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L’incendie de Nazareth

CHRONIQUE / Boom! Et boom encore. Deux détonations. Le bruit des pierres qui tombent et un nuage de poussière. J’ai reculé d’un pas.

Le soleil avait amorcé sa descente vers son lit, à l’horizon de Nazareth, en Israël. En plein ramadan, l’iftar approchait. L’appel à la prière enveloppait toute la vieille ville illuminée de blanc. Du balcon de l’auberge Fauzi Azar Inn, la plus vieille du quartier, j’admirais seul la vue apaisante quand les détonations ont résonné.

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Comme si les gens heureux s’étaient enfuis

CHRONIQUE / La vie a repris son cours à Sarajevo comme dans le reste de la Bosnie-Herzégovine. Alors qu’on cherche encore les victimes du génocide à Srebrenica, dans l’est, les grenades ne tombent plus sur les villes. Les chars d’assaut ne crachent plus la destruction. Les mitraillettes ont été remisées.

Les traces du conflit de l’ex-Yougoslavie étaient pourtant partout une vingtaine d’années plus tard. Le parlement, une tour blanche qui brûle sans fin sur les célèbres images de la guerre, brille comme un neuf. Il a été réparé, comme le Holiday Inn, juste en face. L’hôtel, épargné, logeait autrefois les journalistes couvrant le conflit. Plus près de la vieille ville, des éclaboussures de peinture rouge marquent le sol çà et là. Les plus pressés, ou ceux qui ne baisseront jamais les yeux, ne les verront pas. On les appelle les roses de Sarajevo. Il s’agit des traces laissées dans le béton par les explosions de mortier. Chacune des cavités a été remplie d’une résine rouge. Et chaque rose a son histoire.

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Photogénique, le monde

CHRONIQUE / Je pense que c’était en Équateur. Le souvenir est flou. Ou peut-être était-ce complètement ailleurs. À défaut de pouvoir citer parfaitement la source, vous saurez que ça ne venait pas de moi, mais que le message a porté. Une voyageuse m’avait confié qu’elle se restreignait à une photo par jour. Une seule.

Qu’arrivait-il si un animal d’une espèce en danger se pointait? Si un défilé de citoyens en costumes traditionnels envahissait subitement les rues? Si le cliché du jour avait été croqué, il était trop tard. Elle admirait avec les yeux sans se donner le droit de jouer de l’obturateur.

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Surf et écologie en Haïti

CHRONIQUE / La route 41 longe la mer des Caraïbes, au sud d’Haïti. À la hauteur de Cayes-Jacmel, la minifourgonnette prend à gauche, sur un chemin cahoteux s’enfonçant dans la forêt et grimpant lentement la montagne.

Entre les arbres qui jettent de l’ombre partout, partout, en pleine forêt, les stands à loterie se multiplient. La loterie est populaire en Haïti! Mais la destination se trouve un peu plus haut, dans un chemin plus ou moins balisé. Les pancartes indiquant les directions ont semble-t-il été subtilisées.

Au bout de la route, si on a bien pris à droite à l’embranchement, se trouve l’hôtel Haïti Surf. En plus des petits bungalows, on y trouve un grand pavillon bâti de bois, autour d’un arbre immense. Dans la cuisine commune, les bacs de recyclage, de compost et de déchets se côtoient. Une histoire rare en Haïti.

En général, les Haïtiens coupent les arbres pour construire. Là, le concept vise à être le plus près possible de la nature.

Haïti Surf, c’est l’initiative de deux Français, Chris Dauba et Joan Mamique, qui ont choisi de s’établir là après avoir travaillé pour des ONG à travers le pays. L’argent gagné en terre haïtienne serait dépensé en Haïti. Et parce qu’ils adorent dompter les vagues, que la mer des Caraïbes semblait leur offrir des occasions encore inexplorées de mettre leurs planches à l’eau, ils ont pris le relais d’une école de surf, Surf Haïti, sur la plage Kabic, un peu plus bas.

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Haïti, d’amour et de racines

CHRONIQUE / Ses racines haïtiennes n’ont pas tardé à reconnaître la terre de son héritage paternel. À Port-au-Prince, Nicolas Demers-Labrousse se sent à la maison. Il s’est enraciné. Il embrasse la langue et la musique créoles sans renier son attachement pour le Québec, où il a grandi. Ayiti, c’est son pays et sa fierté.

