Dans les rassemblements familiaux, la nourriture abonde. Plusieurs font des petits excès. Ou des gros. Avec souvent une culpabilité qui grossit en même temps que les portions...

Joyeux excès!

C’est Pâques en fin de semaine. Une orgie de chocolat. Des rassemblements familiaux où la nourriture abonde. Où plusieurs font des petits excès. Ou des gros. Avec souvent une culpabilité qui grossit en même temps que les portions... Certains se limitent à regarder avec envie les gâteries, se félicitant mentalement d’avoir résisté.

Les enfants virent fous devant autant de chocolat, de bonbons et de desserts. Ils ne savent plus où donner de la tête... surtout s’ils n’en mangent pas souvent à la maison. Certains parents les laissent aller. Faut bien fêter! D’autres angoissent de voir leurs petits exposés à tant de sucreries. Ils se transforment en police du sucre, à tenter de calculer ce que leurs jeunes ingèrent et à essayer d’introduire une ou deux carottes à travers tout ça.

D’autres encore ont décidé de prévenir l’excès à la source, en achetant un petit toutou ou un jouet au lieu d’un lapin en chocolat. Les grands-parents ont peut-être été prévenus d’être raisonnables pour éviter que les boîtes de poules et autres cocos de Pâques s’accumulent dans le garde-manger et dans le congélateur.

Pour la nutritionniste Guylaine Guevremont, il est normal de manger un peu plus devant cette abondance. Mais si vous vous dites : «C’est fête, je me gâte!», il y a de fortes chances que c’est parce que vous êtes en constantes restrictions, peut-être même sans le savoir. «Plus on se prive avant, plus on saute dedans. La majorité des gens ne sont pas conscients qu’ils se contrôlent», note la fondatrice de la clinique Muula. Après les excès, les remords. «Après ça ils vont dire, il faut que je me remette à la diète, à faire attention», constate-t-elle.

Une culpabilité et un contrôle que l’on transmet souvent à nos enfants, malheureusement sans s’en rendre compte. Il est vrai que les jeunes ont un goût plus prononcé pour le sucré. Peut-être parce que le cerveau, qui ne se nourrit que de glucose, est en développement, explique la nutritionniste. Mais s’ils sautent sur le dessert comme la misère sur le pauvre monde, c’est souvent un signe qu’il y a des restrictions à la maison.

L’alimentation qui devrait être instinctive est devenue réfléchie, intellectualisée. Teintée par l’obsession de la minceur et la rectitude alimentaire. On pense faire des choix pour notre santé. Mais souvent, c’est plutôt le contrôle du poids qui dicte nos décisions.

Si on a une relation saine avec la nourriture et qu’on a le choix entre une pomme et des chips, on prendra parfois la pomme, parfois les chips, fait valoir Mme Guevremont. Mais les gens ont peur. «Ils vont dire, si je me donnais ce choix-là, je mangerais tout le temps des chips. Non, c’est une fausse croyance», dit-elle.

Fini les interdits
La nutritionniste se bat depuis des années pour faire changer les mentalités. Pour en finir avec l’idée qu’il y a des bons et des mauvais aliments. Parce qu’à interdire certains aliments, on en vient à les rendre encore plus alléchants et à en ingurgiter trop.

Il faut que les parents, et les enfants, puissent recommencer à manger ce qu’ils ont envie, avec plaisir. Pas parce que c’est sans gras ou santé. Parce que c’est bon et que ça nourrit. Qu’ils puissent réapprendre à manger quand ils ont faim et à arrêter quand ils sont pleins plutôt que quand l’assiette est vide. Qu’ils s’écoutent. Regardez autour de vous. Certains le font naturellement. Et ils sont minces... naturellement.

Faites le test en fin de semaine. Mangez sans vous priver. Mais arrêtez-vous vraiment quand vous n’avez plus faim. Même s’il reste tant de bonnes choses à goûter. Vous pourrez toujours en rapporter à la maison.

Et faites plaisir à vos enfants, propose Mme Guevremont. Au lieu de leur couper un petit morceau de gâteau, pour ne pas qu’ils mangent trop ou qu’ils gaspillent, donnez-leur le gros morceau dont ils rêvent. Celui plus gros que la panse. Même si ça vous stresse. Vous verrez, sauf exception, ils n’en prendront que quelques bouchées et partiront jouer. Mais mentalement, ils seront satisfaits. Et vous aussi. Vous aurez fait votre devoir de parents : leur apprendre comment gérer eux-mêmes leur alimentation...