Cora Loomis

Faire son marché végé...bien accompagné

CHRONIQUE / Mardi soir. 17 h. Au supermarché du coin, les gens se pressent, panier à la main, liste dans l’autre. La nutritionniste Cora Loomis m’attend à l’entrée pour me faire découvrir l’original service sur mesure qu’elle a développé pour aider ceux qui désirent manger plus végé.

« Depuis que je m’affiche comme nutritionniste végé, je constate l’intérêt de la clientèle. De plus en plus de gens veulent végétaliser leur assiette, mais ils ne savent pas toujours par où commencer ni comment s’y prendre », explique-t-elle.

Le tofu, le tempeh et les edamames, c’est un peu mystérieux à apprêter quand on a toujours mis la viande au cœur de l’assiette et des recettes.

« Plus que ça, certains ne savent parfois pas où trouver ces alternatives végétariennes en épicerie. Alors ils n’en achètent pas. »

C’est un peu beaucoup pour contrer ce frein et ainsi mieux outiller les gens que la Sherbrookoise a développé un service d’accompagnement en épicerie. La formule est toute simple : pendant une heure et demie environ, elle parcourt les allées avec ses clients en pointant trouvailles et bons choix. Le circuit fait la démonstration que manger végé, ce n’est vraiment pas si compliqué.

« On regarde aussi un peu les étiquettes nutritionnelles, en focusant sur les éléments qui sont vraiment importants », mentionne-t-elle en empoignant un panier.

Premier arrêt, juste avant les fruits et les légumes : l’étalage de tofu, seitan et produits transformés végés. 

« Ils ont maintenant les saucisses Field Roast aux pommes! » s’exclame Cora.

« C’est nouveau, dans ce supermarché, et ce sont mes préférées », poursuit-elle en glissant un paquet dans le panier.

Regard sur les tablettes réfrigérées. La variété est vraiment au rendez-vous. Plusieurs rangées de tofus variés voisinent les saucisses véganes, les fromages de noix et de soya, les boulettes de burger aux légumes et tutti quanti.

« Tu vois, ils ont depuis peu les saucisses et les fromages Gusta, d’autres très bons produits végétaliens qui sont faits au Québec. »  

L’image est frappante. En moins de cinq ans, l’offre alimentaire de produits végétariens offrant une alternative à ceux à base de viande a fait un bond considérable. Et on ne les trouve plus uniquement en magasins d’aliments naturels, comme en témoignent les étalages plus que bien garnis des grandes chaînes.  

« Même juste au cours de la dernière année, j’ai constaté une énorme différence dans l’offre végétarienne en épicerie. Il y a désormais beaucoup de choix. J’aime faire découvrir ces produits-là aux gens. Souvent, ça les étonne que je leur conseille des saucisses végé ou du pepperoni à base de soya pour garnir leur pizza. Est-ce qu’il faudrait en manger tous les jours? Non, bien sûr. Ce sont des produits transformés, mais si on les compare aux versions carnées, ce sont quand même de meilleurs choix alimentaires, qui contiennent une bonne quantité de protéines, moins de gras, et aussi un peu de fibres, ce qu’on n’a évidemment pas avec la viande. En plus, ils sont vraiment bons au goût. »

Le versatile tofu, lui, se décline en différentes textures et formats. « On regarde les diverses marques, les particularités de chacun parce que pour qui ne s’y connaît pas, ça peut devenir un peu mêlant. Même chose pour le seitan et le tempeh, qu’il faut démystifier et apprivoiser. »

Les fruits et les légumes trouvent évidemment une place de choix dans le panier piloté par Cora. « Ça, on devrait toujours en avoir beaucoup. Personnellement, j’essaie de privilégier ceux qui sont de saison. »

Au rayon des légumineuses, il y a deux possibilités. Les acheter sèches, pour les cuire soi-même en grandes quantités après un nécessaire temps de trempage. Ou bien se rabattre sur l’option en conserve pour gagner un peu de temps.