La coïncidence. Né d’un père haïtien et d’une mère québécoise, il a grandi à Sherbrooke. Par amour pour son Ayiti chérie, il représente l’agence Zoom sur Haïti pour accompagner les touristes, dont moi, qui s’aventurent dans le pays.

Les oreilles m’ont frisé. Sherbrooke. « Je connais un Labrousse à Sherbrooke », que je dis. « C’est mon père », qu’il répond. On se connaissait presque déjà.

D’un trait, Nicolas peut expliquer la cuisine locale, enseigner quelques mots de créole, ou raconter comment batteries et génératrices permettent de contrecarrer les fréquentes coupures d’électricité.

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Fort d’un bac et d’une maîtrise en relations internationales, le jeune homme de 33 ans bosse pour Avocats sans frontières à Port-au-Prince. Il a parcouru de fond en comble le pays que son père, président de la faculté de médecine d’Haïti, a dû quitter pendant le régime des Duvalier.

« À Sherbrooke, la communauté haïtienne est tissée serrée. Il y avait des rassemblements fréquents pour Noël, les anniversaires, ou pour des matchs de soccer. Dès qu’on savait qu’un Haïtien arrivait à Sherbrooke, on l’intégrait », raconte Nicolas.

Petit, il volait vers les Antilles pour visiter des membres de la famille. Plus grand, il y retournait par lui-même. « Ici, je me sentais bien. J’ai découvert des coins cachés dans l’arrière-pays. En découvrant les provinces, je voyais une culture bien différente de celle de Port-au-Prince. J’ai découvert des possibilités de randonnée, des rivières... Haïti, c’est la chaleur de vivre, la fraternité et un style d’humour bien particulier. Quand je suis au Québec, l’impact que je peux avoir n’est jamais aussi grand que quand je suis en Haïti. »

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Il faut qu’on parle d’Haïti

CHRONIQUE / «Bonsoir! » Le cadran indique 13 h. C’est Haïti. Là, les salutations surprennent la première fois. Mais après quelques jours, une fois le dîner passé, on lance les « bonsoirs » sans plus de réflexion.

Ils sont parfois un tantinet timides, les Haïtiens, mais le simple bonsoir fait tomber les barrières. Ils se raconteront, raconteront leur pays et ses défis aussi. Et on comprendra pourquoi, pour eux, la perle des Antilles s’appelle Ayiti cheri.

Pourtant, je vous dis Haïti, vous pensez à quoi? Un iota de pauvreté? Un palais national, écroulé, comme des milliers de maisons secouées par les mouvements tectoniques en 2010? Alors peut-être est-il temps qu’on parle d’Haïti!

Déjà, quand l’avion amorce sa descente vers l’aéroport Toussaint-Louverture, du nom de ce héros à la tête du mouvement de libération des esclaves, les montagnes et la mer turquoise emplissent le hublot. Les massifs s’étendent partout à l’horizon. Du coup, j’ai regretté d’avoir laissé mes bottes de randonnée sur le pas de la porte en faisant mes bagages.

Je l’avoue, je ne m’y attendais pas. À vrai dire, je ne sais pas ce que j’attendais. L’idiot en moi avait reluqué ses galoches un instant, d’autant qu’il restait amplement d’espace dans le sac à dos. « Bah! Mes chaussures suffiront. Il ne peut pas y avoir de si hauts sommets. » Le nom du pays l’énonce pourtant clairement. En langage aborigène, Haïti signifie « Terre montagneuse ». Ignorance, quand tu nous tiens.

Il ne faut pas se laisser berner par le chaos relatif animant justement l’aéroport Toussaint-Louverture. Les files d’attente irrégulières, les amoncellements de bagages qu’on retire au hasard du convoyeur pour les empiler dans le désordre sur le plancher, et ce défi d’aventure pour fendre la foule et accéder aux bagages ne doivent pas décourager le visiteur.

Vrai que le désintérêt total des employés de l’aéroport, quand la valise n’a pas daigné se pointer au rendez-vous, donne envie de lever les yeux au ciel. Mais on ne résume pas un pays aux épreuves techniques qui nous mènent à sa rencontre.

En sortant, on se familiarise avec le créole, une langue douce à l’oreille qu’on comprend en bonne partie dès qu’on s’en donne la peine. « Pa kanpe la », indique-t-on à la sortie de l’aéroport pour nous inciter à bouger, à ne pas obstruer le chemin. Ha, le créole!

