En Birmanie, on cuisine directement dans la rue. Les clients mangent sur des tabourets de plastique devant le stand de nourriture.

La planète dans l'assiette

CHRONIQUE / Manger! Il suffit d’être un tantinet gourmand pour que les repas prennent une place immense dans les voyages que nous planifions. En plus de nouvelles saveurs, des plats qu’on ne se serait jamais imaginé manger, il y a tous ces restaurants, plus ou moins typiques, avec leur ambiance, leur concept différent, qui nous permettent de bien nous plonger dans une nouvelle culture.

Au Japon, par exemple, certains restaurants nous permettent de commander directement à l’entrée, sur une espèce de machine distributrice. Il y a cinq ans, ces machines n’avaient pas d’écran tactile, pas plus que des illustrations, la plupart du temps. On appuyait sur les descriptions des plats qu’on voulait, un coupon s’imprimait, et on le remettait à une serveuse, qui nous apportait aussitôt notre commande.

Sauriez-vous lire le japonais, ou feriez-vous comme moi, en choisissant seulement les restaurants où des images simplifient le choix des clients?

Dans d’autres pays, la méfiance et la paranoïa sont payantes. On pense à l’Inde et à la Birmanie, où le meilleur et le pire peuvent se côtoyer quand on mange directement dans la rue. La cuisine de rue y est particulièrement populaire, mais le manque de cuisson ou le manque de réfrigération jouent parfois des mauvais tours.

C’est pourtant en Inde que les saveurs des currys et des thalis rendent complètement fou. Les épices bien dosées, le pain naan fraîchement cuit et les plats végétariens sont difficiles à égaler. Pareil pour les lassis, ces boissons à base de fruits et de yogourt. Il faut toutefois savoir que de commander un « lassi spécial » peut entraîner des hallucinations. Le cannabis qu’on y ajoute y est probablement pour quelque chose.

L’Inde demeure un endroit idéal pour s’initier à la cuisine végétarienne, d’une part parce que les animaux n’y semblent pas particulièrement en santé, d’autre part parce que les plats de fromage indien, d’épices et de légumes y sont tellement goûteux.

En Birmanie, où le mercure grimpe souvent au-dessus des 30 degrés Celsius, on se lassera probablement de manger des soupes et des plats de nouilles fumants. Mais les autres plats cuits, souvent servis froids, peuvent facilement entraîner des intoxications, particulièrement à l’extérieur des grandes villes. On mange généralement assis sur un tabouret de plastique, sur le bord de la rue, devant ceux ayant préparé le repas.

Les voyages culinaires, c’est essayer de nouveaux mets, comme le chameau, servi dans le buffet de l’hôtel où je logeais à Tozeur, en Tunisie. Il faut s’habituer au goût laineux très prononcé.

Au Pérou, on m’a servi du jambon de lama sans que je goûte une différence importante avec le jambon que je consomme habituellement. J’ai quand même eu moins de réticences à essayer ce plat qu’à goûter le cuy, ou cochon d’Inde, qu’on sert généralement en entier dans l’assiette. L’occasion d’en manger ne s’est pas présentée.

À Siglufjordur, en Islande, ces crevettes sont servies avec une portion de sel de volcan.

En Islande, la viande de cheval est prisée. Bien sûr, les poissons seront aussi très souvent au menu. À Reykjavik, la capitale, le Grillmarkadurinn est sans doute un des meilleurs restaurants. La facture, ajustée en conséquence, ne diminue en rien le plaisir des plats de dégustation de viande pour les gros appétits. Le plateau de desserts, avec ses glaces maison, sa boule de chocolat au caramel et son gâteau au chocolat est particulièrement divin.

À l’autre bout du spectre, Baejerins Beztu est un stand à hot-dogs très prisé de la population locale et des touristes. Planté au coin d’une rue, il est assailli par de longues files de clients aux heures de repas. Bill Clinton et les membres de Metallica s’y sont arrêtés. Et il est vrai que les hot-dogs y sont excellents.

Sinon, dans les plus petites villes, comme à Siglufjordur, on peut commander des crevettes au sel de volcan. Rien que ça.

En Roumanie, même les gros appétits en auront pour plusieurs jours à digérer le traditionnel sarmale, un plat de cigares au chou, souvent accompagné d’un morceau de lard et de polenta. En plein été, par une chaude journée, c’est tout ce qu’il faut pour écraser et ne plus avoir la capacité de bouger. Le problème, en Roumanie, c’est qu’on n’a jamais envie de s’arrêter quand on commence à manger.

Et il y a la gastronomie d’ici, celle qui vaut à elle seule le détour vers les îles de la Madeleine, par exemple, pour se régaler de homard frais. À moins que vous ayez une envie d’un plat de loup marin... Le pot-en-pot, cette espèce de pâté aux fruits de mer, ne peut assurément pas être ignoré. Partir des îles sans avoir mangé son pot-en-pot? Sacrilège!

Presque partout dans le monde, on pourra se sauver la vie avec un hamburger du McDonald’s, qui goûtera comme à la maison, ou un sandwich au pain blanc du 7-Eleven. Mais ce serait passer à côté d’une bonne partie de l’expérience de voyage.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com