Trois produits de jardinage complètement bidon

Larry Hodgson
Larry Hodgson
Le Soleil
Le marché horticole déborde de très bons produits qui seraient très utiles à presque tout jardinier. Mais à travers le lot, il y a des produits inutiles ou même nuisibles dont la popularité semble pourtant se maintenir ou même augmenter. Souvent, leur popularité vient d’un prix très bas. Éventuellement, ils finissent par coûter très cher aux jardiniers quand les plantes sur lesquelles ils les utilisent ne réussissent pas. Regardons ici trois de ces produits bidon.

1) Terre noire

Combien de fois est-ce que je reçois des courriels de jardiniers découragés par l’insuccès d’une plante. «Pourtant, j’ai utilisé de la bonne terre noire», commentent-ils tristement.

«Et voilà la cause de votre problème», dois-je répondre.

La terre noire sur le marché au Québec n’est pas vraiment de la terre noire. C’est de la tourbe noire, une tourbe de troisième qualité trouvée au fond des tourbières. Très acide, très décomposée, elle peut servir au mieux pour alléger le sol, mais même là, une tourbe blonde ou brune (des tourbes de meilleure qualité) ou du compost feraient un meilleur travail. Espérons au moins que la tourbe noire ait été traitée avec de la chaux pour corriger son acidité extrême, sinon, c’est la débâcle assurée.

Il existe une véritable terre noire, le chernozem, une terre très riche en matière organique trouvée habituellement dans d’anciens marécages. Cette terre conviendrait parfaitement à nos jardins, mais elle utilisée pour la culture maraîchère, notamment, et vaut trop cher pour être mise en sac et vendue aux consommateurs.

Quand vous voyez le terme «terre noire» sur un sac de «terre», calculez que le produit fera baisser la qualité du sol plutôt que l’améliorer.

De la terre noire.

2) Os moulu

L’os moulu, aussi appelé poudre d’os ou farine d’os, a déjà été un produit assez intéressant. À l’époque, on prenait des os de bétail complets, avec leur moelle, et on les réduisait en farine. Cela donnait un très bon engrais riche en azote, phosphore et potassium : NPK, les trois éléments ont les plantes ont le plus besoin. Mais la recette a changé.

Aujourd’hui, on extrait d’abord la moelle (la partie la plus riche en minéraux et notamment en azote) pour d’autres fins et on réduit ce qui reste en poudre. Ainsi, l’os moulu ne contient que très peu d’azote et de potassium, mais encore beaucoup de phosphore. On voit des ratios de NPK (azote, phosphore et potassium) de 0-12-0, 2-22-0, 4-10-0, etc., le phosphore représentant le chiffre du milieu. Or, les sols dans l’Est du Canada sont déjà riches en phosphore et il n’est presque jamais nécessaire d’en rajouter autrement qu’à petites doses.

D’ailleurs, comme l’utilisation excessive de phosphore pollue les cours d’eau, il n’est plus recommandé d’appliquer des engrais riches en phosphore, point à la ligne. L’utilisation d’engrais riche en phosphore est même bannie dans plusieurs municipalités. À quoi bon appliquer un engrais qui contient peu des minéraux dont les plantes ont besoin et beaucoup d’un élément nuisible à l’environnement?

Reste que l’os moulu peut être un ingrédient intéressant dans des engrais préparés qui contiennent des sources plus riches en azote, en potassium et en éléments mineurs. Mais comme produit autonome, c’est plutôt un produit bidon.

3) Engrais transplanteur

Voici un produit qui n’a jamais tenu promesse. L’engrais transplanteur, aussi appelé engrais de départ, engrais de démarrage, engrais démarreur, etc., souvent avec le ratio 10-52-10 (10 % d’azote, 52 % de phosphore et 10 % de potassium), a été développé basé sur une constatation vérifiable : qu’il doit y avoir une certaine présence de phosphore pour que l’enracinement se fasse.

Et quand on plante un végétal, on veut d’abord qu’il produise de nouvelles racines. Les producteurs d’engrais se sont dit que, si un peu de phosphore est bien, beaucoup de phosphore doit être meilleur! Car 52 % de phosphore, c’est réellement beaucoup!


« L’engrais transplanteur est inutile et même nuisible : un produit qui ne devrait même pas être sur les tablettes. »
Larry Hodgson

Le problème est qu’il suffit d’une toute petite quantité de phosphore pour permettre l’enracinement, probablement quelque chose dans l’ordre de 0,20 % à 0,55 %. Trop de phosphore nuit à l’enracinement plutôt que de l’aider. Il est difficile d’imaginer une situation où 52 % de phosphore pourrait être utile.

