Peggy Civil et Pouchkine Pierre sont devenus famille d’accueil presque naturellement. « Sans le savoir, on était un peu comme une famille d’accueil non officielle.

De famille accueillante à famille d'accueil

Depuis sept ans, au moins une trentaine d’adolescentes ont été hébergées chez Peggy Civil et Pouchkine Pierre, que ce soit pour quelques mois ou pour plusieurs années. Certaines avaient été victimes d’abus physiques ou psychologiques. D’autres avaient des problèmes de consommation. Il y en a aussi eu quelques-unes qui ont accouché pendant leur séjour au sein de la famille d’accueil gatinoise. La tâche est colossale, « mais c’est aussi très gratifiant », insiste Mme Civil.

L’aventure de la famille d’accueil s’est entamée alors que la fille de Peggy Civil et Pouchkine Pierre, Pamilya, aujourd’hui âgée de 14 ans, était encore toute jeune.

« On était dans un quartier où il y avait beaucoup d’enfants, et les enfants se ramassaient toujours à la maison pendant la saison estivale, raconte Mme Civil. On avait cette facilité à connecter avec ces jeunes-là, qui nous confiaient des choses qu’ils ne confiaient pas à leurs parents. Sans le savoir, on était un peu comme une famille d’accueil non officielle. »

L’idée a alors germé d’accueillir des jeunes devant – pour différentes raisons – sortir de leur milieu familial. « C’est important de ne pas juger, souligne Mme Civil. Lorsqu’on tombe dans les jugements, c’est là qu’on ne devient plus une aide pour ces enfants-là et qu’on devient un obstacle. »

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Avec chaque adolescente, « ça demande un moment d’adaptation » pour déceler ses besoins. « Il faut apprendre à connaître cet enfant-là, pour mieux comprendre tout ce qu’il vit, explique Mme Civil. Il faut vraiment prendre le temps d’avoir une écoute active. »

Il importe également de prendre conscience que le rôle de la famille d’accueil n’est pas de remplacer les parents. « Les jeunes nous disent assez vite : “T’es pas ma mère, t’es pas mon père”, raconte Mme Civil. C’est super important de respecter cette ligne-là. On est là pour faire un cheminement, toujours dans le but de ramener l’enfant dans son milieu naturel. »

Les adolescentes arrivent parfois dans la famille de Peggy Civil et de Pouchkine Pierre avec un mode de vie bien différent.

« Pour nous, ça peut être une chose de base de dire “allô” à tout le monde à la maison quand on se réveille, mais la réalité de ces enfants-là, c’est qu’ils n’ont peut-être pas eu personne qui était là pour leur dire “allô”, explique la mère d’accueil. Il y en a qui ne comprennent pas pourquoi on s’attarde à vouloir savoir comment a été leur journée, parce que quand elles rentraient à la maison, il n’y avait personne qui leur demandait et elles se débrouillaient toutes seules, alors elles voient ça comme de l’intrusion. »

Il faut parfois gérer des problèmes de consommation de drogue, des écarts de langage ou un passé marqué par des abus. « Toutes les histoires qu’on entend dans notre société, elles sont réelles, note Mme Civil. Il faut trouver comment on fait pour passer à travers. »

Au fil des ans, la famille d’accueil a hébergé quatre adolescentes pendant leur grossesse, mais aussi après l’accouchement. Tout le monde met alors la main à la pâte pour soutenir la nouvelle maman et s’occuper du bébé.

De son côté, Pamilya s’est « toujours bien adaptée » à la présence d’adolescentes dans la maison familiale du secteur Aylmer. « Ma fille a appris assez jeune à donner une place à l’autre, sans questionner », dit avec fierté Mme Civil.

Une fois leur majorité atteinte, les adolescentes peuvent décider de rester en contact avec la famille qui les a accueillies. « Jusqu’à présent, on a toujours gardé contact », se réjouit Mme Civil en évoquant des fêtes de Noël réunissant plusieurs jeunes femmes ayant été hébergées dans la famille.

« Après avoir été une famille d’accueil, il faut prendre une certaine distance, mais cette relation-là entre êtres humains est plus forte que tout, donc notre porte est toujours ouverte », dit-elle.