Si votre jeune consomme du pot, c’est qu’il y voit un gain. Mais ce gain est souvent inconscient chez l’ado. En lui faisant prendre conscience des motifs, il pourra faire des choix plus éclairés par la suite.

Juste une petite puff

CHRONIQUE / Le texto est rentré le lendemain de la Saint-Jean. Urgence familiale. L’ex de Simon venait d’avoir la confirmation que leur fils de 14 ans fumait de la marijuana. Elle avait trouvé sur le bord du feu une cannette percée, vraisemblablement pour en faire une pipe. Mis devant le fait accompli, Fiston a fini par avouer. Oui, lui aussi fume du pot. Ce n’est pas seulement ses amis, comme il leur avait déjà dit.

Pour les parents, ça reste un choc. «On a peut-être été naïfs», dit Simon. «Je pense qu’on ne voulait pas y croire.» Il espérait qu’il attende plus longtemps pour faire cette expérience. Surtout qu’il y a de la schizophrénie dans la famille. Il craint que la marijuana puisse déclencher la maladie s’il est porteur du gène. Ils en avaient parlé avec leur fils, mais lui a plutôt l’impression qu’ils lui ont dit ça pour lui faire peur.

Simon avoue qu’il ne sait pas trop quoi faire avec ça. Il ne va pas lui donner un dépliant sur la drogue quand même... Le punir? Est-ce qu’on peut vraiment lui interdire de le faire? En plus, dans le contexte actuel de légalisation, le père a l’impression que la consommation de pot devient plus banale aux yeux des jeunes. Si la société l’endosse, ça ne doit pas être si pire...

Simon a toujours aimé mieux que les partys se passent chez lui plutôt que de ne pas savoir où se trouve son fils et avec qui. Vaudrait-il mieux qu’il achète le pot à la Société québécoise du cannabis au lieu que son fils ou ses amis s’en procurent dans la rue? Il n’est pas encore rendu là, mais il y réfléchit. Et si lui-même décidait de fumer un joint à l’occasion, maintenant que ça sera légal et plus accessible?

Que faire si vous découvrez que votre ado prend de la drogue? Si ça vous met en colère, essayez de ne pas perdre les pédales devant lui, explique Marco Richard, conseiller à la famille pour le centre d’aide Le Grand Chemin. Ça peut créer un fossé qui va être difficile à combler.

Si vous vous en rendez compte parce qu’il est gelé, ce n’est pas le moment de commencer une discussion avec lui! Dites-lui que vous allez en reparler demain matin et assurez-vous qu’il soit en sécurité, conseille M. Richard. Vaut mieux aller voir une fois ou deux pendant la nuit, au cas où il y aurait surdose ou psychose.

La première chose à faire pour les parents est d’en discuter entre eux. Est-ce qu’il y en a un des deux qui est outré alors que l’autre se dit qu’il faut que jeunesse se fasse? Vaut mieux avoir le même discours avant de rencontrer votre jeune, au lieu que ça finisse en guerre ouverte ou en discussion entre les deux parents plutôt qu’entre les parents et l’ado.

Si vous ne faites pas front commun, le jeune verra rapidement quel parent est plus permissif, constate M. Richard. Les nouveaux conjoints peuvent aussi se joindre à la discussion. «Le beau-parent est souvent plus objectif que les parents dans ces cas-là.»

Comprendre pourquoi?
La question la plus importante à poser à votre jeune : «Pourquoi as-tu fait le choix de consommer?» Sa réponse va vous aider à savoir comment réagir. Il y a de fortes chances qu’il réponde qu’il voulait faire comme tout le monde, ne pas se faire rejeter. Est-ce que c’est l’effet qui est recherché? Parce qu’il se sent plus à l’aise de cruiser s’il a bu ou fumer?

S’il consomme, c’est qu’il y voit un gain, avance M. Richard. Mais ce gain est souvent inconscient chez l’ado. En lui faisant prendre conscience des motifs, il pourra faire des choix plus éclairés par la suite. Et il est plus facile pour le parent de le guider, peut-être vers d’autres solutions.

N’hésitez pas à parler de vos craintes et de vos réticences, en parlant au «Je». Vous pouvez aussi lui donner de l’info sur les effets sur son cerveau, qui est encore en développement.

Pendant et après la discussion, M. Richard suggère de s’assurer que le jeune a bien saisi pour ne pas partir sur des malentendus.

Est-ce qu’il faut punir? Là, ça dépend des valeurs de chaque famille, note M. Richard. Il parle plutôt de retirer des privilèges, si on juge qu’il doit y avoir une conséquence.

Idéalement, celle-ci doit être en lien avec le geste. Si votre ado a fumé son pot au parc du coin, où les amis se réunissent, vous pouvez lui interdire d’y aller pour quelques jours.

«Pas tout l’été, parce que là on sait très bien que le jeune va tomber dans des discours de mensonges», indique M. Richard. On peut aussi couper en partie l’accès au wi-fi ou au cellulaire. Il doit y avoir une gradation des conséquences. Ne le menacez de l’envoyer au centre jeunesse après la première offense!

Vous pourriez aussi mettre des conditions à la consommation. «Je m’attends à ce que tu aies des bons résultats scolaires, que tu aies ta petite job, des amis, que tu t’inscrives à une activité», énumère M. Richard. «Si tout ça est rempli, ton temps libre tu pourras le gérer comme tu veux.» La consommation devient alors plus saine, parce qu’elle ne nuit pas à ses sphères de vie.

Des parents qui sont trop dans la répression vont couper les ponts avec le jeune, alors que la clé se trouve dans la communication, fait valoir le conseiller familial. «Plus on en sait, mieux on peut intervenir.» Mais ça ne veut pas dire pour autant que le parent l’accepte, nuance-t-il.

Tout jeune qui consomme de la marijuana n’essaiera pas des drogues plus fortes. «Mais tout héroïnomane a commencé par un joint...», commente l’intervenant. Et il reconnaît qu’il y aura une certaine banalisation du pot à cause de la légalisation, comme pour l’alcool.

Quant à savoir si vous devriez acheter vous-même sa drogue, c’est encore une question de valeurs. Mais ça peut vous donner un peu de contrôle sur la quantité consommée, note M. Richard.

Quand une consommation récréative devient-elle un problème à régler? Quand le pot passe avant le reste, qu’il prend de plus en plus de place.

La légalisation du cannabis risque de changer notre vision de cette drogue, comme société. Bien des gens qui ont consommé plus jeunes pourraient avoir le goût de recommencer, à l’occasion, maintenant qu’il ne leur faudra plus se trouver un pusher et que ça sera plus accepté.

Mais on comprend aussi que ces nouvelles habitudes vont se répercuter sur nos enfants, sur qui les impacts sur le développement sont importants avant 21 ans.

Après avoir fumé en cachette quand ils étaient plus jeunes pour ne pas que leurs parents le sachent, gageons que plusieurs adultes devront maintenant cacher à leurs enfants qu’ils prennent du pot...