Escapade dans les étoiles

Catherine Morasse
Catherine Morasse
Le Droit
À tout seigneur, tout honneur : pluie d’étoiles filantes la plus connue, les Perséides pourront être observées dans les meilleures conditions la nuit du 12 au 13 août. Et si l’on veut s’initier à l’astronomie, les météorites d’août sont loin d’être le seul phénomène à l’heure actuelle dans le ciel nocturne. Survol des incontournables à observer là-haut, où la COVID n’est pas d’actualité.

Décrire les Perséides comme une pluie d’« étoiles filantes » est certes jolie, mais faux. Quitte à être moins vendeur, il faudrait plutôt imaginer une tempête de neige que l’on traverse en voiture, dans laquelle les flocons sont devenus de la poussière de comète, illustre Daniel Rollin, ingénieur de formation et astronome de passion. Laissés dans le sillage de la comète Swift-Tuttle, des débris d’une taille variant entre celle d’un grain de sable et celle d’un petit pois forment un nuage que la Terre traverse chaque année, à la mi-août — donnant l’illusion que des météorites pleuvent de la constellation de Persée. 

« Ce que l’on peut voir à l’œil nu, la lumière émise par la météorite, c’est de l’air qui est ionisé, explique celui qui a enseigné l’astronomie à l’université et au Musée des sciences et de la technologie du Canada. Quand les débris entrent dans l’atmosphère, l’air est ionisé, comme dans un tube fluorescent, et il se brise. Ce n’est pas la météorite elle-même qui se brise ; les molécules d’air sont tellement excitées qu’elles émettent de la lumière pendant longtemps, mais pour notre œil, ça ne dure qu’une fraction de seconde. » 

Hélas, l’année 2020 n’offrira pas les meilleures conditions pour regarder le spectacle astronomique d’août. La faute revient à la Lune, qui sera trop présente. Dans les nuits les plus proches du maximum des Perséides, l’astre se lèvera après minuit, mais laissera le champ libre aux météores en première moitié de soirée, prévoit le Planétarium Rio Tinto Alcan de Montréal. 

Mais là ne s’arrête pas l’aventure si on veut s’initier à l’observation de la voûte céleste. En fait, pour les astronomes avertis, les pluies d’étoiles filantes sont des phénomènes anodins et relativement inintéressants ; les Perséides ne sont guère plus captivantes que les Géminides de décembre ou les Quadrantides de janvier — leur avantage est de se produire lorsque le temps est chaud et doux. « À tous les moments de l’année, il y a des choses intéressantes à observer ! s’enthousiasme M. Rollin. Quand on se lance en astronomie, on finit par se spécialiser. Entre les étoiles, on peut voir des galaxies, des nébuleuses dans lesquelles se forment les étoiles… » Chaque année, on découvre 1000 nouvelles planètes : c’est dire qu’il y a de l’action dans ce ciel-là — plus de détails plus bas. 

Comment se lancer ? Hélas, pandémie oblige, presque toutes les activités organisées sont suspendues. Pour l’instant, on peut réserver une soirée d’astronomie dans le Pontiac avec l’auberge La Vallée des Rosiers, ou participer aux star parties en ligne que la Société royale d’astronomie du Canada offre en anglais. À l’avenir, on pourra surveiller les activités du Regroupement des astronomes amateurs de l’Outaouais québécois (RAAOQ), du projet Popscope à Ottawa, de l’observatoire de l’université Carleton ainsi que de l’Initiative AstroPontiac de Luskville, qui tient normalement des sorties organisées deux week-ends par mois. 

Contrairement à la croyance populaire, non, un télescope n’est pas nécessaire pour observer le ciel : de bonnes jumelles peuvent très bien faire l’affaire. Pour comprendre les astres, plusieurs ressources en ligne existent et sont faciles à trouver, comme le site Heavens-Above. C’est tout ce qu’il faut — à condition d’avoir un endroit où se poser. Pour cela, on peut se lancer depuis sa propre cour, mais il y a un mais : il faut vivre assez loin de la ville pour que la vue ne soit pas obstruée par la pollution visuelle. Le fondateur de l’Initiative AstroPontiac, Stephan Paape, suggère aux débutants de se rendre sur la plage du parc des Cèdres d’Aylmer ou à Pinney’s Point, du côté d’Ottawa. « Il y a aussi un petit espace pavé près du chemin de l’Hôtel de Ville à Luskville où l’on peut se stationner et avoir une assez bonne vue du ciel, ajoute-t-il. Il y a des limites à l’utilisation du parc de la Gatineau, mais c’est très près. Vous pouvez aussi essayer Blue Sea ou vous rendre à plusieurs sites dans la Ceinture de verdure d’Ottawa où l’on peut se stationner. »

Le fondateur de l’Initiative AstroPontiac, Stephan Paape

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À OBSERVER DANS LE CIEL

Jupiter et Saturne 

« Quelque chose d’assez spécial » se passe actuellement dans le ciel, souligne Daniel Rollin : les planètes Jupiter et Saturne sont très proches l’une de l’autre. « Ce sont deux planètes très spectaculaires. Pour Jupiter, il s’agit de prendre des jumelles : on peut voir ses bandes de différentes couleurs et sa tache rouge, qui est une espèce d’orage qui dure depuis au moins 400 ans. » Les quatre lunes de Jupiter, de la même taille que la nôtre, sont aussi visibles. Pour Saturne, c’est plus difficile ; il faut au moins un petit télescope pour voir ses anneaux. 

La comète Neowise 

Elle perd de l’éclat, mais elle continue d’être visible à l’œil nu. « Si on va loin de la ville, c’est encore assez spectaculaire », souligne Daniel Rollin. Si vous la manquez, hélas, elle ne repassera pas avant 10 000 ans. Mais une comète visible à l’œil nu côtoie la Terre chaque décennie : il y en aura d’autres.

Le Triangle d’été 

Formé par trois étoiles, le Triangle d’été relie les constellations du Cygne, de la Lyre et de l’Aigle. « Aussi, si on regarde vers le nord, on peut voir la constellation de la Grande Ourse juste en haut du Triangle d’été, indique Stephan Paape. Au sud, si on a un bon horizon, on peut voir celle du Sagittaire. Les étoiles forment une espèce de théière ; quand on le voit une fois, on ne l’oublie jamais. » 

La planète Mars

La planète Mars sera visible du 4 au 17 octobre. On pourra « certainement » la voir avec des jumelles. « J’aime beaucoup Mars, parce que quand on parle de “planète rouge”, c’est vraiment apparent, illustre Stephan Paape. Ça ressemble à une petite braise dans le ciel, et c’est vraiment frappant. »