Puis, un immense panneau souhaite « Bienvenue dans mon pays ». Des hommes musclés et des femmes en bikinis relaxent dans un hamac, sur un bateau, pour faire la promotion de la Prestige, bière blonde brassée en Haïti. Cette bière, froide à souhait, on la trouvera partout. Et on ne manquera pas de vous mentionner qu’elle a remporté deux fois la médaille d’or de la World Beer Cup, en 2000 et en 2012.

Si la bière ne suffit pas, on peut se tourner vers le rhum Barbancourt. Et pour le repas, on jette son dévolu sur le poulet au djon-djon, un poulet servi dans une sauce aux champignons noire. Le poisson au gros sel, ou simplement le poisson grillé, qu’on trouvera notamment sur le boulevard de bord de mer à Jacmel, sont un régal. Sans compter le café haïtien, les bananes plantain ou les mangues tototes. Faire totote avec sa mangue, et pas n’importe quelle mangue, c’est y perforer un trou au sommet, puis la pétrir pour en dégager le jus qu’on aspirera.

Sur les routes en méandres qui grimpent et dévalent les nombreuses montagnes, à distance de papillon de la capitale, les points de vue sont innombrables. Tantôt on jette un œil sur Léogâne, vue d’en haut, tantôt sur Jacmel, où on lave les voitures directement dans la rivière, à l’entrée de la ville.
Partout, les bus et les tap-tap, ces camionnettes utilisées comme taxis collectifs, ont été repeints avec des messages religieux. « Dieux décide », « Dieu est amour » et « Don de Dieu » ne sont que quelques exemples de paroles inscrites non seulement sur les véhicules, mais à l’occasion, sur la façade des bâtiments.

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L'Inde d'Udaipur

CHRONIQUE / À Udaipur, dans le sud du Rajasthan, en Inde, le chauffeur de taxi tourne en rond. La nuit déjà tombée enveloppe les rues où les piétons sont toujours nombreux. L’écho renvoie une musique comme les battements d’un cœur aux pulsations de course. Le prince vient de se marier.

Si toutes les ruelles se ressemblent dans une ville où on vient d’arriver, je comprends bien quand même que nous sommes perdus. Mon chauffeur ne trouve pas l’auberge et finit par se résoudre à téléphoner. L’établissement, Mewargarh Palace, situé tout en haut d’une colline, dans les enchevêtrements de rues étroites, ne peut être atteint en voiture. Ceci explique cela.

Dans l’obscurité, à franchir à pied les derniers mètres jusqu’à la porte d’entrée, je n’avais porté que très peu d’attention à l’environnement qui m’entourait, si ce n’est que de la salle à manger de l’auberge, aménagée dans la cour intérieure, la vue sur l’autre versant de la colline était très jolie avec ses milliers de lumières minuscules.

La nuit s’est poursuivie, bruyante, en étirant les célébrations de mariage jusqu’à l’aube. La basse, les chants stridents se faufilaient dans les chambres par les ouvertures au-dessus des portes, à défaut de fenêtres. Les chiens aboyaient en réponse aux mélodies ininterrompues.

Au petit matin, en mettant le pied dehors, je me sentais comme au cœur d’une médina, sans les marchands et les guides cherchant à soutirer l’argent des touristes. J’avais l’impression de sortir de chez l’habitant dans une ruelle pleine de vie.

Là, une motocyclette est stationnée près d’un muret pendant que sèchent des vêtements abandonnés au soleil. Des déchets jonchent le sol sous des fils électriques qui pendent, bien emmêlés dans un branchement douteux. Sur un balcon, un homme discute avec un autre, en bas, dans la rue. Et un enfant, pieds nus, court pour que s’envole son cerf-volant.

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L'appel de l'inusité

CHRONIQUE / Il suffit de faire miroiter un endroit étrange, inaccessible, isolé, pour que je saute dans l’aventure. Montrez-moi une statue changeant de forme selon le moment de la journée, un arbre dix fois gros comme ça dans lequel on a aménagé une chambre à coucher ou l’épave centenaire d’un navire de guerre pour que ma curiosité soit piquée.

Y’en a qui voudront absolument sortir des sentiers battus. Se vanter d’avoir été le premier à avoir mangé du cochon d’Inde aux fourmis dans une tribu reculée de l’Amazonie. Se targuer d’avoir été le premier Blanc à coucher dans une yourte reculée de Mongolie. Pas moi!

