère. Sinon, le temps faisait plus de bruit que la vie dans ce quartier de Santa Elena.

C’est le genre d’endroit qui me fait sourire. Rager aussi, à l’occasion, parce que les solutions aux problèmes des touristes ne nous tombent pas toujours dessus aussi rapidement que dans les grandes villes. Mais j’aime effleurer le quotidien local que le tourisme n’a pas trop altéré.

Avec un transport local, donc, une flopée de touristes, très jeunes pour la plupart, et quelques membres de la communauté locale, ont pris une route qui s’éloignait vers le nord. Difficile de savoir où le mastodonte s’arrêterait. Dans la poussière de l’accotement, il marquait des pauses à l’occasion comme le font les autobus du transport en commun. Sauf que le circuit lui faisait parcourir une grande route plutôt que des boulevards ou de rues locales.

Il savait, le chauffeur, que les gringos poseraient leurs bagages à Montañita. Il s’est arrêté et a signalé le fil d’arrivée. Presque tous les passagers sont descendus et ont attendu que le véhicule reparte pour traverser la route vers le village côtier qui commençait là, à quelques mètres du bitume.

J’ai eu les yeux grands comme ça pendant deux minutes, pas plus. La grande banderole « Bienvenue à Montañita », la rue pavée menant directement à la plage, une panoplie de parasols le long des trottoirs et les stands de boissons gazeuses et autres rafraîchissements criaient « hospitalité ».

Mais au final, Montañita, c’est tout ce que je déteste du tourisme : une petite ville qui s’est construite pour plaire aux touristes en laissant de côté la vraie culture équatorienne. Quoique si on se donne la peine de s’éloigner du centre, où s’empilent les discothèques et les restaurants, on retrouve le caractère plus paisible d’une ville côtière.

Remarquez, je ne blâmerai jamais la population locale de s’être adaptée au tourisme pour mieux gagner sa vie. Ce qui me rejoint moins, ce sont les visiteurs qui s’approprient un endroit sans penser à ceux qui y vivront encore une fois qu’ils auront passé leur chemin.

Le jour, à Montañita, on parcourt les quelques rues sans se buter aux foules. Le voyageur dort et se remet de sa plus récente cuite. On peut réserver son aventure à l’île de la Plata, s’offrir une leçon de surf ou se prélasser sur la plage. Sinon, y’a les restaurants. Plus organisée et plus animée que Puerto Lopez, au nord, Montañita a le mérite d’offrir une approche de villégiature, jusqu’à un certain point. Et pour être honnête, il s’agit probablement d’un paradis pour les surfeurs.

En soirée, quand le soleil cesse de faire mal aux yeux des fêtards, les rues recommencent à grouiller d’activités. Une jeune femme ricaneuse transportant une plaque à biscuits interpelle les passants. « Brownie? » Autre cascade de rires.

Étrangement (!), le gâteau, il a le pouvoir de dilater la rate. Non merci. Mais vous ne trouverez pas beaucoup d’options équatoriennes pour le repas, que vous pourriez pratiquement avoir commandé de la maison. Et ensuite, pour vous garder éveillé toute la nuit, les boîtes rivalisent d’ingéniosité : piscine intérieure, thématique de la prison... Je ne me suis pas reconnu dans cet environnement.

LE BOURLINGUEUR

Des mosquées, un chott et des dattes

CHRONIQUE / Du sable et des cactus. Entre la capitale de la Tunisie, Tunis, et la ville de Tozeur, plus au sud, la route traverse des étendues relativement inhabitées. Les immenses cactus gorgés de fruits rouges, des poires-cactus, dressent une première ligne de végétation. Dans les terres s’alignent plutôt des rangs d’oliviers.

Tantôt, des marchands établis en amont ou en aval de petits villages ont dressé des tables et des étalages de fruits frais. Les chapelets de dattes ou de piments pendent aussi en attendant qu’un voyageur s’arrête. Tantôt, un feu crépite dans la poussière du bord de route, un mouton attaché à proximité. Tout est prêt pour des grillades fraîches.

