Pour le chef Vikram Vij, la prochaine cible de la curiosité culinaire devrait être l’Inde.

La table de l’Inde, future terre promise ?

La cuisine indienne pourrait-elle devenir la prochaine coqueluche des gourmands ? L’avenir le dira mais il y a au Canada au moins deux chefs qui y travaillent avec ardeur. Avec une approche discrète mais convaincue, ils propagent non seulement les saveurs de l’Inde, mais la bonne nouvelle que leur pays natal pourrait figurer parmi les grandes destinations culinaires au monde.

Il n’est pas question que les foodies se limitent aux restaurants étoilés (et chers) de la France, passant des temples que sont ceux de Bocuse, de Robuchon et des Troisgros aux bistros sympathiques proposant une cuisine du terroir riche d’un siècle et demi de perfectionnement depuis Carême et Brillat-Savarin.

Il est temps d’aller au-delà du retour aux sources et des simples saveurs de la cuisine de l’Italie, de ses tomates gorgées de la chaleur du soleil méditerranéen, de l’huile d’olive réparatrice et pâtes simplissimes mais nourrissantes.

Il n’est pas question non plus de se laisser séduire par la table nordique des Scandinaves, froide et différente. Et laissons à d’autres les découvertes du panier des 3000 variétés de pommes de terre du Pérou, de son quinoa et de son métissage des peuples latino avec les vagues d’immigration sud-américaine.

Non, pour Vikram Vij et Joe Thottungal, la prochaine cible de la curiosité culinaire devrait être l’Inde, contrée de leurs ancêtres. 

La semaine dernière, ils travaillaient main dans la main lors d’une réception à la résidence du haut-commissaire de l’Inde au Canada, Vikas Swarup. Une centaine d’invités, dont la nouvelle ambassadrice des États-Unis Kelly Knight Craft, faisaient une exploration culinaire exceptionnelle dans une superbe propriété du secteur Rockcliffe Park. 

Si M. Swarup était l’ambassadeur politique, Vij, comme plusieurs l’appellent tout simplement, était l’ambassadeur culinaire. Et la réelle vedette de l’occasion.

Restaurateur extraordinaire à Vancouver, Vikram Vij devient rapidement l’incarnation de l’Inde au Canada avec sa présence à la populaire émission de télévision Dragon’s Den, au réseau CBC. Il refuse peu d’invitations à parler de son pays, de sa cuisine mais surtout, de la chaleur de son pays d’accueil. Il vante le Canada et son hospitalité d’une manière à faire envier Justin Trudeau.

« Je suis né en Inde ; comme chef, j’ai été forgé en Autriche et endurci au Canada », dit-il d’emblée. Ce jour-là, il a laissé sa veste blanche au vestiaire, préférant la veste Nehru, avec le col mandarin, discrètement ouvert. Il vante devant les invités les « sucettes » de carré d’agneau que le chef Thottungal a préparées à la manière du restaurant éponyme de Vij, avec une sauce de curry à la dijonnaise. 

Vikram Vij rappelle avec fierté qu’il était, avec le chef Thottungal, à l’événement « La tablée du Canada », le 27 août dernier, dans le cadre du 150e anniversaire de la Confédération. Mille convives assis côte à côte à une même et longue table en plein air, au beau milieu de la rue Wellington, devant le Parlement.

« Pas mal pour deux chefs arrivés au Canada avec bien peu en poche ! Il y avait deux étrangers parmi les 20 chefs choisis à travers le pays : lui et moi ! Personne de tous ces grands pays connus pour la cuisine, non. Deux chefs de l’Inde ! »

Entre autres, ils y ont côtoyé les Québécois Normand Laprise, du restaurant Toqué !, et Daniel Vézina, des Laurie Raphaël, à Québec et Montréal.

Ottawa, ville hôtesse, avait délégué 10 de ses plus grands, dont Marc Lépine, du restaurant Atelier, Chris Deraiche, du Wellington Bistro, et Michael Blackie, de Next.

Et dimanche dernier, pour inaugurer la patinoire devant la Chambre des communes, Vikram Vij cuisinait du caribou avec ses collègues Chuck Hughes, de Montréal, et Susur Lee, de Toronto.

Il saute sur chaque occasion de célébrer son pays d’accueil, mais du même coup faire connaître les saveurs de son pays natal.

L’Inde prépare une grande offensive pour se faire connaître, espère-t-il. La campagne « Incredible India! », lancée en 2002, a besoin d’un nouveau souffle. Elle doit mieux se promouvoir, à l’image de la France et son événement planétaire « Goût de France » (ou « Good France ») et l’Italie qui célébrait à la fin novembre sa « Semaine mondiale de la cuisine italienne ». Chacun s’illustre par plus de 1000 activités aux quatre coins du globe.

« L’Inde est une incroyable destination culinaire, vante Vij. Il faut y aller pas juste pour admirer le Taj Mahal, mais aussi ses cuisines, car il y en a plusieurs dans ce grand pays de 1,2 milliard d’habitants ».

« Notre objectif, c’est d’amener une nouvelle reconnaissance de cette cuisine indienne. Et avec le nouveau haut-commissaire en poste au Canada, je crois que nous y arriverons », prédit Vikram Vij.

Originaire du Punjab, Vij incarne la cuisine du nord et de son bien connu poulet au beurre. Thottungal, du Kerala, dans le sud, propose une cuisine plus légère, souvent végétarienne à son restaurant Coconut Lagoon, sur le boulevard Saint-Laurent.

Si Vij est le centre d’attention, le chef Thottungal n’en est pas moins méritant. Il a remporté le concours Des chefs en or/Gold Medal Plates à Ottawa, l’an passé, et fini second à la finale nationale à Kelowna, en février.