Pierre Lavoie rêve de buttes bien pensées pour les cours d’école, «juste assez grandes, pas trop à-pic». Dans la cour, il faut que le jeune trouve du plaisir. Peu importe sa personnalité. Il en faut autant pour les jeunes actifs, sociables, concentrés, dans la lune...

Lab-École : pour des buttes de neige dans la cour de récré

Buttes de neige pour grimper et glisser. Abris pour socialiser, faire des classes extérieures et sortir les jours de pluie. La cour de récréation est l’endroit où il y a le plus de potentiel pour qu’un enfant aime l’école, croit l’athlète Pierre Lavoie. Il a poussé quelques idées au Soleil.

Les trois mousquetaires du projet Lab-École, Pierre Lavoie, l’architecte Pierre Thibault et le chef et homme d’affaires Ricardo Larrivée, étaient de passage à la Rotonde de l’Assemblée nationale, cette semaine, pour sensibiliser politiciens et gens d’affaires à leur cause et montrer les avancements de leur réflexion sur l’école de demain, amorcée il y a deux ans. Le temps d’une soirée, plusieurs maquettes fabriquées par l’équipe du Lab-École étaient exposées. 

On comprend vite que la cour extérieure est un espace sérieusement étudié ces derniers mois. «J’ai regardé un livre sur les cours de récré les plus hot sur la planète. Mais 90% de ce qu’on voit n’est pas applicable au Québec, à cause du climat. Il fallait donc réfléchir en fonction du froid, du gel, de la pluie. Un gros exercice se fait présentement», confirme Pierre Lavoie au Soleil.

Des zones, des arbres. «La cour de récré, il faut la rendre moins chaude, plus verte et moins stigmatisante. Parce que c’est souvent dans la cour que se fait l’intimidation et l’exclusion», analyse Pierre Lavoie, co-fondateur du Lab-École.

À un groupe d’élèves reçu au Lab, il a demandé à quel endroit ils préféraient être à l’école. La réponse est venue d’une petite fille : «Dehors!»

L’athlète a fait un pied de nez à son collègue architecte Pierre Thibault, qui «se fend le derrière à vouloir construire de belles écoles quand c’est dehors qu’ils aiment le plus être».

Trêve de plaisanterie, Pierre Lavoie mise beaucoup sur l’extérieur. «Moi, je rêve que chaque école ait sa butte de neige. Quand ils les enlèvent, je le dénonce. C’est l’un des plus beaux outils, qui ne coûte rien, et qui développe la dextérité motrice d’un enfant.»

L’homme derrière les cubes énergie indique que si un enfant ne bouge pas plus tard, c’est souvent parce qu’il a été discriminé ou parce qu’il se sent inhabile. Grimper, glisser, botter sont des actions qui développent les habiletés motrices.

Voilà un besoin à combler, mais il y en a d’autres. «On m’associe à l’activité physique, mais je vois bien que les jeunes filles aiment beaucoup socialiser, parler, plus que bouger. C’est important de respecter ça aussi.»

Selon lui, la cour doit représenter les différentes personnalités des jeunes et non pas être normée pour un seul type d’enfants. 

Concevoir des abris vient répondre à plusieurs besoins: faire des classes extérieures, socialiser, sortir et se dégourdir les jambes quand il pleut. Mais il faut les installer à proximité de l’école, pas au fond de la cour. 

«C’est comme ton spa, chez vous. S’il est au bout de la cour, l’hiver, tu n’iras pas. Mais s’il est côté de la porte patio, il y a des chances que tu y ailles à moins 20 degrés», illustre Pierre Lavoie.

Il a aussi remarqué que plusieurs écoles étaient faites en forme de L. Il suggère de profiter de l’angle pour installer des bâches synthétiques qui protégeront de la pluie, créeront de l’ombre dans l’école et empêcheront les classes de surchauffer. Et en inclinant les bâches, on récupère l’eau de pluie pour le potager! Le jardinage écologique étant un autre volet de l’école de demain.

Voilà quelques idées avec lesquelles les firmes d’architectes finalistes au concours Lab-École pourront jongler pour peaufiner leurs propositions aux cinq projets d’agrandissement et de construction d’écoles primaires à travers la province. Propositions qui seront présentées dans les milieux en février 2020, avant le dévoilement des lauréats.

Changer la façon de construire les écoles, à l’intérieur comme à l’extérieur, va aussi changer les façons d’enseigner, naturellement, croit Pierre Lavoie.

Plus largement, Pierre Lavoie estime que les cours d’école sont des espaces où la municipalité peut s’impliquer, en se les appropriant le soir et les fins de semaine. L’objectif: qu’elles soient agréables en tout temps.

En mai, le gouvernement du Québec a annoncé investir 3 millions $ pour rendre 140 cours d’école «plus attrayantes». «On sait que ce n’est pas suffisant et ils le savent aussi», mentionne l’athlète.

Il dit avoir vu de belles initiatives au Québec. En couplant ces idées à celles vues à l’international, en brassant les cartes, l’athlète a bon espoir que des projets efficaces voient de plus en plus le jour.

Le Lab-École annonce d’ailleurs une publication dédiée exclusivement aux cours extérieures au printemps 2020.