À moins de 200 km de la capitale, la ville de Kairouan peut passer en quelques clignements des yeux si on ne porte pas une attention particulière. Ses mosquées, inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, constituent pourtant une pause très intéressante.

Ce n’est pas tous les jours qu’on s’arrête dans une ville fondée au 7e siècle qui, de surcroît, a constitué la première ville sainte du Maghreb.

On y trouve les bassins des Aghlabides, deux immenses réservoirs à ciel ouvert construits au 9e siècle et reliés entre eux.

Surtout, la Grande Mosquée, relativement déserte lors de mon passage, remplit complètement le regard. Avec ses quelque 520 colonnes, sa vaste cour centrale et son cadran solaire, perdu au milieu de toute cette étendue sacrée, il y a de quoi s’attarder. Le cadran solaire sert à connaître l’heure des prières.

Un peu plus loin, sur une place plus achalandée, au cœur du trafic de la grande route, Zawiya de Sidi Sahib s’élève. Il s’agit du mausolée du compagnon de Mahomet, Abou Zama el-Balawi. On raconte qu’il y reposerait avec trois poils de barbe du prophète.

Ce mausolée jouxte une autre mosquée ornée de complexes motifs en céramique. En traversant le hall et une grande cour centrale, on peut s’approcher de la pièce où se trouve la sépulture, mais il est impossible d’y entrer.

On dit de Kairouan qu’il s’agit de la ville des 300 mosquées. Il est donc possible d’y passer plusieurs heures si la religion nous fascine. Sinon, on peut toujours se laisser entraîner dans un magasin de tapis, où on nous expliquera comment ceux-ci sont confectionnés. Mais il faudra savoir négocier ou résister si on tombe sous le charme.

Le Bourlingueur

Une nouvelle génération de ryokans

CHRONIQUE / Manger est une expérience en soi, au Japon. Suivre les Japonais dans les établissements de pachinko ou de toute autre forme de jeu de hasard l’est aussi. C’est sans compter le dodo, pour lequel on rivalise aussi d’ingéniosité pour vous faire vivre une expérience unique.

À Himeji, à l’ouest d’Osaka, j’avais passé une nuit dans un vrai ryokan, une petite maison traditionnelle. Le propriétaire, en kimono, avait ouvert la porte et m’avait invité à retirer mes chaussures avant de monter sur le tatami de la pièce centrale. Le dortoir était situé de l’autre côté d’une porte coulissante qu’on aurait crue construite de papier blanc.

Dans le dortoir lui-même, nous dormions à même le tatami, chaque espace étant délimité par de petits paravents.

À Tokyo, dans le quartier des affaires, dans Marunouchi, l’hôtel Hoshinoya propose de recréer l’ambiance des ryokans avec une bonne touche de modernité.

L’édifice a ouvert ses portes en 2016. À chacun des paliers, six chambres sont aménagées pour offrir beaucoup d’intimité. On ne peut d’ailleurs pas entrer sur un étage qui n’est pas le nôtre en raison d’un contrôle effectué grâce à une carte magnétique. À l’entrée, on retire les chaussures, qui seront entreposées dans des casiers en bois numérotés.

« Ce sont comme plusieurs petits ryokans empilés les uns sur les autres. Il est parfois difficile d’expliquer le concept », résume Naho Natori, directrice à l’accueil.

Chaque étage compte sa cuisine, qui agit aussi à titre de salon. Plusieurs collations y sont offertes gratuitement. Sur une tablette, un boîtier en bois renferme des carrés de papier. Posé à côté, un livre enseignant les bases de l’origami. Les invités sont libres d’y tester les limites de leur talent.

Dans les chambres, les vitres de l’énorme salle de bain se teintent à la simple pression d’un bouton. Le couvercle de la toilette s’ouvre tout seul dès qu’on ouvre la porte. Le siège est chauffant et la chasse est déclenchée automatiquement.

La télévision est insérée derrière un miroir, la penderie contient un pyjama et un kimono, et des paravents forment un écran devant les fenêtres qui couvrent tout le mur extérieur. Près du lit, une série de boutons permettent de contrôler l’intensité de la lumière ou de dérouler de longues toiles opaques aux fenêtres.

