Un pied de la mérule pleureuse sort d’une poutre dans le vide sanitaire d’une maison.

Des moyens pour vaincre la mérule pleureuse

La mérule pleureuse, ce champignon que l’on désigne comme le cancer du bâtiment, fait de plus en plus de ravage au Québec. Pire, le champignon n’est pas toujours facile à identifier, encore moins à éradiquer.

Souvent, on découvre les ravages trop tard, car avant de voir le champignon sortir d’un mur ou d’une poutre, les racines auront eu le temps de s’étendre pour transformer le bois sain en pourriture.

«Il y a quelques années, nous avions une demande de service par année, parfois deux tout au plus, pour des dégâts causés par la mérule pleureuse. Cette année, il y en a parfois deux par mois», expose Christine Dufour, la présidente du Groupe Sinisco et de ses divisions.

Sinisco devient donc, selon Mme Dufour, la première entreprise au Québec à pouvoir éradiquer ce champignon dans les maisons et bâtiments. Mais elle n’entend toutefois pas révéler la «recette secrète» du traitement.

Bien des fois, lorsque l’infection a pris des proportions gigantesques, la maison doit être démolie et toutes les parties contaminées, détruites par le feu. C’est ce qui a dû être fait pour quelques maisons infectées pour lesquelles Sinisco a été consultée.

Pour cette raison, Daniel Dufour et Sylvain Kirouac ont été envoyés en France pour une formation de pointe avec un mycologue de 40 ans d’expérience. Ils ont appris à identifier la mérule pleureuse dans toutes ses formes, ses ramifications et les types de dégâts caractéristiques pour l’éradiquer avec les bonnes techniques.

La structure de pourriture cubique caractéristique des effets de la mérule pleureuse.

Le gros problème avec l’identification au Québec, c’est que la plupart des entreprises d’analyses microbiologiques effectuent des tests de l’air ambiant, raconte Mme Dufour. Pour les moisissures, ça va. Mais pour les champignons, s’il n’y a pas de spores dans l’air, le problème ne sera pas détecté. Un des premiers indices sera la pourriture cubique du bois, en morceaux de 5 à 7 centimètres, alors que les autres champignons produisent une pourriture plus filamenteuse.

«Il faut une analyse au microscope avec un échantillon pour s’assurer qu’il s’agit bien de ce champignon-là», explique Daniel Dufour, directeur des opérations chez Sinisco. Les conditions gagnantes pour la prolifération de la mérule pleureuse sont dans les vides sanitaires peu ventilés, les sous-planchers de sous-sol où il peut y avoir des infiltrations d’eau.

Le champignon a besoin d’eau pour croître. L’infection commence généralement au sous-sol pour se propager aux étages supérieurs. Parfois, parce que le sol du vide sanitaire est humide, les propriétaires de la maison installent une membrane de plastique au sol en croyant éliminer une menace. Au contraire, souligne M. Dufour, «cela vient créer une serre qui permettra au champignon de se développer dans de meilleures conditions.»

959 dossiers consultés

Le formateur consulté par Sinisco en France a été consulté dans 959 dossiers de contamination par la mérule pleureuse. Un des pires cas qu’il a documenté parle d’un système racinaire ayant atteint une longueur de 9 mètres. Le spécialiste a mis au point une technique pour éradiquer le champignon sans utiliser l’ammonium quaternaire, un produit efficace, mais dont l’utilisation serait interdite au Québec. 

Cette image provient de l’un des pires cas que les techniciens de Sinisco ont répertoriés ces dernières années.

Le champignon est difficile à identifier, car le pied est difficile à voir à l’œil nu. «Au début de sa croissance, elle ressemble à un voile blanc ou gris comme du coton et elle peut être confondue avec d’autres champignons. Au cours de son développement, elle peut prendre la forme d’une crêpe de couleur grisâtre, brun fauve ou ocre rougeâtre avec un contour blanc», peut-on lire sur le Portail Québec.

De plus, dans les cas d’infestation de ce champignon, il est rare que les compagnies d’assurances paient pour les dégâts causés par la mérule pleureuse, raconte M. Dufour, comme c’est le cas pour les dégâts causés par les fourmis charpentières.