La baie de Finikas, où nous nous rendons pour dormir après avoir fait un arrêt à Loutro.

La Crète, un pas à la fois

CHRONIQUE / Je rêvais de la Grèce depuis longtemps. J’ai mis du temps avant d’y débarquer, faisant entre autres un détour par la Pologne et le Danemark avant d’y arriver. C’est ça, être boulimique de voyages : on rêve d’une destination et oups, la première chose que l’on sait, c’est qu’on s’en va dans un autre pays qui ne faisait pas partie de la « liste » initiale. C’est en voyant passer un trek mariant mer, histoire et gastronomie que je me suis dit que l’attente avait assez duré.

C’est par un trek de dix jours en Crète, la plus grande île de Grèce, que j’ai choisi de visiter le pays des dieux. Un excellent choix, au final, qui nous permet d’éviter bien souvent les autocars de touristes. Parce que pour voir le paysage spectaculaire du mont Gigilos, par exemple, une montagne de près de 2000 mètres, il faut quand même mettre un minimum d’efforts. Au total, nous avons foulé un peu plus de 100 km au terme de notre périple.

Celui-ci nous a d’abord menés à Hania (aussi appelée La Canée), charmante petite bourgade à l’ouest de la Crète, où on peut à la fois admirer une mosquée [qui n’est plus en fonction] et le port vénitien, et se perdre dans les dédales des rues... au propre comme au figuré. Au loin, les montagnes de la Crète se dessinent. Les Lefka Ori, les fameuses montagnes blanches, s’avèrent un incroyable terrain de jeu pour les passionnés de randonnée.

La mer et les montagnes me catapultent ailleurs dès la sortie de l’aéroport. Après une douzaine d’heures de voyage, j’ai l’impression d’avoir complètement décroché.

Notre premier souper, partagé entre les 12 membres du groupe, donne le ton à tous les repas qui vont suivre : un véritable festin. Feuilles de vignes, fromage saganaki, tomates confites, pieuvres grillées... La formule de plats à partager permet de se délecter d’une pléthore de mets, des rafraîchissantes salades jusqu’au poisson grillé.

Le trek nous mène de Skafia jusqu’à Omalos, d’où nous repartons en autobus vers Hania pour reprendre un vol vers Athènes. Chaque jour, les paysages sont variés et la marche nous fait découvrir une facette de la Crète que nous n’aurions sans doute pas la chance de connaître autrement.

Hania est notre porte d’entrée en Crète. On peut notamment y voir une ancienne mosquée.

Certaines journées, nous partons d’un village à un autre avec notre sac à dos de jour. Le trajet est entrecoupé d’un pique-nique ou d’un dîner dans une taverna locale, et ceux qui le souhaitent peuvent en profiter pour nager dans les eaux turquoise. En mai, l’eau est fraîche. Mais en randonnant dans des températures oscillant autour de 30 degrés, on devient soudainement plus brave.

Le trajet compte certaines randonnées carrément inoubliables. Du nombre, les gorges de Samaria, que certains guides touristiques décrivent comme les plus profondes d’Europe et que les gens descendent pendant environ quatre à six heures.

Mais le plan de match de l’agence Karavaniers, avec qui je me suis embarquée dans cette aventure, est de les monter à partir du petit village d’Agia Roumeli, situé au bord de la mer, ce qui prend presque toute la journée. Le sentier, longeant ou enjambant d’abord un cours d’eau, démarre doucement. Ce sont les quelque trois km de la fin qui se révèlent plus abrupts et plus ardus. Au long du trajet, au moins trois personnes nous lancent que nous n’allons pas dans la bonne direction. Au final, avec le retour à pied à l’hôtel, on marche une vingtaine de km.

Quand je mentionne à un agent de l’information touristique à Athènes que mon groupe a « monté » les gorges, il ne me croit pas. Ce sympathique Grec qui a habité Montréal et qui parle très bien français doute visiblement de mon histoire.

Et pourtant.

En plus d’avoir profité de l’immensité du paysage et du décor spectaculaire, nous avons pu nous reposer à l’arrivée sur la terrasse d’une taverna locale, sans doute l’une des mieux situées que j’ai pu voir sur la planète. C’est sans compter la fierté qui nous habite.

De là, Simon, notre guide, nous montre du regard la montagne à côté de nous : il s’agit du sommet du mont Gigilos, notre prochaine randonnée.

En la parcourant, cette montagne peut parfois sembler intimidante. Je n’ai habituellement pas le vertige, mais à certains endroits, mieux vaut ne pas penser à ce qui adviendrait si on glissait. À une certaine altitude, notre guide souligne que si nous ne voulons pas aller tout près du sommet, c’est ici que ça s’arrête. Jusqu’ici, ça va.