Au dernier étage, un bain public est ouvert de 15 h à 11 h. Dès l’arrivée, on remet aux clients une carte expliquant comment profiter de l’onsen en respectant la tradition japonaise : on se baigne sans maillot et on transporte une petite serviette pliée qu’on place sur sa tête, dans l’eau, pour ne pas la mouiller. Une partie de ces piscines chauffées est située à l’extérieur, sur le toit.

Pour le directeur général, Hirokazu Sawada, l’objectif est clair : détourner une partie de la clientèle internationale des grands hôtels de marque pour leur permettre d’expérimenter la culture japonaise.

« Nous ne cherchons pas à ajouter des éléments occidentaux à notre décor, mais à ajouter du confort. Nous nous sommes demandé à quoi ressembleraient les ryokans qui auraient évolué jusqu’à ce jour », dit-il.

Si le succès se confirme à Tokyo, le concept pourrait être exporté dans d’autres grandes villes, à l’extérieur du Japon. Mais M. Sawada se garde bien de dire lesquelles.

Vous voulez y aller? Il faudra accumuler plus que du petit change. On peut parler de plus de 800 $ la nuit.

Le Bourlingueur

Au resto d'une « Master Chef » au Mexique

CHRONIQUE / Mine de rien, à travers toutes les Murailles de Chine et les opéras de Sydney, l’art culinaire constitue à lui seul une excellente raison de voyager. On a beau s’intéresser à la pyramide de Chichén Itzá ou avoir envie de se prélasser sous les palmiers, tôt ou tard, il faudra se mettre à table.

Au Mexique, en matière de panorama, les restaurants de la plage de San Pancho se sont distingués des autres. Contrairement aux salles à manger extérieures des complexes hôteliers, à San Pancho, pas de piscine ou de clients qui trimballent leur valise. Au coucher du soleil, les vagues se brisent violemment sur le sable en renvoyant leur écho vers un horizon rosé. Le temps s’arrête.

Toujours à l’ouest, un des trésors se cache dans la petite ville de San Blas, connue comme un repère des ornithologues. Le restaurant El Delfin serait l’un des meilleurs de toute la province de Nayarit. On le trouve dans l’hôtel Garza Canela, une entreprise familiale ayant ouvert ses portes dans les années 1970, et il est dirigé par la chef Betty Vazquez.

Betty qui?

Betty Vazquez agit comme juge à la populaire émission Master Chef Mexico, l’équivalent des Chefs ici. Elle a étudié au Cordon bleu de Paris et a travaillé avec le chef Juan Mari Arzak, propriétaire d’un restaurant espagnol décoré de trois étoiles Michelin.

Le restaurant et l’hôtel sont tenus par les quatre sœurs Vazquez, leur frère et leur mère. On y retrouve le Mexique des années 1970 dans une salle à manger intimiste où les poutres en bois et les grandes fenêtres nous plongent dans le passé.

Pourtant, les recettes sont modernes, mélangeant les saveurs mexicaines aux techniques classiques de l’Europe.

Lors de notre passage, un menu bien spécial nous attendait. Ce menu change d’ailleurs chaque année avec de nouvelles créations. La salade de pieuvre, mangue et pommes fusionnait des saveurs que je n’aurais jamais pensé marier. Il fallait ajouter une soupe bacon et fromage et un succulent filet de mahi-mahi avec crevettes et légumes.

Le Bourlingueur

Un monstre et des soupes ramen

CHRONIQUE / Un des plaisirs de voyager, c’est de goûter. Goûter à la mesure de ses capacités, selon qu’on se sent aventureux ou pas. Mais goûter quand même les spécialités locales, les recettes maison, les délices mitonnés directement dans la rue ou dans un restaurant qui n’arbore pas le nom d’une chaîne qu’on connaît.

Bien sûr, un peu partout en Asie, on trouvera ces cuisines de fortune à tous les coins de rue. On pourra s’asseoir sur des tabourets de plastique et manger dans la rue, souvent directement sous le soleil.

