Théo Germond-Trudeau et Kim Cinq-Mars sont responsables du Jardin des gourmands.

Coop du Cap: cultiver une conscience sociale

LA MARTRE — Au cœur de la nature sauvage de la Haute-Gaspésie, une petite communauté s’active dans l’ancien village de Cap-au-Renard, aujourd’hui annexé à la municipalité de La Martre. À proximité du fleuve à perte de vue, lovée au creux d’une terre généreuse, la Coop du Cap est animée par des principes d’autonomie alimentaire. Ses membres se consacrent à la production et à la transformation de produits alimentaires, dans le plus grand respect de l’environnement.

Fondée en 2007, la Coop du Cap est née de la volonté d’une poignée d’individus qui rêvaient d’un lieu de rassemblement où ils pourraient partager des espaces et mettre en commun leur expertise, leur marketing, leurs outils. L’organisme compte six travailleurs saisonniers, dont la majorité provient de milieux urbains ou de la France.

Autonomie alimentaire

La Coop du Cap fait de l’accompagnement et de l’éducation au jardinage communautaire. En 2010, le programme Jardinons à l’école est né de la collaboration de différents partenaires afin d’initier les élèves de l’école Notre-Dame-des-Neiges de Marsoui au jardinage. Pendant six ans, la Coop a accompagné la seule enseignante de l’école dans l’intégration du programme à sa démarche éducative. Depuis, trois autres écoles de la Haute-Gaspésie offrent le programme.

La coopérative de solidarité est engagée dans le projet des Anges-jardins. Celui-ci prend différentes formes : événements d’éducation populaire et implantation de quatre haltes nourricières consistant à planter des arbres fruitiers, des arbustes, des légumes et des herbacées vivaces. Les Anges-jardins participent au volet des «Fruits orphelins». Celui-ci propose la cueillette de fruits qui sont distribués à parts égales au propriétaire des arbres fruitiers, aux organismes régionaux œuvrant en sécurité alimentaire et aux cueilleurs. En 2017, environ une demi-tonne de fruits ont pu être cueillis et partagés dans la communauté.

La récupération alimentaire est un autre secteur au sein duquel la Coop est engagée avec différents acteurs préoccupés par la sécurité et l’autonomie alimentaire de la Haute-Gaspésie.

Les petits fruits

Depuis 2010, la Coop du Cap exploite une framboisière d’un demi-hectare comportant six variétés de framboises, qui sont vendues et offertes en autocueillette. La coordonnatrice de ce volet, France Létourneau, fabrique un nectar biologique à base du petit fruit, relevé d’une touche de sirop d’érable. Le produit n’aurait pu être développé sans l’apport de Bruno Vincent, un membre travailleur de la Coop. 

Du succès de ce fameux élixir est née la nouvelle collection Couleur paysanne, qui suggère des nectars de bleuets sauvages, de cassis et d’argousier. «L’argousier remplace très bien l’orange, indique Mme Létourneau. Il a beaucoup plus de vitamine C que l’orange.» La Coop produit 8000 bouteilles de 250ml de nectar par année.

Bruno Vincent et France Létourneau font l’étiquetage et l’emballage des nectars de la collection Couleur paysanne.

Jardin des gourmands

Le Jardin des gourmands s’étale sur un âcre et demi de superficie, où sont cultivés une trentaine de légumes différents, qui totalisent une quarantaine de variétés. Coordonné depuis quatre ans par Olivier Bergeron et Andrée-Anne Cloutier, les cultures maraîchères sont, depuis le début de la saison, sous la responsabilité intérimaire de Théo Germond-Trudeau et de Kim Cinq-Mars. Les deux jeunes Montréalais sont fraîchement diplômés en gestion et technologie d’entreprise agricole du Cégep de Victoriaville.

Le Jardin propose des paniers ASC (agriculture soutenue par la communauté) à une quarantaine d’abonnés pendant seize semaines. «Chaque panier contient entre huit et douze variétés de légumes frais», précise Kim. Outre les espèces classiques comme les carottes, les betteraves et les laitues, le Jardin des gourmands propose certaines verdures asiatiques, du fenouil, du chou-rave, des aubergines, des poivrons de couleur. La serre permet de faire pousser certains légumes qui n’auraient pas pu être cultivés au potager. En raison de la chaleur du dernier été, les jeunes agriculteurs ont même réussi à cultiver des melons d’eau. «On a fait des mini-tunnels pour forcer la culture», raconte Kim.