Ce qui m’a poussé dans l’avion la première fois, c’étaient les images de la tour Eiffel, que j’avais vues à outrance. Les clichés de Venise qui ne me permettaient pas vraiment d’imaginer le son des vagues sous le pont Rialto ou le soleil se mêlant aux pigeons de la place Saint-Marc.

Avant, c’était au hasard des photos de Google que je tombais sur une curiosité que je cherchais aussitôt à intégrer à mon itinéraire. Aujourd’hui, Instagram édulcore jour après jour la surprise de nouveaux lieux originaux.

Quand l’Autriche s’est imposée en même temps qu’une virée en Bavière, j’ai pensé à Innsbruck, pour ses montagnes et son petit toit doré. J’ai pensé à Salzbourg, ville de naissance de Mozart et plateau de tournage pour La mélodie du bonheur. Google m’a plutôt montré un « rocher » sculpté en forme de tête humaine. Le visage crache une chute d’eau vers un petit bassin artificiel.

Voulais voir.

Là, c’est Wattens, dans le Tyrol. Pas très loin d’Innsbruck d’ailleurs. Rien qu’à voir, on comprend que ledit « rocher » n’est pas tout à fait naturel. Pas grave. J’ignorais pourquoi ou comment il s’était retrouvé là, mais j’avais cette envie de m’en approcher.

L’endroit en question, Les mondes de cristal Swarovski, est une espèce de musée-boutique conçu par l’artiste multimédia André Heller pour les cent ans de Swarovksi, qui donne justement dans l’univers du cristal.

La sculpture paraît encore moins naturelle quand on s’en approche. Comme dans bien des cas, l’insolite nous remet à notre place en nous sommant d’être un brin réaliste. L’exposition à l’intérieur, bien qu’elle ne soit pas incontournable, propose une bonne dose d’étrangeté. Des animations surréalistes rappelant un tantinet l’univers de Dali mettent le cerveau au défi de tout comprendre. J’en suis ressorti un brin déçu.

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Le temps d’une fête

CHRONIQUE / Quand le bus a quitté Baños, dans le centre de l’Équateur, j’en avais pour toute une nuit à dodeliner sur les routes menant vers l’ouest. Le sud-ouest en fait. Les arrêts fréquents, le bruit incessant, la lumière aussi, se chargent bien de garder les passagers éveillés.

La côte, c’était le plan B, l’option de rechange après avoir renoncé à nager avec les tortues et les requins marteaux des îles Galapagos. Je me contenterais des fous à pattes bleues de l’île de la Plata, surnommée les Galapagos des pauvres. En échange, quelques jours plus tard, je m’enfoncerais dans l’Amazonie pour m’imprégner de toute la vie grouillante d’un milieu naturel qu’on n’a pas encore fini d’abîmer.

En bus, on pouvait s’arrêter à Guayaquil, la ville la plus populeuse d’Équateur, ou à Santa Elena, quelque part plus à l’ouest et beaucoup plus près de Montañita, ma base pour mon expédition à l’île de la Plata.

Déjà, à Santa Elena, je descendais du bus au bout d’une artère dans un quartier plutôt calme où un badaud, ici et là, marchait doucement, se laissait décoiffer de temps à autre quand une voiture passait et soulevait une tempête de vent éphémère. Sinon, le temps faisait plus de bruit que la vie dans ce quartier de Santa Elena.

C’est le genre d’endroit qui me fait sourire. Rager aussi, à l’occasion, parce que les solutions aux problèmes des touristes ne nous tombent pas toujours dessus aussi rapidement que dans les grandes villes. Mais j’aime effleurer le quotidien local que le tourisme n’a pas trop altéré.

Avec un transport local, donc, une flopée de touristes, très jeunes pour la plupart, et quelques membres de la communauté locale, ont pris une route qui s’éloignait vers le nord. Difficile de savoir où le mastodonte s’arrêterait. Dans la poussière de l’accotement, il marquait des pauses à l’occasion comme le font les autobus du transport en commun. Sauf que le circuit lui faisait parcourir une grande route plutôt que des boulevards ou de rues locales.

Il savait, le chauffeur, que les gringos poseraient leurs bagages à Montañita. Il s’est arrêté et a signalé le fil d’arrivée. Presque tous les passagers sont descendus et ont attendu que le véhicule reparte pour traverser la route vers le village côtier qui commençait là, à quelques mètres du bitume.