On peut penser aux petits villages, où le menu décliné à l’oral seulement n’est composé que de deux ou trois plats différents. Parfois, ce sera le poisson du jour et rien d’autre. Ou encore, il y a ce restaurant où une brebis apeurée tourne en rond tout près des convives attablés. Y’a pas à dire, là, la viande est fraîche.

Mais de tous les endroits, ce sont les restaurants du Japon qui ont suscité ma plus grande surprise, pour leur originalité et leur efficacité. On ne s’attend pas toujours à l’ingéniosité qui nous attend dans une capitale comme Tokyo.

D’abord, dans une majorité d’établissements, les repas seront exposés en vitrine. Les assiettes, dressées avec des aliments de plastique, donnent un aperçu de ce qu’on pourra manger. Pratique si le seul moyen de communiquer consiste à pointer.

Ensuite, en plusieurs endroits, on utilisera une machine distributrice pour commander. On paie à l’avance. On appuie sur les boutons des assiettes désirées et on échange les coupons imprimés par la distributrice contre notre repas, souvent prêt en moins de cinq minutes.

C’était le cas au restaurant Ichiran Shimbashi, bien dissimulé au premier sous-sol d’un édifice commercial. L’enseigne rouge, couverte de symboles japonais, ne permettait pas aux néophytes de déterminer de quel type de commerce il s’agissait. Seulement, la file d’attente perpétuelle laissait croire que l’endroit était particulièrement populaire.

Là, on sert des soupes ramen. C’est LE plat principal. On choisit la texture du bouillon, la quantité d’ail à ajouter, la quantité d’épices aussi, et on remet son bulletin de commande en même temps que les coupons obtenus à la distributrice.

À l’intérieur, une quinzaine de sièges devant autant d’isoloirs sont disposés le long d’un comptoir en U. Chaque place est séparée par des murets. On s’assoit et, devant nous, une petite fenêtre à la hauteur du comptoir donne sur la cuisine. On dépose nos coupons, un serveur dont on n’aperçoit pas le visage revient avec un bol. Il tire ensuite un rideau de bambou devant la petite fenêtre. Ça y’est, on peut manger en toute « intimité ».

Chaque compartiment est doté d’un robinet pour que nous puissions nous servir nous-mêmes en eau. Un bouton, devant nous, permet de commander de nouveau si la faim nous tenaille encore à la fin du repas. Il suffit de presser.

Partout autour, des gens mangent avec eux-mêmes, qui engouffrant le bouillon et les nouilles le plus rapidement possible, qui en scrutant l’écran de leur téléphone.

Une fois le repas terminé, il suffit de se lever et de partir. Un détecteur de mouvement, situé sous le siège, signale notre départ. Le rideau de bambou s’ouvre, l’isoloir est nettoyé, et le prochain client prend place.

Le Kawaii Monster Cafe, ouvert dans un centre commercial d’Harajuku en 2015, attire apparemment les touristes. On y mange... dans le ventre d’un monstre. Lors de mon passage, les tables vides étaient toutefois nombreuses. Ce restaurant au décor tout à fait éclaté, conçu par Sebastiam Masuda, présente des spectacles tout aussi disjonctés et vise à créer une ambiance qui rappellerait Broadway. Le client est forcé d’y commander au moins une boisson et un plat.

Si la famille est bienvenue en journée, il s’agit plutôt d’un cabaret burlesque en soirée. Les plats, trempés dans le colorant, ne s’adressent pas aux fins palais. Un énorme gâteau agit comme pièce centrale du décor. La salle à manger est pour sa part divisée en quatre thèmes. On y verra des luminaires en forme de biberons, des champignons géants et des plantes qu’on croirait sorties d’un jeu de Mario Bros.

Étrange à souhait

Dans Akihabara, le quartier des boutiques d’électronique, c’est un restaurant au thème du populaire groupe pop AKB 48 qu’on trouve près de la station de métro. AKB 48 compte 48 chanteuses très populaires.