J’avoue que le doute s’installe lorsque je vois l’amoncellement de rochers qu’il faut grimper. Comme il le dit à plusieurs reprises, un pas à la fois... Des pas qui nous mènent à proximité du sommet d’où l’on a une vue à 360 degrés. De là, nous sommes plus haut que le vautour juste là. On semble tout petit dans cette immensité.

Toutes les randonnées ne sont pas aussi spectaculaires, mais elles sont toutes aussi magnifiques. Comme ma camarade de voyage Dany le dit, « ça n’en finit plus d’être beau ».

Ici, l’air embaume les fleurs et les herbes; là, des vestiges apparaissent, et grâce aux connaissances de notre guide, on se plonge dans l’histoire de la Crète, qui a été le berceau de la civilisation minoenne.  

Et puis, il y a les chèvres, partout, tout le temps. Des fois elles apparaissent sur notre chemin, ou courageusement perchées dans les hauteurs. Lorsqu’on ne les voit pas, on les entend, comme pour nous rappeler qu’un trek en Crète ne se vit pas sans elles.

Pendant trois jours, nous séjournerons dans une bergerie, chez Anna et Adonis.

Là-bas, nous aurons la chance de manger leur fromage frais et de déguster une « Skafia pie ». Ce mets typique de la région, qu’on nous a servi au déjeuner, ressemble à une crêpe et il est farci de fromage Myzithra. Le bonheur n’est pas qu’en montagne, il est aussi dans l’assiette chaque jour.

Nos randonnées nous permettront d’apercevoir des dizaines de ruches : le miel est l’un des produits du terroir dont on se délecte pendant notre séjour.

Quand vient le temps de se séparer après deux semaines, c’est le cœur lourd que je laisse les membres du groupe. Parce qu’au-delà des paysages fabuleux qu’on a foulés ensemble, c’est aussi beaucoup d’eux que je vais me rappeler.

Promenade dans le village de Fira, au coucher du soleil.

Santorini la magnifique

Après le trek, j’ai poursuivi ma route vers Santorin. Il était hors de question d’aller en Grèce sans voir cette île mythique.

Je n’ai pas été déçue : l’île est tout aussi magnifique que je me l’étais imaginée. Difficile d’avoir plus spectaculaire comme décor que ces maisons blanches accrochées à flanc de falaise. Le décor de l’île et ses falaises vertigineuses ont été façonnés il y a plusieurs siècles par une éruption volcanique.

Après avoir réussi à éviter (du moins en partie!) les touristes en Crète, je déchante un peu ici. On a beau n’être qu’à la fin mai, les touristes accourent. C’est l’envers de la médaille pour voir autant de beauté, mais je n’ose pas m’imaginer en haute saison touristique.

Par le plus grand des hasards, Jean et Sonia, qui forment un des couples qui a fait le trek avec moi en Crète, se retrouvent aussi à Santorin pour quelques jours. Le lendemain de mon arrivée, ils me proposent de parcourir le sentier d’environ 10 km reliant les villes de Fira (la capitale) à Oia, réputée pour ses couchers de soleil. Le sentier permet de longer la caldeira et de profiter d’une vue exceptionnelle. Le sentier débute sur un tronçon pavé et se poursuit sur une surface sableuse et rocheuse. Nos efforts sont récompensés à notre arrivée à Oia, où l’on mange sur une terrasse… et où la vue est imprenable.

Au départ du sentier, on a d’abord en tête qu’on reviendra peut-être en autobus pour le trajet du retour… Après le trek, on peut bien se reposer un peu! Mais à notre arrivée, en voyant la congestion de la circulation, on décide de rentrer à pied et de refaire en sens inverse les quelque 10 km. C’est encore le meilleur moyen de fuir les autocars de touristes… et de garder un souvenir incroyable de cette île. Le soleil tape, mais heureusement, le vent est toujours omniprésent.

En seulement trois jours, je n’aurai qu’un aperçu de tout ce que l’île a à offrir. J’aurai le temps de jeter un coup d’œil au port de Fira et au ballet incessant des bateaux qui font la navette à partir des bateaux de croisière, de descendre les innombrables marches que bon nombre de touristes décident de monter ou descendre à dos d’âne (non merci), et de voir l’un de ces spectaculaires couchers de soleil.  

Découverte pas du tout planifiée : la petite ville de Pyrgos, où je passerai beaucoup de temps à savourer un café sur une terrasse sise en hauteur et à flatter les chats qui sont partout là-bas. Selon le Guide du routard, il s’agit du village le plus élevé de l’île de Santorin… et il « n’a pas encore été envahi par le tourisme de masse ». Chouette. Niché comme ça en hauteur, le village offre de beaux points de vue sur l’île, et il est bon de flâner dans les petites ruelles. À mon passage, Pyrgos semble bien tranquille… et c’est parfait comme ça. Isabelle Pion

Un sentier d’environ 10 km relie Fira à Oia, permettant ainsi aux marcheurs d’admirer la silhouette particulière et le décor enchanteur de Santorin.