Karine Tremblay

Festif festin de bouquins

Parce que les beaux livres de recettes ont encore et toujours la cote, sous le sapin comme sur l’ilot de la cuisine, voici quelques suggestions bouquines pour chacun des gourmands de la parenté.

Downton Abbey – Le livre de cuisine, Les 100 recettes officielles
Annie Gray, Marabout, 270 p.

Pour la fan finie de Downton Abbey (ou pour celui qui rêve de mettre le cap sur l’Angleterre)

Les tablées où se multiplient les cloches dorées et l’argenterie scintillante ont fait saliver bien des téléspectateurs fidèles de Downton Abbey. Pour reproduire les banquets de la famille Crowley (l’étiquette guindée en moins), ce livre de cuisine officiel propose une centaine de recettes. Plats des grands soirs à servir dans une porcelaine fine ou pique-nique élaborés à déguster sous un chapiteau après un enlevant match de cricket se voisinent au fil des chapitres gourmands. Rempli de photos et de dialogues tirés de la série, l’imposant manuel retrace aussi différentes traditions gastronomiques de l’époque. Au surplus, toute une section « Downstairs » est consacrée aux repas servis dans l’aile des domestiques, sans doute l’endroit le plus intéressant du vaste domaine puisque c’est là que s’éventent les secrets de la maisonnée. Caille, canard, bœuf, jambon et autres viandes sont déclinés dans divers plats, mais perso, je préfère les sections où brillent meringues, timbales, mincemeat au citron, Christmas pudding et autres douceurs sucrées très, très british. À parcourir en mangeant des scones et en buvant du thé bien chaud, my dear.


Tofu – L’anthologie
Camille Oger, La Plage, 384 p.

Pour le végé de la gang qui pense tout connaître du tofu (ou pour celle qui pense que le tofu, c’est plate)

Le mot le dit, une anthologie, ça ratisse large. La bible du soya signée Camille Oger promène les gourmands sur tous les continents. L’auteure, qui est aussi journaliste et photographe, signe le blogue ethnogastronomique français Le Manger (www.lemanger.fr). Elle a réuni ici une vaste sélection de recettes qui viennent autant du Japon, de l’Inde, de la Chine, du Vietnam et de la Corée que de la France que de l’Italie. Toutes ont en commun de mettre le tofu en vitrine. L’ingrédient vedette de ce circuit gourmand de 384 pages est tantôt ferme, tantôt pressé, grillé, fumé, fermenté ou soyeux. La versatile et protéinée petite brique blanche est, au fil des sections, apprêtée à toutes les sauces. Ça va du smoothie à la fraise jusqu’à la salade zen avec sauce au tofu, le braisé à la javanaise, le tofu birman, le clafoutis végane aux abricots, la soupe au galanga et au lait de coco, le curry balinais, les lentilles au tofu fumé, le ragoût à la sichuanaise et même la tarte au chocolat. J’ai beau cuisiner le tofu depuis l’école secondaire, j’ai trouvé dans l’épais volume de quoi revamper ma banque d’idées. 



Magnolia Table – Recettes à partager en famille et entre amis
Joanna Gaines, Hachette, 327 p.

Pour celui qui ne manque pas une émission de Pas le choix de rénover (ou pour celle qui prendrait bien quelques nouvelles suggestions pour nourrir sa grande tablée)

Connue pour les populaires émissions de rénos (dont Pas le choix de rénover, en version traduite à Canal Vie) qu’elle a animées avec son conjoint, Chip, la designer d’intérieur américaine Joanna Gaines affiche aussi un certain talent pour marier saveurs et aliments. La mère de cinq enfants partage dans ce premier bouquin de cuisine des recettes résolument familiales et rassembleuses, dont celle des donuts syriens qu’elle a confectionnés pour la première fois avec son grand-père à l’âge de 12 ans et qu’elle prépare maintenant avec ses enfants. Entre recettes plutôt classiques, mais appétissantes (pancakes, gratins, soupe de tomates au basilic, farfalle, poulet frit, tarte pêche-amande, chile con queso des jours de fête, sablés, bruschettas, trempettes, etc.), et anecdotes variées, l’auteure raconte comment elle n’était au départ pas si douée que ça dans une cuisine, elle qui possède maintenant un restaurant (le Magnolia Table, où on sert déjeuners et diners). Comme quoi, tout est possible. À bien y penser, ce livre-là est peut-être aussi à offrir à celui ou celle de la famille capable de faire brûler des œufs à la coque. 

Parcours sucré
Patrice Demers, Éditions La Presse, 296 p.