On y mange devant un écran géant diffusant des vidéoclips de la formation musicale. En commandant le plat du jour, on peut même choisir la prochaine vidéo qui sera projetée. Dans le menu, quelques-unes des vedettes suggèrent le repas qu’elles préfèrent. Et oui, Mesdames et Messieurs, elles auront autographié les algues séchées qu’on trouve dans la soupe.

Parmi les autres restaurants à thème à Tokyo, choisissez entre être servi par des ninjas, manger dans une cellule de prison ou un établissement inspiré des hôpitaux, où vos boissons vous seront servies dans une seringue.
Bon appétit.

Suivez mes aventures au
www.jonathancusteau.com.

Le journaliste était l’invité
du Foreign Press Center Japan.

Le Bourlingueur

Tout ce qui ne s'achète pas

CHRONIQUE / Qu’est-ce que j’ai fait aujourd’hui qui sort de l’ordinaire? Et hier? Probablement pas grand-chose. Probablement rien qui mérite plus qu’une ligne à l’encre noire sur un papier jauni.

Pourtant, je me pose la question souvent. Pour savoir si ma vie s’efface à mesure qu’elle s’écrit. Pour savoir si j’ai gaspillé des heures, des jours aussi, où j’aurais pu me mettre en danger, me dépasser, ou simplement m’exposer à de la nouveauté.

La vérité, c’est que l’ordinaire est partout. L’extraordinaire aussi. Suffit de trouver ce qui fait sortir l’un de l’autre pour arriver à un équilibre. Pas besoin de sauter en parachute ou de tourner dans le dernier Spielberg pour sortir de sa routine. Une nouvelle rencontre, du temps libéré dans un horaire trop chargé pour passer une soirée avec les enfants, une nouvelle recette qu’on n’a même pas fait brûler, bonjour les accomplissements.

Mon côté kitsch voudrait répéter ce cliché maintes fois partagé en ligne : « Les voyages sont les seules choses que vous achetez qui vous rendent plus riche. » C’est vrai en partie.

Chaque fois que je me couvre d’ordinaire et que j’en rougis, souvent donc, je retourne dans les endroits les plus uniques, me remémore ces moments que je n’aurais pas vécus en restant chez moi.

Soyons honnêtes, partir à l’étranger, c’est aussi rempli d’ordinaire. Rien de bien excitant à attendre des heures dans une gare parce que le train passe quand il a décidé de passer. On ne voyage pas non plus pour ces moments passés à la laverie, à l’épicerie ou à la pharmacie, pareil comme on le ferait à la maison, à un ou deux détails près. Et on se passerait de l’extraordinaire qui se traduit sous forme d’insectes indésirables dans une chambre d’hôtel.

Vrai qu’à tout le moins, on peut se targuer d’avoir attendu un train je ne sais où ou d’avoir fait l’épicerie au fond de nulle part. Sauf que d’aventures, ce sont les passagers du train où les produits de l’épicerie qui nous sortiront de notre ordinaire.

Plus encore, quand j’ai envie de regretter tout ce que je n’ai pas encore fait ou tout ce qui m’a échappé, j’ajoute une goutte à mon verre à moitié vide pour qu’il soit sans contredit plus plein que vide. Et je puise chaque goutte dans d’autres ici, même là où il ne tombe jamais le moindre crachin.

Sans mon passeport, je ne serais jamais descendu dans le réservoir d’un volcan éteint en Islande. Je ne me formalise pas de ne pas savoir prononcer son nom, le Thrihnukagigur, en me remémorant la nacelle métallique suspendue dans le vide qui s’enfonçait le ventre d’un immense champ de lave séchée.

J’ai étouffé dans les vapeurs d’un volcan en activité, aussi, en Éthiopie. L’Erta Ale n’est pas bien élevé, mais il inspire le respect. Quand je me suis endormi, à quelques dizaines de mètres du cratère, je sentais son grondement qui faisait vibrer le sol.

Je pense à ça, quand mon oreiller manque un peu de ressort.