« Les faire cuire soi-même, c’est bien, évidemment, mais ça rebute plusieurs qui voient le trempage et la cuisson comme un peu laborieux. Ce n’est pas compliqué, mais c’est vrai qu’il faut prévoir et intégrer le tout dans le quotidien qui est souvent déjà chargé. Dans ce contexte, il n’y a aucun mal à en acheter en boîte pour se faciliter la vie. On les choisit alors sans sel ajouté, de façon à limiter le sodium. »

Un bon truc si on veut tenter une première expérience avec les légumineuses sèches : les lentilles ne demandent aucun trempage et cuisent en moins d’une demi-heure.

« Personnellement, je cuis toujours une grande quantité de légumineuses et j’en congèle. De cette façon, j’en ai toujours sous la main. »

De rangée en rangée, un constat : il y a beaucoup à voir et à découvrir. Boissons de soya et d’avoine, noix variées, huiles plurielles, hummus colorés, produits de dépannage surgelés, miso savoureux, yogourts et pouding sans produits laitiers sont quelques-uns des aliments que Cora met en lumière.

Le beurre d’arachides en poudre, auquel je n’avais vraiment prêté attention, est une belle trouvaillle : « en camping, on le mélange à de l’eau et tadam! on a du beurre d’arachides. C’est aussi un bon ingrédient à ajouter aux recettes, par exemple aux barres tendres et aux smoothies, pour ajouter des protéines », souligne Cora Loomis.

Celle-ci adapte évidemment ses visites guidées en fonction de sa clientèle.

« Chacun a sa réalité. Certains veulent adopter un régime purement végétalien, d’autres doivent faire attention à leur consommation de sucre ou de sel. Je m’assure de répondre aux questions et aux besoins de chacun. J’essaie aussi de fournir une couple de recettes, selon les intérêts exprimés par les gens. Et je m’adresse à tout le monde, les végétariens convaincus autant que ceux qui veulent manger végé seulement de temps en temps. Ça, pour moi, c’est très important. J’ai horreur des choix alimentaires qui sont faits par culpabilité ou par sentiment d’obligation. Ma vision, c’est que dans l’assiette comme dans le reste, l’équilibre est une clé. »

Ça vous intéresse? Pour plus de détails : coraloomis.com

Cinq conseils de Cora Loomis

1— Apprendre à apprêter le tofu.

« C’est un aliment passe-partout, nutritif et vraiment pas cher. Il prend le goût de ce avec quoi on le sert, mais il faut faire l’effort d’apprendre à le cuisiner en le marinant, par exemple, ou en le faisant cuire dans des sauces qui lui conféreront de la saveur. »

2— Exploiter les possibilités des plats mijotés pour découvrir les légumineuses.

« C’est vraiment une façon simple et délicieuse de goûter les légumineuses. Il y a plusieurs avenues. Un chili aux haricots rouges ou un cari aux pois chiches, c’est vite fait et c’est vraiment très bon. »

3— Ne pas avoir peur d’aller à son rythme.

« On n’est pas obligé d’être complètement végétarien, on peut intégrer des aliments et des plats végés graduellement. Une stratégie intéressante, qui plaît souvent aux gens, c’est d’y aller petit à petit, en remplaçant une partie de la viande par des protéines végétales. Dans une recette de chili, par exemple, on peut mettre moitié viande hachée, moitié légumineuses. »  

4 — S’inspirer à plusieurs sources.

« Il y a tellement de livres, de blogues, de sites de recettes, ça vaut la peine de regarder ce qui se fait et d’y puiser de nouvelles idées. Les restaurants peuvent aussi nous donner de belles pistes à explorer. »

5 — Mettre le focus sur la variété et l’équilibre.

« Pour avoir tous les nutriments dont on a besoin, et pour cultiver le plaisir de manger, c’est important de varier les aliments et les plats. »

Cantines sur grand écran

La « cabane à patates » est partout dans le paysage du Québec. L’emblématique casse-croûte du coin fait partie de l’habitude autant que du patrimoine. Le cinéaste Nicolas Paquet a tourné sa caméra vers deux de ces institutions alimentaires où la frite est reine. Porté par la musique de Fred Fortin, son documentaire met en lumière le quotidien coloré des cantines Chez Mimi (à Saint-Alexandre-de-Kamouraska) et Le Connaisseur (à Tadoussac). Ça vous met en appétit? Le film Esprit de cantine prend l’affiche vendredi (20 avril) à la Maison du cinéma de Sherbrooke.