Depuis une quarantaine d’années, le chroniqueur Larry Hodgson est la référence en horticulture au Québec.
Depuis une quarantaine d’années, le chroniqueur Larry Hodgson est la référence en horticulture au Québec.

Larry Hodgson: le vaillant jardinier paresseux

Depuis une quarantaine d’années, le chroniqueur Larry Hodgson est la référence en horticulture au Québec. Les lecteurs du Soleil le suivent assidûment tous les samedis. Il prodigue ses précieux conseils sur les ondes de TéléMag et à la station CKIA. Il est l’auteur d’une soixantaine de livres et tient aussi un blogue quotidien qui rejoint 40 000 personnes, «ma plus grande fierté». À l’image du grand ami de Forrest Gump, Bubba, qui savait tout ce qu’il y avait à savoir sur le commerce de la crevette, Larry Hodgson sait tout, et plus encore, sur les arbres, les fleurs et les plantes. Rencontre avec un homme d’une grande simplicité qui cherche à partager sa passion avec le plus grand nombre.

Depuis le plateau de Sainte-Foy, dans le quartier Sainte-Geneviève, le parterre de la résidence de Larry Hodgson et de sa conjointe Marie n’offre aucun aménagement tape-à-l’œil ou excentrique. Pas de gazon, beaucoup de plantes de sous-bois qui poussent à l’ombre d’un sorbier, d’une épinette et d’un tilleul «très mal placé» que ses propriétaires ont toléré après l’achat de la maison. En contrebas, près la rue, un abreuvoir fait le bonheur des oiseaux.

Larry Hodgson se déplace à l’arrière pour la prise de photos, près d’un kiwi rustique appelé à devenir «d’un rose extraordinaire dans quelques jours». Ça et là, un pommetier ornemental «qui va fleurir l’an prochain», un lilas, un érable du Japon rustique, un heptacodium, des anémones et des trilles, un peu de gazon, à peine. À travers les murs vitrés de la véranda, on devine une flore d’intérieur imposante : crotons, philodendrons, clivias...

«Ce n’était pas comme ça quand nous avons acheté, il y a 28 ans. Le gazon était fini, la haie de cèdres aussi, explique M. Hodgson. L’ancien propriétaire avait une garderie, alors une partie de la cour était en asphalte. Vu qu’on avait acheté pendant l’hiver, on s’en est aperçus au printemps...»

«Je ne suis pas aussi maniaque que lui, mais je me trouve choyée d’avoir un environnement comme ça, lance Marie. Moi, c’est les fines herbes, j’adore cuisiner.»

«Je ne vais pas au resto. Je mange beaucoup mieux à la maison», avoue son horticulteur de mari, fan fini de son agneau mariné à la menthe, avant d’inviter le journaliste à rentrer pour l’entrevue.

Tout sauf les champignons

Larry Hodgson a grandi jusqu’à l’âge de six ans sur une ferme à Scarborough, en banlieue de Toronto. Son père, un «fermier raté» avec des racines britanniques, a été forcé de vendre sa terre en 1954, après le passage d’une tornade qui a semé la désolation derrière elle. Même si sa famille a été forcée de déménager en ville, l’enfant qu’il était a conservé une passion pour les plantes.

«J’ai toujours été fasciné par la nature, les plantes, les insectes, tout ce qui est vivant, raconte-t-il. Il n’y a pas grand-chose qui ne m’intéresse pas en horticulture, à part les champignons, mais ce ne sont pas des plantes. Par contre, j’aime bien les manger...»

«Dans ma famille [il a un frère et deux sœurs], poursuit-il, c’est moi qui étais le plus près des intérêts de mon père. Il m’a toujours encouragé. Quand j’ai commencé à faire des semis, ce qui est rare pour un enfant, il m’a fabriqué des plateaux.»

À l’époque, l’horticulture n’étant pas au goût du jour, il a décidé de s’inscrire en langues à l’Université de Toronto. Son désir d’apprendre le français lui fait décrocher une bourse pour aller étudier à l’extérieur. Il hésite entre Paris et Québec. C’est la cité de Champlain qui l’emporte. «J’y étais venu l’année de l’Expo 67 et j’ai trouvé que c’était la plus belle ville que je n’avais jamais vue de ma vie. J’avais alors dit à mes parents que je viendrais vivre ici un jour.»

Son premier appartement, à Sillery, a tôt fait de se remplir de plantes. Les fleurs abondent sur son balcon. Le jeune Larry s’inscrit au jardin communautaire de la municipalité pour faire pousser des légumes. 