Quelle chance, aussi, de se tenir en plein cœur du Colisée de Rome, de s’imaginer les gens qu’on a mis à mort, là, sur la même terre que nous foulons. Idem à Nîmes, dans l’arène des gladiateurs. On a beau avoir vu ces combattants au cinéma ou dans les bandes dessinées d’Astérix, on ne réalise pas avant de s’être tenu dans ses gradins.

L’humanité en a réalisé des choses. Elle a laissé un tas d’accomplissements derrière que je me considère chanceux d’avoir pu toiser. Le Taj Mahal. Les temples de Petra, en Jordanie. La Muraille de Chine. Les églises monolithiques de Lalibela, en Éthiopie. Angkor Wat au Cambodge. Chitchen Iza au Mexique. Quel privilège d’avoir flirté avec des bâtiments imaginés et construits à une autre époque. Qui sait combien de temps nous saurons les sauvegarder encore.

L’extraordinaire, pour moi, c’est me tenir à quelques mètres du mâle dominant d’une famille de gorilles au Rwanda. Cet animal à la force incroyable aurait pu être particulièrement dangereux s’il l’avait voulu. L’extraordinaire, c’est une immense maman éléphant, en Afrique du Sud, se lançant à la poursuite de son éléphanteau en mal de liberté et qui le ramène, visiblement mécontente, au cœur du troupeau. C’est une lionne pas vraiment affamée, en Ouganda, qui se paye une course de santé pour effrayer une antilope qu’elle laissera filer. C’est d’apercevoir des toucans déployer leurs ailes et exhiber leur péninsule colorée dans la jungle de l’Équateur.

Le Bourlingueur

L’hiver des baleines au Mexique

CHRONIQUE / Ce n’est pas parce qu’on veut qu’on peut. Quand on préfère voir des animaux dans leur élément naturel plutôt que dans des cages en verre, un enclos entouré de barbelés ou un grand bocal artificiel, on a beau vouloir, on ne choisit pas quand ils se présentent.

J’aurais tendance à blâmer le karma. Tout petit, chaque fois que je passais par Tadoussac, les baleines gardaient bien plus qu’un bras de distance avec les touristes. Timides, timides, timides les gros mammifères. Pas moyen de leur voir même une nageoire.

Même constat en Afrique du Sud où les éléphants avaient montré patte blanche alors que les lions se dissimulaient la crinière quelque part dans les hautes herbes. Je ne m’étais pas trompé énormément en choisissant un parc national qui faisait mention des pachydermes dans son nom : le parc des éléphants d’Addo. Pour les autres animaux du « big five », il faudrait toutefois repasser.

N’empêche, en ce qui concerne les félins, il n’y a rien pour me friser la moustache. Pas de lions à Addo. Pas plus que des léopards dans le parc national de Wilpattu au Sri Lanka. Vous me direz que le tonitruant toussotement de notre 4 X 4 a probablement mis la puce à l’oreille même des bestioles les plus bêtes. Vrai. C’est un peu comme jouer à la cachette en criant : « J’arriiiiiiive! » On se demande qui peut bien se laisser prendre.

Bref, pas de léopards à Wilpattu. Pas de léopards dans un autre parc national du Sri Lanka non plus, deux, quatre, six jours plus tard, à Uda Walawe.

C’est au large de Montanita, en Équateur, que j’ai aperçu mes premières baleines. Quelques sauts, de grandes éclaboussures, et ça y’était. Puis, plus rien. C’était quand même un très bon départ.

Quand l’occasion s’est présentée de les observer de nouveau, au large de La Cruz de Huanacaxtle, dans l’État de Nayarit au Mexique, j’ai embrassé l’idée. Là, pas de tergiversations, pas de doutes : il n’a fallu qu’une dizaine de minutes avant de voir paraître les premières baleines à bosses, en pleine saison de reproduction.

Ce jour-là, c’est avec Punta Mita Expeditions, une compagnie offrant des expériences marines, dont l’observation de dauphins et de baleines, que je me suis aventuré dans la baie de Banderas. Pendant deux heures, nous avons cassé les vagues pour une observation à distance.