Pour la dent très sucrée de votre entourage (ou pour celui qui a envie de démystifier les caprices de la pâtisserie)  

C’est un livre de recettes, mais pas seulement ça. Figure de proue de la pâtisserie depuis une vingtaine d’années maintenant, le Montréalais Patrice Demers retrace dans cet appétissant recueil différents artisans qui l’inspirent depuis ses débuts. Sa complice dans la vie et à la boutique (Patrice Pâtissier) Marie-Josée Beaudoin, l’apiculteur Anicet Desrochers, le fondateur de la Tablée des Chefs Jean-François Archambault, le maraîcher écolo Jean-Martin Fortier, les cueilleurs gaspésiens Gérard Mathar et Catherine Jacob, l’inspirante enseignante de pâtisserie Isabelle Sauriol et sont quelques-uns des faiseurs de beau et de bon qu’il met en lumière dans cet ouvrage qui célèbre saveurs et créateurs d’ici. Une centaine de recettes salées et sucrées, tirées du répertoire de la boutique et des ateliers qui y sont donnés, figurent dans le bouquin magnifiquement illustré grâce aux superbes photos de Mickaël Bandassak. Gâteau moelleux aux pacanes, canneberges et champignons sauvages, scones au vieux cheddar et chutney aux pommes, pain brioché, kouign-amann, éclairs à l’érable et aux pacanes, tartelettes aux agrumes et chantilly à l’estragon sont quelques-unes des alléchantes propositions de l’as des desserts.  

Soupers rapides

Geneviève O’Gleman, Éditions de l’Homme, 240 p.

Pour celui qui en a marre d’improviser un souper à 17 h 30 (ou pour celle qui manque d’idées ou de temps pour varier les repas du soir) 

Geneviève O’Gleman n’a pas chômé depuis que les Éditions de l’Homme lui ont donné les rênes d’une toute neuve collection. Après s’être attaqué aux lunchs, et avant de creuser les options sans viande (son livre Presque végé sortira en janvier, juste à temps pour les résolutions qui viennent après les abus de ragoût de boulettes des Fêtes) la nutritionniste a lancé un deuxième titre cet automne. Son nom le dit, Soupers rapides propose de faciliter le blitz qui entoure le repas du soir. Pensé pour ceux qui peinent à reprendre leur souffle entre les devoirs, les cours de danse ou de karaté et les boîtes à lunch du lendemain à préparer, le manuel est rempli de recettes à la fois simples et savoureuses, la marque de commerce O’Gleman. Entre les bases rapides qui permettent de sauver du temps, les pizzas qu’on réinvente à l’infini, les soupes-repas qui combinent tout dans un bol et les classiques touski qui se tricotent avec tout ce qui traîne dans le frigo, on trouve aussi les astuces et raccourcis de celle qui vient de remporter le prix du « Meilleur site francophone de cuisine au Canada » des Gourmand Awards pour son magazine Web Savourer.ca. 

Veg
Jamie Oliver, Hachette, 310 p.  

Pour celle qui apprivoise les repas végés (ou pour celui qui a toute la collection de recueils signés par Jamie Oliver) 

Signe que les plats sans viande sont vraiment tendance, ici comme ailleurs : même Jamie Oliver se lance dans la mêlée. Le populaire chef britannique, qui précise d’entrée de jeu qu’il adore la viande et qu’il n’était pas prêt à faire des compromis sur le goût, a amorcé ce projet depuis huit ans déjà. Son idée était simple : il voulait offrir un livre qui plairait autant au palais des végétariens convertis qu’à celui des carnivores convaincus. Son carnet de recettes s’est rempli au fil de ses nombreux voyages aux quatre coins du monde, où il a apprivoisé différentes techniques pour mettre les légumes en valeur. On sent d’ailleurs bien la touche « cuisine du monde » dans l’éventail de mets où les légumes sont rois dans l’assiette. Chou-fleur tikka masala, carottes à la marocaine, shakshuka, croque-monsieur au kimchi, gâteau de riz aux légumes méditerranéens, dosa aux légumes rôtis et curry de tomates comptent parmi l’offre éclatée qui se déclinent dans la douzaine de chapitres. Currys, ragoûts, poêlées, cocottes, salades, pâtes, brunch, pâtes, repas express du vendredi soir : tout y est. Tantôt végétariennes, tantôt carrément véganes, les créations du Oliver sont inspirantes et valent bien les huit années qu’il y a consacrées. 

Gourmand Boréal
Michele Genest, Éditions Marchand de Feuilles, 485 p
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Pour celle qui veut apprivoiser le garde-manger nordique (ou pour le passionné d’histoire qui a envie de plonger dans ce qui s’apparente à un roman gourmand) 

Chasseuse-cueilleuse bien de son temps, Michele Genest a trouvé au Yukon un immense terrain de jeu. Son livre, à mi-chemin entre le récit et le recueil de recettes, se lit comme un roman et s’ancre à un savoir ancestral dont la transmission s’est un peu perdue au fil des générations. Partage de connaissances et mise en valeur d’un garde-manger boréal riche en découvertes et en possibilités tissent le contenu de l’originale publication. L’auteure raconte différentes anecdotes et certains épisodes de sa vie tout retraçant des pans de notre passé collectif. L’atypique ouvrage célèbre nos racines et notre terroir en s’attardant sur ce qui pousse sur le territoire (canneberges, bleuets, framboises, bourgeons d’épinette, champignons et tutti quanti) et sur ce qui y vit (wapiti, saumon, orignal, truite et autres animaux à plumes, à sabots et à écailles). À travers tout ça, on trouve quantité de recettes, dont celle d’un levain transmis de mère en fille qui est expliquée avec grande précision et moult détails. L’impression à l’encre verte et les illustrations de Mathilde Cinq-Mars confèrent au livre un côté végétal qui sied vraiment bien au propos.