La révolution des produits menstruels

Valérie Marcoux
Valérie Marcoux
Le Soleil
«L’univers des produits menstruels est vraiment en train de se transformer», remarque Amélie Bleau, sexologue et directrice de l’organisme Sexplique à Québec. Dans les dernières années, les serviettes hygiéniques lavables, les sous-vêtements menstruels et les coupes menstruelles sont venus s’ajouter au traditionnel duo que formaient le tampon et la serviette hygiénique jetable. Ces nouveaux produits réutilisables ont des avantages notables pour le portefeuille des femmes et la santé de la planète.

La compagnie de produits hygiéniques Tampax a lancé sa propre coupe menstruelle sur le marché canadien en avril 2019, ce qui donne un indice de la popularité croissante de ce produit pourtant méconnu. «Ce n’est pas tout le monde qui sait ce qu’est une coupe menstruelle. Et ce n’est pas tout le monde qui sait qu’il existe un autre modèle de la fameuse Diva Cup puisque c’était jusqu’à récemment le seul modèle disponible en pharmacie», indique la directrice de Sexplique, un organisme ayant pour mission de sensibiliser, d’éduquer et d’informer la population sur la santé sexuelle et reproductive, ainsi que de soutenir les professionnels de ces domaines.

«On a vu la popularité des coupes augmenter, mais les gens sont encore frileux», soutient-elle. Notamment, croit-elle, parce que la coupe ne peut pas être essayée et retournée après l’achat si elle ne convient pas, et que celle-ci représente tout de même un investissement allant de 30 $ à 70 $, selon celle qu’on choisit.

Or, une fois achetées, les coupes menstruelles réutilisables (car il en existe des jetables) ont des durées de vie allant de 3 à 5 ans et permettent de réaliser des économies notables.

La Diva Cup

Un nouveau modèle de coupe menstruelle

La coupe menstruelle Nixit est arrivée discrètement sur le marché canadien au début de la saison estivale. Le design de cette coupe est conçu pour réduire l’effet de succion au moment de la retirer, explique la fondatrice de l’entreprise, Rachael Newton.

Moins profonde et plus évasée que les coupes traditionnelles, la Nixit a un diamètre de 7 cm. Elle s’insère à l’horizontale, ce qui élimine presque totalement l’effet de succion qu’on retrouve chez la plupart des autres coupes menstruelles qui doivent être pliées, puis insérées, avant de reprendre leur forme et d’épouser les parois vaginales.

Sans succion, la Nixit tient en place en s’accotant derrière l’os pubien. Ce faisant, elle dégage l’entrée du vagin et permet d’avoir des relations sexuelles avec pénétration tout en la portant, indique la compagnie.

Avec une capacité de 70 ml, cette coupe peut rester environ 12 heures en place sans être vidée.

Alors que la plupart des coupes menstruelles sont offertes en deux formats ou plus, Nixit a plutôt créé une coupe souple qui s’adapte à l’anatomie de la personne. Vendue en un seul format, il s’agit de la coupe menstruelle réutilisable la moins rigide qui existe actuellement sur le marché, soutient la représentante Nixit, Chelsea Becker.

Bien que 100 % fabriquée au Canada, la coupe Nixit a d’abord été introduite sur le marché international en février 2019 avant de pouvoir être vendue dans son pays de fabrication en juin 2020. Ce décalage existe parce que le Canada exige une licence médicale pour la vente de coupe menstruelle sur son territoire.

La Nixit est faite à 100 % de silicone de qualité médicale.

Entretien

À l’instar des autres coupes menstruelles réutilisables, la Nixit doit être stérilisée dans l’eau bouillante au début et à la fin de la semaine d’utilisation.

Cette compagnie propose aussi des lingettes jetables pour laver la coupe avant de la remettre en place durant la semaine. Emballées individuellement, elles sont biodégradables, compostables, sans parfum et avec un pH neutre. Ces lingettes sont utiles pour changer sa coupe menstruelle dans une toilette publique où on n’aurait pas accès à un lavabo, par exemple. 

Or, peu d’utilisatrices se retrouveront réellement dans cette situation. Contrairement au tampon, les coupes menstruelles peuvent être portées assez longtemps sans risque pour la santé, ce qui permet d’attendre de se retrouver dans un lieu approprié avant de la manipuler. «Il n’y a pratiquement pas de risques de choc toxique», affirme Amélie Bleau.

Même si la coupe menstruelle demande plus de manipulations, elle reste une pratique aussi salubre que l’insertion d’un tampon, car ses matériaux sont moins propices à la propagation de bactéries. L’essentiel est de se laver les mains, rappelle la sexologue.

La coupe menstruelle Nixit est vendue sur le site web de la compagnie.

À partir de quel âge?

Il n’y a pas d’âge pour commencer à utiliser une coupe menstruelle, bien que généralement les personnes de moins de 12 ans ont un corps moins développé qui pourrait faire en sorte que les coupes menstruelles soient inconfortables pour ces jeunes personnes, précise Amélie Bleau. 

«Il n’y a pas de risque de se blesser, affirme la sexologue. Le fait que ce soit approuvé par Santé Canada est un bon indice : c’est que c’est très sécuritaire comme méthode.»

L’essentiel est d’être à l’aise avec son corps, puisque la coupe demande un peu plus de manipulation qu’un tampon ou une serviette. «Souvent, il va falloir la placer avec les doigts et ce n’est pas tout le monde qui est à l’aise de faire ça», ajoute-t-elle.

Autres produits réutilisables

Pour ces personnes, les serviettes lavables et les sous-vêtements menstruels peuvent être une option intéressante pour économiser et réduire l’impact écologique des menstruations. 

Les boutiques Mère Hélène, dont une se trouve aux Promenades Beauport, tiennent quatre marques de serviettes hygiéniques lavables en magasin, la majorité sont faites au Québec.

Sur la plateforme de vente en ligne Etsy, on retrouve aussi plusieurs couturières locales qui confectionnent et vendent des serviettes lavables. 

Ces serviettes s’attachent au fond du sous-vêtement grâce à des boutons-pression installés sur les ailes de la serviette. Elles sont souvent vendues en paquet de deux, dont les prix varient entre 10 $ et 30 $, selon les marques et le type de serviettes. Comme pour leurs jumelles jetables, on retrouve des serviettes avec des capacités d’absorption différentes. 

Disponibles en format boxer, bobette et tanga, les sous-vêtements menstruels sont plus dispendieux. Leur prix varie entre 20$ et 70 $, selon les marques et modèles. Certaines auront des protections amovibles à l’intérieur pour faciliter le lavage, comme celles de Mme L’Ovary, et d’autres non, comme c’est le cas pour Thinx. 

Concernant les serviettes et les sous-vêtements, il faut en avoir plusieurs pour passer au travers de sa semaine.

Pour les laver, il faut d’abord les rincer à l’eau froide pour enlever le plus de sang possible avant de les envoyer à la laveuse en utilisant un savon neutre, sans assouplisseur ni parfum.