Louis-Philippe Huot, des Maîtres houblonniers du Saint-Laurent.
Louis-Philippe Huot, des Maîtres houblonniers du Saint-Laurent.

Dans un champ de houblon près de chez vous [PHOTOS]

Valérie Marcoux
Valérie Marcoux
Le Soleil
In­stallés à Château-Richer, à une distance commode de la capitale avec une vue magnifique sur le fleuve, les Maîtres houblonniers du Saint-Laurent possèdent deux hectares de culture de houblon. Selon les années, ils obtiennent environ 500 kilos de houblons séchés.

La majorité de leur production est vendue à Half Hitch Brewing en Alberta, mais ils fournissent aussi des microbrasseries, dont la Korrigane à Québec, qui brasse sa bière Harvest Ale avec le houblon frais récolté la journée même.

En fait, la fraîcheur est principalement ce qui attire les brasseurs vers les producteurs indépendants de houblon. Sur le marché international, le houblon est entreposé en grande quantité et les acheteurs ne reçoivent que rarement du houblon récolté l’année même.

Louis-Philippe Huot et son père Paul-Arthur Huot ont entrepris de défricher cette terre achetée vers la fin des années 1980 il y a 10 ans seulement. Après que Louis-Philippe ait terminé une formation en production horticole, ils ont commencé à produire du houblon, mais aussi des légumes qu’ils vendent en panier à des particuliers.

La croissance du houblon

Le rhizome du plant de houblon se cache dans la terre durant l’hiver. Quand ses tiges sortent, elles grimpent sur les fils de fer installés à 10 pieds au-dessus de la terre. Cette installation est plus basse que ce qui se fait habituellement, indique Louis-Philippe. Dans d’autres champs, le houblon peut monter jusqu’à 20 pieds de haut.

Louis-Philippe Huot, des Maîtres houblonniers du Saint-Laurent, détache une tige de houblon dans son champ à Château-Richer.

C’est au printemps, jusqu’au solstice d’été, que le houblon fait la majorité de sa croissance.

Les Maîtres houblonniers du Saint-Laurent cultivent quatre variétés de houblon : Mount Hood, Zeus, Golding et Cascade. Cette dernière variété aux arômes d’agrumes est un classique au Canada, affirme Louis-Philippe. Le Cascade est bien adapté au climat nordique. Contrairement au Golding, pourtant prisé des acheteurs, qui tracasse plutôt les producteurs.

Le houblon préfère les climats secs. Peu de productions s’installent plus au nord de Québec en raison des précipitations plus fréquentes. La majorité du houblon se cultive plus au sud de la province.

La récolte

La récolte commence au mois de septembre et s’étire jusqu’à la fin de ce mois. Tous les plants et variétés ne sont pas nécessairement prêts à être récoltés en même temps.

À l’aide d’un tracteur, une personne est soulevée de terre pour couper les cordes qui retiennent les tiges de houblon, alors qu’une autre personne coupe la tige au sol. L’équipe parcourt les rangs de houblon installés selon une orientation nord–sud et récolte les tiges garnies de cocottes, aussi appelée cônes ou strobiles.

Une fois coupées, les tiges de houblons sont introduites dans une batteuse qui en détache les cocottes. Les tiges et les cocottes se retrouvent ensuite dans un cylindre tournant qui laisse tomber les cocottes sur un tapis roulant incliné tout en retenant les branches. La texture du tapis fait en sorte que les feuilles restent collées sur celui-ci alors que les cocottes de houblon roulent dans les bacs de bois installés en dessous.


« Ce n’est pas payant, mais c’est un peu romantique comme mode de vie. On travaille fort, mais c’est relaxant »
Louis-Philippe Huot, des Maîtres houblonniers du Saint-Laurent

Ces bacs sont ensuite entreposés dans un séchoir à l’intérieur duquel la température est maintenue à 42 °C. Un système de ventilation envoie l’air sous les bacs de houblon et l’humidité ressort par des trappes plus haut sur les murs du séchoir.

Le houblon séché est ensuite réduit en poussière par une presse, puis recompressé en granules. Ces granules de houblon sont mis sous vide dans des sacs d’aluminium opaques qui seront réfrigérés jusqu’à ce qu’ils trouvent un acheteur.

Plus romantique que prolifique

«Cette année ne sera pas super pour la quantité», indique Louis-Philippe qui ne pense pas atteindre ses 500 kilos habituels. Il s’attend plutôt à 300 kilos, principalement parce que le houblon a manqué d’eau durant sa croissance.

Toutefois, cette récolte plus modeste devrait se démarquer par sa qualité. Le manque d’eau a créé un stress chez les plants, ce qui augmente la quantité de lupuline à l’intérieur des cocottes. Cette poudre jaune produite par les plants femelles de houblon est responsable pour l’amertume de la bière et sa plus grande concentration rehausse les saveurs qui accompagnent chaque variété de houblon.

«Ce n’est pas payant, mais c’est un peu romantique comme mode de vie. On travaille fort, mais c’est relaxant», commente Louis-Philippe Huot.

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Saviez-vous que…

Le houblon peut agir comme un agent de conservation pour les aliments. C’est pourquoi on en retrouve parfois des talles sauvages en milieu rural au Québec. Il y était cultivé pour servir d’agent de conservation puisqu’il empêche la prolifération de bactéries.