Théo voit beaucoup d’avantages à faire partie de la Coop. «On peut mutualiser des choses comme le tracteur, le véhicule de livraison, l’échange de connaissances, l’entraide et le partage de certains actifs», énumère le producteur maraîcher de 23 ans.

Chanvre et canola

Depuis 2011, Bruno Vincent fabrique des huiles de chanvre et de canola pressées à froid. D’ailleurs, la Coop du Cap possède sa propre huilerie artisanale, d’où sont produits 1000 litres d’huile par année.

L’artisan élabore aussi des farines et des protéines de chanvre, des graines de chanvre grillées et des vinaigrettes à base d’huile de chanvre et de sirop d’érable. Avec le cueilleur d’algues Stéphane Maddix Albert, un membre de la Coop, il a développé un «gomasio» qui, en japonais, signifie «sésame salé». Le mélange est composé de quatre sortes d’algues ainsi que des graines de sésame, de chanvre et de canola. Tous les produits de la Coop du Cap et de ses membres sont disponibles en ligne : https://coopducap.org/2-boutique-mutualisee.

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Mont-Café

La micro-brûlerie Mont-Café et son comptoir La Cafetière.

La microbrûlerie Mont-Café, la première en Haute-Gaspésie, est membre de la Coop du Cap. Dans ce terroir situé au pied des monts Chic-Chocs, auxquels le nom de la petite entreprise veut rendre hommage, Antoine Desrosiers et Valérie Bertrand-Lemay sélectionnent des grains conventionnels et biologiques certifiés par Québec vrai provenant du Kenya, de la Colombie, du Pérou et de l’Éthiopie. 

Parmi la gamme variée de cafés, il faut humer et déguster le Renard noir, un mélange signé par le torréfacteur Antoine Desrosiers. De ce mélange émergent des notes de chocolat et de fruits mûrs. Il faut aussi goûter le café de chanvre, produit en collaboration avec la Coop du Cap. 

Le torréfacteur de la micro-brûlerie Mont-Café, Antoine Desrosiers.

Entièrement torréfiées, les graines de chanvre apportent au mélange des notes maltées et pralinées. Les saveurs qui s’en dégagent en font une boisson proche d’un café de céréales, tout en conservant le corps d’un café de spécialité. Le mélange est également disponible sous sa forme décaféinée. En saison touristique, le comptoir La Cafetière accueille les visiteurs en quête d’une expérience savoureuse au 2, avenue de la Chapelle à La Martre (secteur Cap-au-Renard). Pour information ou pour commander : http://www.mont-cafe.com.

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Varech Phare Est

Stéphane Maddix Albert cueille les algues en mer sur les côtes de la Haute-Gaspésie.

Varech Phare Est, qui se spécialise dans la cueillette et la commercialisation des algues, est un autre membre de la Coop du Cap. «Sur les côtes sauvages de la Haute-Gaspésie, une foison de varech orne le littoral. D’avril à octobre, pendant les grandes marées basses des pleines et nouvelles lunes, j’enfile mon wet suit, je me serre les dents et je saute dans l’eau “frette” du Saint-Laurent. Bercé ou brassé par les vagues, je pratique une coupe sélective dans les champs d’algues sauvages accrochées aux rochers. Ensuite, elles sont portées au séchoir et déshydratées à basse température au soleil ou au bois.» 

Voilà la façon avec laquelle Stéphane Maddix Albert décrit son travail. L’Acadien originaire de Moncton, au Nouveau-Brunswick, apporte sa récolte dans un séchoir qu’il a lui-même construit sur les terrains de la Coop du Cap. Le bâtiment ressemble à une grande serre. Il étend ses algues sur des lignes, un peu comme des cordes à linge. 

L’été, les algues peuvent sécher au soleil. Mais, par temps froid et humide, le paysan de la mer chauffe son séchoir au bois selon un système qu’il a lui-même fabriqué, soutenu par de grands ventilateurs. Aucune humidité n’est tolérée. Pour 300 kg d’algues séchées, il faut trois tonnes d’algues fraîches. 

Varech Phare Est suggère six produits issus de cinq espèces d’algues : le kombu royal, le wakamé Atlantique, le nori Atlantique, la laminaire digitée et la dulse. L’entreprise offre aussi un mélange d’algues en flocons. Il est possible de commander en ligne : https://coopducap.org/24-varech-phare-est.