J’ai eu les yeux grands comme ça pendant deux minutes, pas plus. La grande banderole « Bienvenue à Montañita », la rue pavée menant directement à la plage, une panoplie de parasols le long des trottoirs et les stands de boissons gazeuses et autres rafraîchissements criaient « hospitalité ».

Mais au final, Montañita, c’est tout ce que je déteste du tourisme : une petite ville qui s’est construite pour plaire aux touristes en laissant de côté la vraie culture équatorienne. Quoique si on se donne la peine de s’éloigner du centre, où s’empilent les discothèques et les restaurants, on retrouve le caractère plus paisible d’une ville côtière.

Remarquez, je ne blâmerai jamais la population locale de s’être adaptée au tourisme pour mieux gagner sa vie. Ce qui me rejoint moins, ce sont les visiteurs qui s’approprient un endroit sans penser à ceux qui y vivront encore une fois qu’ils auront passé leur chemin.

Le jour, à Montañita, on parcourt les quelques rues sans se buter aux foules. Le voyageur dort et se remet de sa plus récente cuite. On peut réserver son aventure à l’île de la Plata, s’offrir une leçon de surf ou se prélasser sur la plage. Sinon, y’a les restaurants. Plus organisée et plus animée que Puerto Lopez, au nord, Montañita a le mérite d’offrir une approche de villégiature, jusqu’à un certain point. Et pour être honnête, il s’agit probablement d’un paradis pour les surfeurs.

En soirée, quand le soleil cesse de faire mal aux yeux des fêtards, les rues recommencent à grouiller d’activités. Une jeune femme ricaneuse transportant une plaque à biscuits interpelle les passants. « Brownie? » Autre cascade de rires.

Étrangement (!), le gâteau, il a le pouvoir de dilater la rate. Non merci. Mais vous ne trouverez pas beaucoup d’options équatoriennes pour le repas, que vous pourriez pratiquement avoir commandé de la maison. Et ensuite, pour vous garder éveillé toute la nuit, les boîtes rivalisent d’ingéniosité : piscine intérieure, thématique de la prison... Je ne me suis pas reconnu dans cet environnement.

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Des mosquées, un chott et des dattes

CHRONIQUE / Du sable et des cactus. Entre la capitale de la Tunisie, Tunis, et la ville de Tozeur, plus au sud, la route traverse des étendues relativement inhabitées. Les immenses cactus gorgés de fruits rouges, des poires-cactus, dressent une première ligne de végétation. Dans les terres s’alignent plutôt des rangs d’oliviers.

Tantôt, des marchands établis en amont ou en aval de petits villages ont dressé des tables et des étalages de fruits frais. Les chapelets de dattes ou de piments pendent aussi en attendant qu’un voyageur s’arrête. Tantôt, un feu crépite dans la poussière du bord de route, un mouton attaché à proximité. Tout est prêt pour des grillades fraîches.

À moins de 200 km de la capitale, la ville de Kairouan peut passer en quelques clignements des yeux si on ne porte pas une attention particulière. Ses mosquées, inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, constituent pourtant une pause très intéressante.

Ce n’est pas tous les jours qu’on s’arrête dans une ville fondée au 7e siècle qui, de surcroît, a constitué la première ville sainte du Maghreb.

On y trouve les bassins des Aghlabides, deux immenses réservoirs à ciel ouvert construits au 9e siècle et reliés entre eux.

Surtout, la Grande Mosquée, relativement déserte lors de mon passage, remplit complètement le regard. Avec ses quelque 520 colonnes, sa vaste cour centrale et son cadran solaire, perdu au milieu de toute cette étendue sacrée, il y a de quoi s’attarder. Le cadran solaire sert à connaître l’heure des prières.

Un peu plus loin, sur une place plus achalandée, au cœur du trafic de la grande route, Zawiya de Sidi Sahib s’élève. Il s’agit du mausolée du compagnon de Mahomet, Abou Zama el-Balawi. On raconte qu’il y reposerait avec trois poils de barbe du prophète.

Ce mausolée jouxte une autre mosquée ornée de complexes motifs en céramique. En traversant le hall et une grande cour centrale, on peut s’approcher de la pièce où se trouve la sépulture, mais il est impossible d’y entrer.

On dit de Kairouan qu’il s’agit de la ville des 300 mosquées. Il est donc possible d’y passer plusieurs heures si la religion nous fascine. Sinon, on peut toujours se laisser entraîner dans un magasin de tapis, où on nous expliquera comment ceux-ci sont confectionnés. Mais il faudra savoir négocier ou résister si on tombe sous le charme.