Après avoir passé quelques bateaux de pêcheurs et abandonné une flopée de pélicans derrière, un aileron a point. Après deux ou trois inspirations, la bête a plongé en tapant la surface de sa queue. J’avais quatre ans. J’oubliais que j’étais entouré d’autres excursionnistes. J’en redemandais en attendant impatiemment une prochaine apparition.

Ces mammifères arrivaient de l’Alaska. Ils sont plus faciles à voir au Mexique entre décembre et mars. À cette période de l’année, jusqu’à cinq ou six mâles peuvent suivent la même femelle et se battre entre eux pour son attention. On les voit donc en groupe, souvent près de la surface, à se chamailler. Dès qu’une baleine s’approche du bateau, il faut éteindre le moteur pour éviter d’importuner l’animal.

Par ailleurs, quand les petits arrivent, après une gestation de presque une année complète, les mères restent à proximité des berges. Elles sont donc faciles à repérer.

Bourlingueur

Une histoire de mascottes

C’était quelque part vers 1992. Une classe de primaire comme il s’en trouvait partout au Québec. Sauf que dans ma classe à moi, on nous avait promis une surprise. Juste avant de partir pour le dîner, un groupe de quatre ou cinq Japonais nous avait rendu visite.

Débarqués en banlieue de Sherbrooke, les visiteurs inattendus soulevaient toute mon admiration. Pour la première fois, je rencontrais des individus provenant de l’autre bout de la planète. Qu’ils soient là, tout près de chez moi, m’impressionnait grandement. Je me souviens avoir été particulièrement soufflé par l’oiseau d’origami qu’ils nous avaient fabriqué.

Le souvenir m’est revenu plus de 25 ans plus tard, alors que je me tenais moi-même à l’arrière d’une classe de troisième année de l’International School de Tokyo. Là, des enfants issus de partout sur la planète ne paraissaient nullement perturbés par la présence de journalistes nord-américains.

Ce jour-là, les gamins avaient la mission de voter pour les mascottes des Jeux olympiques de Tokyo, qui se tiendront en 2020, parmi trois paires de finalistes. Une caméra de télé, un photographe et trois journalistes les observaient. Ils ne bronchaient pourtant pas.

Les enfants s’étaient préalablement rassemblés dans le gymnase. Tous. Pour une séance de poésie après laquelle le rôle d’une mascotte leur a été expliqué. Un enfant déguisé s’est même amusé à offrir une petite démonstration.

Les trois duos de mascottes finalistes ont été choisis parmi 2042 suggestions obtenues à l’issue d’un concours. Le premier duo, mon préféré, est inspiré du logo des jeux de Tokyo et marie tradition et modernité. On accorde même à l’un des deux membres de la paire d’avoir le pouvoir de se téléporter. C’est peut-être ce pouvoir qui m’a séduit. Ou le côté moins enfantin du concept. On se doute que les jeunes électeurs risquaient de pencher pour une autre option.

La mascotte olympique du deuxième duo est inspirée d’un chat Maneki et d’un renard Inari, deux symboles de chance au Japon. Elle a le pouvoir de donner de l’énergie positive à ceux qu’elle touche.

Dans le troisième duo, la peluche olympique géante est un renard décoré d’ornements magatama sortant des contes de fées japonais. On dit qu’elle est très athlétique et bouge très rapidement.

Avec ces caractéristiques, les enfants sont retournés dans leur classe et ont résumé une dernière fois les particularités de chaque paire avant de voter sur des tablettes électroniques.

Dans tout le Japon, ce sont près de 14 000 écoles qui s’étaient inscrites pour participer au vote, dont 92 écoles japonaises réparties dans 51 autres pays.

Masa Takaya, porte-parole de Tokyo 2020, rapporte que la participation des écoles est encore plus importante qu’anticipé. « Dans toutes les écoles où nous sommes allés, nous avons vu des enfants qui prenaient leur mission très au sérieux et qui se sentaient très impliqués dans la préparation des jeux de 2020. Leurs souvenirs de cette expérience unique seront un autre legs de Tokyo 2020. »

À n’en point douter, les petits se souviendront du rôle qu’ils ont joué. Encore trop accroché aux jupons de maman pour aller à l’école, je n’avais pas couru dans les rues de Sherbrooke, en 1988, comme l’avaient fait des centaines d’élèves accompagnant la flamme olympique qui se dirigeait vers Calgary. Les enfants avaient tous un mini flambeau constitué d’une chandelle. J’en voulais un. Si je me souviens...