Un premier texte au Soleil

Puisque le boulot de chroniqueur horticole n’existe pas, M. Hodgson se dit qu’il allait l’inventer. «Tranquillement, j’en suis venu à la conclusion que ce que j’aimais faire dans la vie, c’était partager ma passion. Je me disais qu’il y avait sûrement moyen de faire quelque chose. Je me suis lancé sans trop penser à mon affaire. Je suis allé cogner à la porte du Soleil. Mon accent était encore plus fort à l’époque, alors je devais convaincre que je pouvais écrire en français. Magella Soucy [cadre à la rédaction] m’a rappelé quelques semaines plus tard pour me commander un article. Il y en a eu un autre et un autre. Ç’a commencé comme ça. J’ai fait la même chose à Radio-Canada et à CBC

Il se souvient avec amusement de ses premières conférences prononcées au Jardin Van Den Hende, situé à l’époque au pavillon Comtois, à l’Université Laval. «Je n’avais pas d’auto. Je prenais l’autobus avec mes grosses boîtes remplies de plantes. Ça n’avait pas de bon sens...»

Le jardinier paresseux

Histoire de faire rire, il décide un jour de s’affubler du titre de «jardinier paresseux». L’éditeur de ses nombreux bouquins n’aime pas tellement. Il réussit à le convaincre. «C’était une façon de montrer aux gens qu’on pouvait jardiner sans y passer tout son temps et sans faire des choses désagréables.»

Puisque son état de santé lui permet moins de voyager pour aller admirer les jardins européens, le plus vaillant des jardiniers paresseux s’amuse à entretenir son coin de verdure. Son abondant courrier l’occupe beaucoup. Il échange trucs et conseils avec son fils, travailleur en aménagement paysager, qui a découvert sur le tard la passion paternelle.

Dans les dernières décennies, une kyrielle de chefs ont contribué à raffiner les goûts culinaires des Québécois, loin du sempiternel trio steak-blé d’Inde-patates. À sa façon, presque à lui seul, Larry Hodgson peut se féliciter d’avoir fait pousser dans nos jardins autre chose que du gazon, des pivoines et des haies de cèdres...

LES JEUNES ONT LE POUCE VERT

Grisés par une liberté retrouvée et l’arrivée du beau temps, les Québécois ont littéralement pris d’assaut les centres de jardins et les pépinières depuis la fin du confinement. Jouer dans la terre est devenu un passe-temps à la mode. Larry Hodgson croit que la pandémie a seulement donné un élan à un engouement déjà en ébullition.

«Je le sentais déjà en février et mars. À la Fête des semences, une semaine avant le confinement, on n’a jamais vendu autant. Le confinement a contribué à accélérer le mouvement.»

Le chroniqueur horticole le constate encore à chacune de ses visites dans les centres de jardin. Sa recherche de fines herbes fait parfois chou blanc. Les semences sont rares. À certains endroits, «on rentre de la terre à jardin une journée, et le lendemain, il n’y a plus rien.»

Autre facteur non négligeable dans l’équation : le rajeu-nissement de la clientèle. «Pendant des générations, le jardinage a été vu comme quelque chose pour les vieux. Les jeunes ne jardinaient pas beaucoup. Maintenant, ils s’y sont mis en masse. Ils vivent en appartement et cherchent de la verdure. Ils cultivent des légumes sur leur balcon. Les Urbainculteurs ont contribué à ce mouvement. Ils ont changé la vie de beaucoup de gens.» Normand Provencher

EN RAFALES

Un arbre

Le pin blanc. Son port est magnifique. Il est très symétrique avec ses grandes branches.

Une fleur

La glycine. Avec ses longues chaînes de fleurs violettes, roses et blanches, parfumées en plus, c’est vraiment quelque chose. Elle pousse dans le nord des États-Unis. À la rigueur, on peut la cultiver au Québec, mais elle ne pousse pas aussi bien. J’aime aussi beaucoup la renouée polymorphe. C’est une plante large et dense qui fleurit tout l’été.

Un jardin

Longwood Gardens, à Kennett Square, à une heure de route de Philadelphie. C’est imbattable. Il y a là tout ce qu’on peut imaginer d’un jardin : des aménagements classiques à la française, des fleurs, des arbres extraordinaires, des serres et des serres. En plus, on y mange bien.

Le défaut le plus courant chez les jardiniers

Les gens sont trop pressés. Ils plantent et veulent des résultats le lendemain. Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. La nature a besoin de temps. J’ai reçu récemment deux courriels de personnes qui se demandaient pourquoi leurs pommiers ne fleurissaient pas. Mais ils les ont plantés l’an dernier. Ça peut prendre jusqu’à sept ou huit ans avant qu’ils fleurissent vraiment. Normand Provencher