De toute façon, il y a maintenant un produit très efficace pour stimuler l’enracinement : les mycorhizes, des champignons bénéfiques offerts dans toutes les jardineries. Quand une plante établit une association symbiotique avec un champignon bénéfique, c’est le champignon qui fait le travail d’aller chercher le phosphore déjà abondant dans le sol pour le lui transmettre.

Quand il y a trop de phosphore dans le sol, par contre, la mycorhization ne se fait pas. Sans ces amis, les mycorhizes, la plante ne pourrait jamais atteindre son plein potentiel.

Si vous voulez stimuler l’enracinement d’une plante fraîchement transplantée, d’une bouture ou d’un semis, appliquez des mycorhizes et du compost, du fumier ou un engrais contenant juste un peu de phosphore, sans doute un dont le chiffre du milieu est plus bas que les autres, comme un ratio d’environ 3-1-2.

L’engrais transplanteur est donc inutile et même nuisible : un produit qui ne devrait même pas être sur les tablettes.

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L'ENTRETIEN DE LA SEMAINE

  • La pelouse pousse moins vite, mais croît quand même. N’oubliez donc pas de la tondre quand elle devient trop haute.
  • Les cactus aiment passer l’automne à l’extérieur, mais à l’abri de la pluie. Rentrez-les seulement quand le gel menace.
  • Si vous rentrez un plant de romarin, placez-le dans endroit ensoleillé, où la température ne dépasse pas 15°C la nuit.
  • Il est temps de rentrer les bulbes tendres (glaïeuls, dahlias, cannas, callas, bégonias tubéreux, etc.). On peut les nettoyer et les garder au sec à l’intérieur dans un emplacement libre de gel.

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DES RÉPONSES À VOS QUESTIONS

Je vis un problème avec mes ­deux plants d’Aster novae-angliae ‘Purple Dome’ qui ont été achetés et plantés dans ma plate-bande en 2013. Ils ont fleuri gaiement de 2013 jusqu’en 2016 environ, mais maintenant ils fleurissent peu. Pourtant, je les éclaircis (car ils sont très denses) et, au printemps, je leur donne du compost d’algues et crevettes. Je leur applique aussi trois fois de l’engrais. Qu’est-ce que vous me conseillez de faire en plus?
— Louise Marineau

Il faudrait les diviser. Les asters vieillissent mal (d’ailleurs, leurs cousins à floraison automnale, les chrysanthèmes, aussi). Il est donc nécessaire de les «rajeunir» tous les trois ou quatre ans.

Cela se fait surtout par division. Vous déterrez la motte et divisez la plante, supprimant les parties plus vieilles, notamment au centre de la motte, que vous mettrez au compost. Vous finirez avec une profusion de petites divisions.

Replantez-en le nombre qu’il vous faut et vous partagez les autres avec des amis. Cette division se fait au printemps (mai ou début de juin), pas à l’automne. Ou encore, prenez des boutures de tige à la même saison, car le bouturage aussi permet de rajeunir les végétaux.

<em>Aster</em> vieilli et presque sans fleurs.

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Nous avons planté des saules pour garnir le bas du garage, mais nous les avons laissé pousser trop haut (environ deux mètres). Nous aimerions qu’ils aient une hauteur de 60 ou 70 centimètres. Quand devons-nous les tailler et comment?
— Hélène Perret

Les saules arbustifs «répondent très bien à la taille», comme on dit dans le domaine horticole. Ce qui veut dire que vous pouvez les tailler sévèrement, voire presque au sol, et ils vont repousser rapidement. Vous pourriez le faire presque n’importe quand, mais la meilleure période demeure tôt au printemps peu après la fonte des neiges, ce qui assurera une reprise rapide et égale. Il suffit de les rabattre à environ 15 cm du sol, tout simplement. Vous devriez faire cette taille annuellement, sinon ils deviendront trop grands encore.

Si vous avez une déchiqueteuse de jardin, les retailles de saule déchiquetées avec leurs feuilles font un excellent paillis qui enrichit le sol : on les utilise comme bois raméal fragmenté, une denrée de plus en plus populaire.

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Des questions svp!
Vous pouvez nous joindre par courriel à courrierjardinierparesseux@yahoo.com ou par courrier à :
Le jardinier paresseux
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C.P. 1547, succ. Terminus
Québec (Québec)  G1K 7J6

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