Dans cette école primaire du Japon cette journée-là, il ne fallait attendre que quelques minutes pour que les résultats s’affichent sur l’ordinateur du directeur Christopher Frost. Ah, la technologie!

Dans l’autre classe de troisième, le vote s’était terminé plus tôt. Les enfants ont eux-mêmes offert un roulement de tambour en frappant sur leur pupitre en attendant le verdict. Le deuxième duo l’avait emporté. D’un coup, les cris ont fusé.

Mais on attendait surtout le verdict de notre classe à nous. Le directeur s’est inquiété un instant. Le gagnant ne s’affichait pas comme il le devait. Ah, la technologie!

« Voilà! », a-t-il clamé sans être vraiment convaincant. Il a commandé le même tumulte, a attendu le silence pour provoquer le suspens, et a annoncé que le duo B recevait également la faveur des élèves qui l’entouraient. Autre effusion de joie.

Nous ne leur dirons pas que le directeur, à défaut d’avoir réglé son problème informatique, s’était surtout fié à la réaction au vote précédent.

Quoi qu’il en soit, le reste du Japon devait continuer de faire entendre sa voix. Le résultat national, qui nommera officiellement les mascottes des Jeux olympiques de Tokyo, sera dévoilé le 28 février.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

Le journaliste était l’invité du Foreign Press Center Japan.

Le Bourlingueur

Changer le visage de Tokyo

CHRONIQUE / Quand j’ai demandé conseil à des amis adeptes du Japon pour connaître les meilleurs quartiers où flâner à Tokyo, je n’ai pas obtenu de réponse claire. Tokyo change trop, tout le temps. À la lumière de cette déclaration, je devais me débrouiller.

Tokyo change beaucoup, oui, si on en croit le directeur principal aux relations publiques de la Mori Building Co., Masa Yamamoto. Selon lui, c’est 3 % de la ville qui est détruite, chaque année, pour des projets de reconstruction.

La Mori Building Co., fondée par Minoru Mori, a somme toute métamorphosé le visage du district de Minato, où se trouve le complexe Roppongi Hills, dominé d’une tour de 53 étages. J’ai pu visiter ses bureaux, quelque part en altitude, en m’arrêtant dans un local où se trouvent des maquettes à l’échelle de Tokyo, New York et Shanghai.

« Nous voulons donner une cure de rajeunissement à Tokyo pour qu’elle puisse se mesurer à d’autres grandes villes comme New York, Londres, Paris et Shanghai. Pour y arriver, nous devons changer le mode de vie de la population en transformant les infrastructures. Nous visons une plus grande efficacité dans le mode de vie », explique M. Yamamoto.

Les maquettes permettent entre autres de se comparer, de voir ce qu’il manque à Tokyo pour surpasser les autres villes d’importance. « Nous avons mesuré les façons de faire de 44 villes majeures, dont Boston et Toronto, pour voir les forces et les faiblesses de chacune. Une ville attirante est une ville qui peut répondre aux différents besoins de sa population. Les villes qui maintiennent leur attractivité investissent maintenant dans les services, notamment la promotion du tourisme. »

Le tourisme, toutefois, connaît parfois des soubresauts, comme à Paris après les attentats de 2015, ou à Tokyo, après le tremblement de terre de 2011.
Roppongi Hills est en quelque sorte devenu une attraction touristique, notamment grâce à son araignée géante à l’entrée, une œuvre intitulée Maman et réalisée par Louise Bourgeois. On en trouve une également devant le Musée des beaux-arts d’Ottawa et au Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg.

On y trouve aussi un parc, un studio de télévision, des bureaux, plus de 200 magasins et restaurants et des appartements. Son cinéma compte une plantation de riz sur le toit alors que le 53e étage de la tour principale abrite le Musée des arts Mori, un musée d’art contemporain.